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K. Ermete, M. Fansa, Kaiser Friedrich II. (1194–1250) (Benoît Grévin)

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Mamoun Fansa, Karen Ermete (Hg.), Kaiser Friedrich II. (1194-1250). Welt und Kultur des Mittelmeerraums

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Mamoun Fansa, Karen Ermete (Hg.), Kaiser Friedrich II. (1194–1250). Welt und Kultur des Mittelmeerraums, Mainz (Philipp von Zabern) 2008, 544 p., 900 ill., ISBN 978-3-8053-3829-5, EUR 44,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Benoît Grévin, Bourg-la-Reine

Ce copieux volume a été préparé à l’occasion de l’exposition homonyme organisée du 10 février au 15 juin 2008 par le Landesmuseum für Natur und Mensch d’Oldenbourg. Il obéit donc aux contraintes particulières imposées par le genre du catalogue d’exposition, qui doit trouver un équilibre entre des exigences diverses et en partie contradictoires de présentation et de mise en perspective scientifique des pièces exposées, de modélisation historique, et de vulgarisation. Les éditeurs ont également dû répondre au défi plus particulier que représente l’élaboration d’un collectif de synthèse sur Frédéric II succédant au déluge d’ouvrages parus entre 1992 et 2000.

L’impression générale qui se dégage du volume est plutôt positive, dans le sens où la part inévitable de redites et de vulgarisation n’empêche pas une bonne tenue scientifique d’ensemble. Cette réussite est largement due au parti pris de fondre deux livres en un, en divisant le volume en une section de trois cent pages regroupant vingt-trois essais historiques et historiographiques d’une part (p. 16–313), et un catalogue présentant les pièces exposées à Oldenbourg d’autre part (p. 314–502). Un glossaire (p. 503–508) et une bibliographie succincte mais pertinente (p. 509–544) indiquent la volonté d’introduire le lecteur à l’arrière-plan scientifique de la recherche sans l’écraser sous le poids d’un apparat critique démesuré.

À l’actif de cet ouvrage, on retiendra d’abord la richesse, la précision et la beauté d’une iconographie généralement bien choisie qui cadre avec cette volonté pédagogique, également illustrée par l’insertion d’un certain nombre de textes, traduits, voire laissés dans leur latin original. Quelques remarques n’enlèvent pas grand-chose à la qualité de la sélection générale. P. 32, on pouvait aller jusqu’à préciser que le couronnement d’un empereur par le pape représenté au fol. 24r du manuscrit Saint Petersburg, Fr. F.v. III était celui de Charlemagne par Léon III (800). P. 202–228, on entre dans une zone de moindre attention iconographique où se multiplient étrangement des illustrations qui n’ont pas grand-chose à faire dans l’ouvrage: représentation dans un manuscrit du XVe siècle d’un tournois raconté par Froissart (p. 202); enluminure d’un manuscrit du »Traité de la première invention des monnaies« de Nicole Oresme (p. 209); »L’école d’Athènes« de Raphaël, pour le coup franchement déplacée (p. 224) … Il n’était enfin peut-être pas tout à fait inutile de préciser dans les légendes correspondant aux reproductions de plusieurs pages d’un ms. parisien du »De arte venandi cum avibus« qu’il s’agit d’une traduction en ancien français, comme n’importe quel lecteur curieux s’en apercevra de lui-même (p. 269–267).

