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M. Embach, A. Rapp, Rekonstruktion und Erschließung mittelalterlicher Bibliotheken (Anne-Marie Turcan-Verkerk)

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Michael Embach, Andrea Rapp (Hg.), Rekonstruktion und Erschließung mittelalterlicher Bibliotheken. Neue Formen der Handschriftenpräsentation

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Michael Embach, Andrea Rapp (Hg.), Rekonstruktion und Erschließung mittelalterlicher Bibliotheken. Neue Formen der Handschriftenpräsentation, Berlin (Akademie Verlag) 2008, X–186 p., ISBN 978-3-05-004320-3, EUR 49,80.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Anne-Marie Turcan-Verkerk, Paris

Ce livre, fruit de deux journées d’études organisées à Trèves en avril 2006, est le premier volume d’une collection dirigée par le centre de recherches organisateur de la rencontre, l’Historisch-Kulturwissenschaftliches Forschungszentrum Mainz-Trier, fondé en 2005: les »Beiträge zu den Historischen Kulturwissenschaften«. L’objet de cette nouvelle collection est de publier réflexions méthodologiques et résultats scientifiques issus de projets de recherche en cours, afin de favoriser les échanges, la discussion, la transdisciplinarité. Dans le cadre d’un programme sur les »espaces du savoir«, l’atelier voulait étudier la bibliothèque, microcosme au regard de l’espace mais macrocosme au regard du savoir, »forme centrale d’organisation du savoir dans l’Europe médiévale«. Les travaux ont été organisés en deux sections: l’une historique, qui concernait essentiellement la reconstitution de fonds historiques aussi bien à partir des inventaires anciens que des manuscrits conservés, ce qui pose la question des méthodes de catalogage, l’autre technique, avec des exposés sur de grands projets de bases de données et de numérisation.

Le livre présente trois entreprises de catalogage en cours ou à peine terminées (Coblence, Trèves, Echternach), et leurs résultats.

Le catalogage des manuscrits des archives de Coblence, à peu près inconnus jusqu’à la fin des années 1990, n’a peut-être pas donné de grandes satisfactions aux historiens de l’art – les plus belles pièces avaient été prises par les Français en 1797, mais s’est révélé très fructueux pour les historiens des textes: Eef Overgaauw (»Autographe des Heinrich von Montabaur und Heinrich Kalteisen im Landeshauptarchiv Koblenz«, p. 7–16) présente les sermons autographes du Carme de Boppard Henri de Montabaur, qui enseigna aussi à Cologne, Trèves et Mayence entre 1439 et 1449. Les sermons, de tempore ou de sanctis, sont parfois datés (entre 1455 et 1468), localisés (Boppard, Spire etc.). Le recueil comprend des matériaux accumulés pour la préparation des sermons ainsi que des sermons inachevés, mais il ne permet pas de savoir si Montabaur mettait au point la forme écrite de ses sermons avant ou après la prédication effective; il permet en tout cas de surprendre un intellectuel au travail. Autres autographes de prix: les sermons, discours, lettres, courts traités d’un proche du pape Eugène IV, le dominicain Heinrich Kalteisen (1390–1465), provenant du couvent dominicain de Coblence où mourut Kalteisen, qui se trouvent pour moitié aux archives de Coblence, le reste étant parvenu par des voies moins directes à Bonn et Darmstadt.

La ville de Trèves, entre autres richesses, conserve 200 manuscrits d’Eberhardsklausen, établissement fondé par un Eberhard en 1456 à la suite d’une apparition de la Vierge, et confié à des chanoines augustins venus de Böddeken, qui le firent entrer dans la congrégation de Windesheim en 1461. Ces manuscrits sont en cours de catalogage (Reiner Nolden, »Zu den Eberhardsklausener Handschriften und Inkunabeln in der Stadtbibliothek Trier«, p. 17–22). Faute de catalogue ancien, on peut utiliser les peintures murales ornant la bibliothèque du XVe siècle pour tenter de reconstituer son cadre de classement (Marco Brösch, »Der historische Bibliothekssaal des Augustiner-Chorherren-Klosters Eberhardsklausen aus dem 15. Jahrhundert«, p. 23–44). À Trèves encore, en provenance d’Eberhardsklausen mais aussi des établissements religieux, en particulier bénédictins, de la ville, et à Mayence (fragments venus des bibliothèques des Chartreux, des Jésuites, des Carmes), sont actuellement identifiés et catalogués de nombreux fragments de manuscrits hébreux et araméens, souvent tirés de reliures (Andreas Lehnardt, »Hebräische und aramäische Einbandfragmente in Mainz und Trier. Zwischenbericht eines Forschungsprojekts«, p. 45–64).

La ville de Trèves fut un important centre de culture au Moyen Âge, et en ce sens également espace de savoir (Silke Diederich, »Europa in der Bibliothek. Eine Feldstudie am mittelalterlichen Trier«, p. 75–86). Une reconstitution de ses anciennes bibliothèques est en cours. De Saint-Maximin O. S. B., nous avons deux inventaires anciens (1125 et 1593) et 221 manuscrits identifiés, de Saint-Eucher O. S. B. (qui deviendra Saint-Matthias) un inventaire de 1530 et 400 manuscrits conservés, de Saint-Siméon 110 manuscrits conservés à la Stadtbibliothek de Trèves, de Sainte-Marie aux Martyrs 80 manuscrits, et très peu des Bénédictins de Saint-Martin. On ne sait malheureusement pratiquement rien avant 1792 de la bibliothèque de la cathédrale, dont les deux inventaires du trésor (1238 et 1429) ne mentionnent que quelques manuscrits de prix. À propos de ces bibliothèques, qu’il faut comparer avec d’autres, comme celles de Cologne, Silke Diederich pose des questions plus générales concernant le choix des textes, leur classement, une éventuelle hiérarchie des lectures, l’influence des mouvements de réforme, les réseaux de transmission, les rapports entre bibliothèque et contexte social, politique, et, à Trèves, les relations entre bibliothèques voisines.

