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B. Gebhardt, H. Keller, G. Althoff, äDie Zeit der späten Karolinger und der Ottonen (Patrick Corbet)

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Bruno Gebhardt, Hagen Keller, Gerd Althoff, Die Zeit der späten Karolinger und der Ottonen. Krisen und Konsolidierungen 888–1024, Stuttgart

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Bruno Gebhardt, Hagen Keller, Gerd Althoff, Die Zeit der späten Karolinger und der Ottonen. Krisen und Konsolidierungen 888–1024, Stuttgart (Klett-Cotta Verlag) 2008, LIV–475 p. (Gebhardt. Handbuch der deutschen Geschichte. Zehnte, völlig neu bearbeitete Auflage, 3), ISBN 978-3-608-60003-2, EUR 42,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Patrick Corbet, Nancy

Rédigé par les deux éminents spécialistes que sont Hagen Keller et Gerd Althoff, ce volume d’un peu moins de 500 pages, consacré à la fin des Carolingiens allemands et à l’ère ottonienne stricto sensu, constitue le troisième tome de la série médiévale de la collection »Gebhardt«. Celle-ci, bien connue, a offert à plusieurs générations d’enseignants et d’étudiants des approches synthétiques des grandes phases de l’histoire germanique. Le présent volume répond à une volonté de revoir l’approche historique en utilisant les recherches récentes, tout en gardant le caractère de manuel induit par le titre de la collection. De fait, une riche bibliographie et des notes infrapaginales abondantes, on y reviendra, caractérisent au premier regard l’ouvrage.

Celui-ci présente deux grandes parties. D’abord une vaste histoire chronologique d’environ 300 pages conduisant de 888 à 1024. Sont passés en revue, dans des chapitres allant de 70 à 80 pages, la fin des Carolingiens (888–919), l’établissement de la royauté ottonienne (919–960), la fondation de l’Empire (960–983), les gouvernements d’Otton III et d’Henri II (983–1024). Cette dernière fraction est due à G. Althoff. On notera le choix de certaines coupures, notamment celle de 960 qui divise le règne d’Otton le Grand, et l’adjonction à celui-ci des années d’Otton II, les ouvrages universitaires sur le sujet ayant plutôt adopté par le passé une exposition selon les règnes successifs. Cette option n’apparaît nullement critiquable. Vient ensuite en une seconde partie de plus de cent pages une synthèse due aux deux auteurs sur les structures d’ensemble du monde ottonien: le pouvoir et les modes de gouvernement; la culture; l’économie et la société.

Lecture faite, il est clair que le programme que nos collègues se sont fixés est réalisé: on est en présence d’un manuel de très grande qualité. Certes, le lecteur peu familier du »Gebhardt« pestera contre un système complexe de renvoi aux bibliographies et surtout contre l’absence de cartes, de plans et d’illustrations. Même la couronne impériale de Vienne manque à l’appel. La seule aide complémentaire est celle des deux généalogies des Liudolfides et des Ottoniens en revers des couvertures. Il est difficile de faire moins dans l’accompagnement documentaire. On n’accusera pas les auteurs (qui n’ont sans doute aucune responsabilité dans l’affaire) d’avoir abusé de la magnificence de l’art ottonien.

Ceci étant, on dispose avec ce livre d’une série ininterrompue d’analyses denses, nuancées, argumentées. Certaines questions (par exemple le récit du sacre d’Otton Ier en 936 par Widukind de Corvey ou les révoltes henriciennes successives) font l’objet de véritables dissertations qui fournissent les éléments de discussion. L’utilité du livre saute aux yeux. Sa force ultime réside dans les notes infrapaginales, remarquables, à la fois à jour et équilibrées, citant souvent les sources premières, permettant les approfondissements souhaitables. À cet égard, l’ouvrage est à conseiller sans réserve.