Les différents essais sont écrits par des chercheurs de langue allemande, à une exception. Le classement typologique des vingt-trois textes conduit à dégager six ensembles de longueur inégale: une première série d’articles généraux (p. 16–103) concerne le règne de Frédéric et son époque, mettant l’accent sur le contexte proprement méditerranée (Stefan Weinfurter, »Eine neue Zeit«; Wolfgang Stürner, »Die Herrschaftsvorstellung Kaiser Friedrich II.«; Peter Herde, »Friedrich II. und das Papsttum«; Dietrich Hagen, »Sizilien und das Mittelmeer auf Karten von 1154 bis 1300«; Klaus van Eickels: »Friedrich II. Herrscher zwischen den Kulturen?«; Stefan Leder, »Der Kaiser als Freund der Muslime«; Bernd Ulrich Hucker, »Der Weltherrschaftsgedanke bei Kaiser Friedrich II.«). La seconde section (p. 104–131) serait formée par une série de trois articles plus ponctuels sur différents aspects du règne de Frédéric II (Olaf B. Rader, »Kaiser Friedrich II. und Jerusalem«, Christian Friedl, »Nord-Süd-Konflikt, ein unbekannter Notar und sein streitbarer Herzog«; Bodo Hechelhammer, »Friedrich II. und seine Ehefrauen«). Suit un nouvel ensemble de trois articles (p. 132–167) concernant les constructions et châteaux frédériciens (Michael Braune, »Zum Befestigungsbau des Königreichs Sizilien im 13. Jahrhundert«; Dankwart Leistikow, »Castel del Monte im Lichte der Forschung«; Julia Bargholz, »Castelli svevi di Federico – typologische Betrachtungen«). Une quatrième section (p. 168–217) regroupe des textes en rapport avec la production artistique et/ou musicale (Thomas Dittelbach, »Sizilisches Kunsthandwerk zur Zeit Friedrichs II.«; Annette Otterstedt, »Musik zur Zeit Friedrichs II.«; Joachim Schulze, »Der singende Kaiser«; Frank Berger, »Münzprägung und Münzpolitik Kaiser Friedrichs II.«). La cinquième section (p. 218–267) concerne la production et les échanges scientifiques à la cour de Frédéric II (Marco Böhlandt, »Achsen der Weisheit, Koalitionen der Willigen«, Paolo Bussotti, »Fibonacci und sein Liber Quadratorum«; Gundula Grebner, »Der Liber Introductorius des Michael Scotus und die Aristoteles-Rezeption: der Hof Friedrichs II. als Drehscheibe des Kulturtransfers«; Michael Menzel, »Das Falkenbuch und die Natur«, Ragnar Kinzelbach, »Kaiser Friedrichs II. De arte venandi cum avibus«). Enfin, l’essai conclusif de Marcus Thomsen sur les mutations de la perception de Frédéric II jusqu’à l’époque contemporaine forme une section conclusive (Marcus Thomsen, »›Ein feuriger Herr des Anfangs …‹. Friedrich II. in der Auffassung der Nachwelt«). La diversité des interventions n’empêche pas une certaine cohérence dans l’orientation générale qui respecte le fil méditerranéen du projet d’exposition, dans la mesure où le thème des relations de Frédéric II avec le monde arabe et méditerranéen est sans doute celui qui relie le plus fortement l’ensemble des sections, puisqu’il concerne aussi bien l’histoire politique et diplomatique que celle des arts de cour, de la fortification (lien entre les formes architecturales développées dans l’Orient croisé et celles des constructions siciliennes, programme de construction de Lucera paganorum) à la musique en passant par l’artisanat des ateliers royaux siciliens, tout en étant au centre des courants d’échange scientifiques aboutissant aux activités de traduction et création de la cour souabe de Sicile. Il n’est pas jusqu’aux éloquents témoins d’art pompier ou de propagande wilhelminienne présentés par M. Thomsen (tableau d’Arthur Georg von Ramberg »Der Hof Kaiser Friedrich II. zu Palermo«, p. 308; hystérie frédéricienne provoquée par le voyage de Guillaume II à Jérusalem de 1898 …) qui ne se rattachent à leur manière à cette réflexion générale, bien dans l’air du temps, mais qui ne verse presque jamais ici dans la caricature ou le réductionnisme. Le lecteur est au contraire introduit à un certain nombre des problèmes complexes représenté par les différents niveaux d’interaction – politique, artistique, scientifique – entre monde musulman et chrétien à l’époque de Frédéric II.

On ne terminera pas cette recension sans sacrifier au rite – au devoir? – de critique et d’appréciation ponctuelle de certaines contributions présentant matière à commentaire.

Il n’était certes pas facile d’introduire le volume par une présentation synthétique et pertinente de l’univers de Frédéric II résumant un demi-siècle d’histoire euro-méditerranéenne sans quelques distorsions comme le fait dans l’ensemble fort bien S. Weinfurter. On s’étonnera tout de même des développements consacrés à la bataille de Bouvines p. 20, présentée comme un choc entre l’armée de Philippe II Auguste et celle de Jean sans Terre, alors que celui-ci et ses troupes se trouvaient à ce moment dans le Poitou. C’est bien sûr Otton IV, le comte de Flandres et Renaud de Damartin qui sont battus par Philippe à Bouvines, et les conséquences très directes de cette défaite sur l’histoire de Frédéric II rendent cette erreur pour le moins regrettable.

On ne peut également s’empêcher d’être désagréablement surpris, dans la communication d’Annette Otterstedt sur la musique au temps de Frédéric II, par une rafale de transcriptions de l’arabe aberrantes apparaissant dans une longue citation d’un ouvrage sans doute honorable mais au moins daté sur la musique à la cour des premiers abbassides. Clair symptôme d’une récupération mal comprise d’un matériel non maîtrisé, ces termes arabes sont présentés avec insistance avec un effet pour le moins malheureux, sans doute parce que certains signes diacritiques ont été supprimés au passage, ou simplement parce que les conventions choisies par l’auteur cité n’ont pas été expliquées. Le résultat est un somptueux sottisier de créations lexicales qui s’assimilent involontairement à certaines déformations de termes arabes dans les traditions manuscrites médiévales par la rapidité et le caractère comique de la dégradation. On a ainsi la succession de formes réjouissantes, créées à partir de majlis/plur. majâlis (séance d’audition), de maclis, maclis at-tarab, Routinemacalis (sic, ce dernier entièrement en italique), ainsi que, partant de khadîm, xadim. Le lecteur allemand moyen, comme son homologue français, comprendra sans doute que les c et x correspondent grosso modo à des valeurs phonétiques approchant de k et ks, à moins qu’il ne faille partir du système alphabétique turc pour justifier celui de l’arabe (et encore cela ne serait-il valable que pour le c). On est très loin de valeurs approximatives, ou d’indications élémentaires, qui permettraient de retrouver rapidement la piste des termes en questions dans d’autres ouvrages de vulgarisation ou sur internet. Problème mineur concernant quelques termes arabes obscurs à la plupart des lecteurs potentiels? Il ne semble pas que ce soit le cas, dans un volume qui comme tant d’autres ces dernières années, souhaite dépasser les anciens clichés pour explorer plus en profondeur le problème des relations interculturelles à l’époque médiévale. Il était sans doute possible, étant donné la présence de nombreux spécialistes, de limiter les dégâts en uniformisant a minima les choix de transcription concernant l’arabe, à condition d’opérer une harmonisation des contributions.