L’une de ces questions, celle des classements, a intéressé plus particulièrement Frank Fürbeth (»Sachordnungen mittelalterlicher Bibliotheken als Rekonstruktionshilfen«, p. 87–103), avec un projet de base de données qui, à la suite de Becker et Gottlieb, fournirait la bibliographie sur les inventaires et autres documents écrits nous renseignant sur les bibliothèques médiévales, leur contenu et leur classement. 1200 documents sont recensés, dont 300 structurés. Curieusement, ce projet se déroule indépendamment du projet RICABIM de la SISMEL à Florence, dont l’objet est identique: faire un nouveau Gottlieb (sans parler des projets plus larges de l’IRHT à Paris, exposés sur le web depuis 2006). Le nombre de documents recensés semble très faible par rapport à la documentation existante, mais il forme une base de travail pour établir, comme le souhaite l’auteur, une première typologie des classements.

Dernier exemple, celui d’Echternach au Luxembourg, dont Thomas Falmagne vient d’achever le catalogage complet (Thomas Falmagne, »Bericht über den Stand der Katalogisierung der Echternacher Handschriften in Luxemburg«, p. 65–74). L’intérêt de la communication est à la fois historique et méthodologique, puisque les indices pour reconstituer la collection sont minimes: pas de catalogue avant 1756 environ (il décrit alors 155 manuscrits), très peu de marques de possession ou de provenance; un récolement partiel a été fait vers 1511 ou 1514. La plupart des pertes ont eu lieu entre le XVIe et le XVIIIe siècle. En 1796, les moines s’exilent à Erfurt avec beaucoup de manuscrits, aujourd’hui à Gotha. Le coup de grâce est porté en 1802 par le »commissaire du gouvernement pour la recherche des sciences et des arts« dans les quatre départements de la rive gauche du Rhin, Jean-Baptiste Maugérard, qui fait transporter à Paris 84 manuscrits de Luxembourg, dont 81 provenant d’Echternach. En utilisant toutes les ressources de la codicologie, en particulier l’étude des reliures, l’auteur a pu récupérer dans les fonds contemporains de très nombreux fragments, les analyser, les cataloguer avec les manuscrits complets, et ainsi reconstituer la bibliothèque ancienne.

C’est pour un catalogage de ce type, soucieux de respecter et reconstituer les fonds anciens, que plaide enfin Albert Derolez (»Die Handschriftenbeschreibung und die Bibliotheks- und Buchgeschichte des Mittelalters«, p. 105–117). On comprend mieux les manuscrits que l’on décrit quand on les traite par tranches thématiques ou historiques, et les catalogues en ligne devraient encourager dans cette voie, puisque nul n’est plus obligé de prendre les manuscrits dans l’ordre des cotes. L’auteur plaide pour des descriptions concises, qui livrent tout ce que le catalogueur peut comprendre du manuscrit, sans que celui-ci confonde son travail avec celui du philologue, de l’éditeur de texte; il faudrait au moins une photo par manuscrit.

Mais maintenant, nous avons de plus en plus de manuscrits entièrement numérisés sur Internet. Les dernières communications de l’atelier portaient sur des programmes de numérisation, soutenus en particulier par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (Eva Effertz, p. 119–125). Alessandra Sorbello Staub présente les ressources virtuelles de la Bayerische Staatsbibliothek à Munich, en particulier le portail Chronicon (p. 127–135). Bärbel Kramer détaille un projet de numérisation des papyrus de l’université de Trèves (p. 137–145). Enfin, Andrea Rapp et Michael Embach ont le projet de reconstituer virtuellement la bibliothèque bénédictine de Saint-Matthias de Trèves (p. 147–169), ce qui ne peut que faire rêver les historiens des textes: les auteurs rappellent l’histoire de la collection, qui en fait l’une des plus intéressantes de Trèves. Parmi les manuscrits les plus célèbres figurent par exemple les deux témoins de l’»Ecbasis cuiusdam captivi«.

Toutes ces entreprises de reconstitution de bibliothèques anciennes concernent la région des anciens départements français de la rive gauche du Rhin. Le livre est parcouru par la sinistre figure de Jean-Baptiste Maugérard, qui visite les bibliothèques pour les dépouiller, et accélère leur dispersion. La France a ainsi étendu à certaines bibliothèques allemandes un mode de dislocation des collections médiévales bien connu des chercheurs, qui contraste avec le sort de bibliothèques allemandes et autrichiennes demeurées dans leurs murs ou transférées plus ou moins en bloc dans les établissements de conservation actuels. En un sens, ces projets de recherche qui visent à reconstruire virtuellement les ensembles éparpillés réparent les torts faits à de prestigieuses collections anciennes par les armées du Rhin et quelques collectionneurs indélicats: on ne peut que s’en réjouir.

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Zugriff vom: May 25, 2012