Dans le détail, chaque lecteur réagira au gré de ses curiosités. Les auteurs font montre d’un grand souci de se démarquer des interprétations héritées du positivisme et surtout du nationalisme (qui, on le sait, a beaucoup sévi relativement à l’ère ottonienne) et ils y réussissent. Au passage, on reconnaît les intérêts propres à chacun d’eux et l’on ne s’étonnera pas de la mise en valeur des influences venues d’Italie ou de l’insistance sur la communication politique. Les royaumes voisins ne sont pas perdus de vue et se trouvent même souvent attentivement évoqués, comme la Francie occidentale au temps des derniers Carolingiens. On remarque à ce propos le recours continu et généralement approuvé aux thèses de C. Brühl. Le lecteur français y trouvera une incitation supplémentaire à se reporter à la version de son livre parue chez Fayard en 1994.

Si la partie chronologique du livre convainc, on n’attachera pas moins de prix aux chapitres terminaux qui constituent aussi un outil performant. Certaines mises au point (sur les villes, sur l’oralité, sur les lettres …) sont d’une clarté exemplaire. On retient les pages consacrées par H. Keller à la notion de familia, vue, plus que celle de seigneurie, comme une structure de base de cette société.

Néanmoins, c’est dans cette partie que se manifestent des partis pris gênants. Ils tiennent à deux points. D’abord à la coupure chronologique de 1024, correspondant au passage des Ottoniens aux Saliens. Dénuée de sens dès lors qu’il s’agit de traits généraux, elle limite l’ampleur nécessaire à certains développements. Elle se trouve d’ailleurs, par exemple pour les villes, souvent non respectée. Elle explique aussi, sans doute, l’absence de mises au point sur des questions qui n’émergent comme primordiales que sous les Saliens, comme la ministérialité.

La seconde réserve est sans doute plus imputable aux auteurs: l’analyse reste centrée sur le pouvoir royal. Certes, celui-ci n’est plus envisagé comme autrefois. Se trouve mise en valeur la notion de royauté consensuelle, en collaboration et en confrontation permanentes avec l’aristocratie et le haut clergé. Mais ces partenaires du jeu politique ne sont envisagés que dans la perspective indiquée. Il aurait été bon que l’aristocratie fasse l’objet d’une présentation indépendante. Plus criante encore est l’absence de tout chapitre de synthèse sur l’Église ottonienne. Certes, redisons-le, institutions et hommes d’Église sont évoqués à chaque page, mais jamais dans une optique propre (sauf, dans une certaine mesure, pour le monachisme). Burchard de Worms est cité davantage pour son Hofrecht que pour son Décret, qui est pourtant une expression majeure de la cohérence et des objectifs de l’épiscopat.

Est-ce pour cela que certaines questions demeurent inabordées, par exemple celles relatives au mariage? L’époque ottonienne ne voit-elle pas le triomphe du mariage »moderne«, monogamique et indissoluble? L’évocation d’Henri II aurait dû conduire à une problématisation de son comportement conjugal ou encore à l’examen de l’offensive conjointe de l’épiscopat et de la royauté sur la question des interdits de parenté. Dans la même veine, le livre ne brille pas par le féminisme. Les moniales saxonnes chères à Karl J. Leyser ou à Michel Parisse sont expédiées en quelques lignes. Les grandes souveraines ottoniennes, sauf pour la période 983–994, ne sont guère au devant de la scène. Cunégonde ne figure pas à l’index de l’ouvrage.

Ces remarques ne sont pas de nature à affaiblir l’intérêt du volume. Tel quel, il constitue un instrument de travail de premier ordre. Peut-être lui manque-t-il une trentaine de pages qui l’aurait à son avantage décorseté?


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B. Gebhardt, H. Keller, G. Althoff, äDie Zeit der späten Karolinger und der Ottonen (Patrick Corbet)
In: Francia-Recensio, 2010-2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 02, 2010 11:43 AM
Zugriff vom: May 25, 2012