Il est vrai que la lecture approfondie de l’article d’Annette Otterstedt fait rapidement comprendre qu’il aurait été préférable d’en éviter l’inclusion dans le volume, plutôt que de tenter de l’améliorer ponctuellement. Après une page introductive où elle nous informe charitablement qu’il est difficile de parler de Moyen Âge musical sans malentendu – on ne le lui fait pas dire – elle se lance dans une longue diatribe contre la reproduction à l’identique depuis le troisième Reich du microcosme musicologique universitaire allemand (je n’invente rien: »Es ist beklemmend, mit welcher Leichtigkeit sich gerade prominenteste Musikwissenschaftler nach dem Krieg an die neue Lage der Dinge anpassten und genauso nahtlos umschwenkten, wie sie die NS-Zeit willkommen geheißen hatten. Deren Schüler und Enkelschüler sitzen heute auf den Thronen der Ordinariate, und erst langsam und meist von nichtdeutschen Fachleuten wird in dieses trübe Dunkel etwas Licht gebracht«, p. 189). La suite est du même ton, et tout en se gardant de porter un jugement sur des réflexions dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles détonnent dans le contexte de ce catalogue, on insinuera sans trop de vergogne qu’une chercheuse qui émet des remarques aussi scientifiques que »Les Italiens sont encore aujourd’hui considérés comme le peuple le plus musical d’Europe« (p. 194), ou qui rompt des lances contre un passage du »Roman de la Rose« (ibid.) n’est peut-être pas la mieux placée pour donner des leçons de déontologie scientifique à ses collègues.

À l’opposé de ce que l’on appellerait en franglais une manifeste »erreur de casting«, sans doute difficile à éviter dans un ouvrage collectif de cette dimension – mais tout éditeur devrait avoir le courage de refuser certains textes trop manifestement hors de propos – on soulignera pour conclure sur une note plus positive la présence de véritables petits essais d’introduction à la recherche frédéricienne, habilement insérés dans la trame de fond, qui représentent l’exact opposé de cette vulgarisation au rabais, en initiant le lecteur non-spécialiste, et pour ce genre de publication, généralement non historien, aux logiques et aux problèmes de la recherche. Tel paraît en particulier la contribution de Christian Friedl »Nord-Süd-Konflikt, ein unbekannter Notar und ein streitbarer Herzog. Bemerkungen zur Edition der Urkunden Kaiser Friedrichs II.« (p. 113–121), qui part de l’exemple d’un problème de datation concernant un acte important délivré par Frédéric en 1212 ou 1213 au roi de Bohême, pour développer une réflexion sur la méthodologie à suivre dans le travail d’équipe nécessaire pour faire progresser l’édition en cours des diplômes frédériciens dans la collection des »Monumenta Germaniae Historica«. On ne saurait que souscrire à ses conclusions finales sur les effets pervers, sensibles aussi bien en France qu’en Allemagne, des volontés gouvernementales d’appuyer par des financements massifs des programmes de recherche de courte durée au détriment d’entreprises d’édition et d’analyse de source nécessairement déployées sur la très longue durée, comme l’édition des sources diplomatiques du règne de Frédéric II. Contrairement aux élucubrations précédemment mentionnées, une telle sensibilisation aux rythmes et aux problèmes de la recherche ne paraît pas hors de propos dans un tel cadre. Associée à des synthèses plus traditionnelles – dans le sens où elles ne visent pas à dévoiler le laboratoire de l’historien – mais parfaitement équilibrées comme celle de Peter Herde1, la présence de cette contribution contribue à faire de ce catalogue, malgré les quelques défauts mentionnés, non seulement un beau livre pour le grand public cultivé intelligemment pensé, mais aussi une véritable introduction à certaines des recherches historiques en cours sur le règne de Frédéric I.

1 Une seule remarque dans la contribution de ce dernier, p. 58 colonne 2: il est peut-être un peu excessif de supposer que les dictamina de propagande politique de Frédéric II regroupés dans la collection de Pierre de la Vigne perdent uniformément leur signification politique au XIVe siècle pour n’être que des modèles stylistiques: tous les cas de figure semblent en fait possibles, de la réactivation politique à l’imitation stylistique totalement déconnectée du contexte de production.

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K. Ermete, M. Fansa, Kaiser Friedrich II. (1194–1250) (Benoît Grévin)
In: Francia-Recensio, 2010-2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 01, 2010 05:03 PM
Zugriff vom: May 25, 2012