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J. Barrow, Myth, Rulership, Church and Charters (Sébastien Barret)

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Julia Barrow (ed.), Myth, Rulership, Church and Charters. Essays in Honour of Nicholas Brooks

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Julia Barrow (ed.), Myth, Rulership, Church and Charters. Essays in Honour of Nicholas Brooks, Aldershot, Hampshire (Ashgate Publishing) 2008, XIV–271 p., ISBN 978-0-7546-5120-8, GBP 54,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Sébastien Barret, Orléans

Les seize contributions rassemblées par ce volume sont un hommage rendu à Nicholas Brooks, professeur d’histoire médiévale à l’université de Birmingham. Comme le veut la règle de ce genre d’exercice, les contributions sont tout d’abord présentées par une introduction synthétique (Julia Barrow) et un rappel en forme d’hommage de l’action du récipiendaire au sein de son établissement (Christopher Dyer). Ces contributions liminaires délimitent le champ disciplinaire du recueil, tiré comme il se doit des travaux de Nicholas Brooks: la période anglo-saxonne de l’histoire britannique, déclinée selon les axes annoncés par le titre. L’intérêt a priori de ce volume est donc de rassembler des spécialistes de l’une des périodes à la fois les plus difficiles et les plus sensibles de l’histoire nationale anglaise; pour le lecteur relativement peu averti comme l’est l’auteur de ces lignes, ce livre est l’occasion de pénétrer par échantillon dans la recherche actuelle sur un temps culturellement et historiographiquement fondateur.

C’est donc sans surprise que l’on voit surgir un certain nombre des thèmes régulièrement débattus dans l’historiographie de l’Angleterre ancienne, traversant le volume et ses axes principaux. Ainsi, la question de l’identité et de l’ethnogenèse, très discutée ces dernières années outre-Manche. C’est dans ce cadre que s’inscrivent par exemple les contributions de Barbara Yorke sur les récits des origines anglo-saxons ou celle de Sarah Foot, qui s’interroge sur le rôle de la »Chronique anglo-saxonne« dans la formation identitaire anglaise. Elle décrit l’évolution de ses convictions autour d’un épisode très célèbre qui y est rapporté en vers, la bataille de Brunanburh, remportée en 937 par le roi Æthelstan contre ses ennemis norois et celtes ligués, moment textuel fondateur de la constitution d’un empire britannique, et non seulement d’un peuple anglais. Ce genre de problématique est aussi abordé, de manière plus ou moins directe, par les contributions d’Alicia Corrêa sur une messe de saint Birin de Dorchester issue d’un missel anglo-saxon destiné à la mission en Scandinavie ou de Barbara E. Crawford sur des dédicaces d’églises à saint Clément entre influences anglo-scandinaves et normandes, sans oublier le rapport de Nick Webber sur l’Angleterre et le mythe normand, qui explore les relations des deux espaces et de leurs ressortissants eu égard à leur identité, en une sortie bienvenue du cadre chronologique habituel des autres contributions.

La politique et le pouvoir ne sont pas oubliés, comme le montrent les articles de Pauline Stafford sur les »Annales d’Æthelflæd«, justement sous-titré »Annals, History and Politics in Early Tenth-Century England« ou celui de Catherine Cubitt sur saint Dunstan de Canterbury et son rôle politique à la cour des rois Edmond Ier, Edred et Edgar le Pacifique, en y soulignant des dimensions religieuses et spirituelles enflant jusqu’à lui donner la qualité de prophète. Il faut aussi y compter les lignes consacrées par Janet L. Nelson à la première utilisation du deuxième ordo du sacre anglo-saxon – elle penche pour une utilisation princeps en 925 pour le sacre d’Æthelstan, soulignant du reste des influences franques dans un ordo qui, à son tour, allait sans doute essaimer dans les pratiques de la Francia occidentalis par l’intermédiaire du retour de Louis IV d’Outremer de la cour de Wessex en 936. Il faut signaler également la discussion par Alex Burghart et Andrew Wareham de la question d’une révolution agraire dans l’Angleterre anglo-saxonne, ou la présentation par James Campbell d’Ebben William Robertson († 1874), historien créatif mais méconnu des Dark Ages qui sont au cœur de ce volume.

Enfin, les chartes forment le cœur de quatre autres contributions, hommage mérité aux travaux du récipiendaire dans ce domaine. Elles fournissent la matière de deux études de cas, celle de Susan Kelly sur les actes anciens de Reculver (dans le Kent) et la note de Margaret Gelling sur »Stour in Ismere«, basée sur une charte d’Æthelbald de Mercie, qu’elle identifie prudemment avec Kidderminster (situé dans le Worcestershire, non loin de Birmingham). Les deux autres présentent des rapports plus généraux: Julia Barrow s’interroge sur la rareté des chartes ecclésiastiques en Angleterre entre 1066 et 1100, prenant prétexte de son interrogation pour répertorier et étudier les cinquante-cinq documents concernés. L’on peut y noter que sept de ces actes sont en vieil anglais; J. Barrow signale également des influences normandes et du nord de la France dans ces actes, sans les exagérer toutefois. Enfin, Simon Keynes présente un fort intéressant panorama d’ensemble de la tradition des chartes anglo-saxonnes sous le titre évocateur de »Anglo-Saxon Charters: Lost and Found«. Au nombre des remarques présentées dans cette contribution, l’on peut tout particulièrement noter le rôle de l’activité érudite de l’époque moderne dans la constitution des corpus qui nous ont été transmis.

Au total, c’est un ouvrage de belle facture qui a été offert à Nicholas Brooks. Malgré une division formelle en chapitres, le volume n’échappe pas entièrement à l’effet de dispersion qui est souvent le lot de telles entreprises, mais cela reste limité et n’enlève de toutes façons rien aux mérites individuels des contributions – sans oublier que cela permet d’élargir le panorama et de fournir un échantillon passionnant de travaux sur et autour de l’Angleterre anglo-saxonne.

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J. Barrow, Myth, Rulership, Church and Charters (Sébastien Barret)
In: Francia-Recensio, 2010-2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 01, 2010 05:03 PM
Zugriff vom: May 25, 2012