J. Ott, Luthers Thesenanschlag (Marc Lienhard)
Joachim Ott, Luthers Thesenanschlag. Faktum
oder Fiktion, Leipzig (Evangelische Verlagsanstalt) 2008, 320 S.
(Schriften der Stiftung Luthergedenkstätten in Sachsen-Anhalt, 9),
ISBN 978-3-374-02656-2, EUR 36,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Marc Lienhard, Strasbourg
L’affichage des 95 thèses de Luther contre les indulgences, le 31 octobre 1517, fait partie des images les plus répandues de la vie de Luther. La contribution de Henrike Holsing (p. 141–172) consacrée aux multiples images imprimées, surtout à partir du XIXe siècle, le corrobore une fois de plus. L’étude d’Esther P. Wipfler traitant des films consacrés à Luther (p. 172–198) aboutit aux mêmes conclusions. Mais Luther a-t-il vraiment affiché ses thèses à la porte de la chapelle du château de Wittenberg, ou bien s’agit-il de la première étape d’un processus érigeant Luther en monument, comme le pense Volker Leppin, un autre auteur du présent volume?
Rappelons le débat suscité dans les années soixante du XXe siècle par le théologien catholique Erwin Iserloh. Il faisait valoir le silence de Luther au sujet de l’affichage, l’absence de témoins oculaires, le fait que le premier témoignage, celui de Melanchthon, datait de 1546, sachant que Melanchthon n’était pas encore à Wittenberg en 1517. Mais voilà qu’un autre témoignage, antérieur à celui de Melanchthon, attira en 2006/2007 l’attention des spécialistes, et a fait l’objet d’un colloque en 2007, dont les »Actes« sont publiés dans le présent volume. C’était le témoignage de Georg Rörer, un proche de Luther qui fut chargé d’éditer les œuvres du Réformateur. La contribution de Joachim Ott (p. 47–57) présente de manière précise le personnage et les écrits qu’il a laissés. Dans un témoignage de Rörer, proche de celui de Melanchthon mais qui lui était antérieur (entre 1541 et 1546), Rörer, qui n’était pas non plus à Wittenberg en 1517, affirme à son tour que Luther aurait affiché les 95 thèses le 31 octobre 1517 »aux portes des églises de Wittenberg«, comme le prescrivaient les statuts de l’université. Tout en rappelant que Rörer n’était pas un témoin oculaire, Martin Treu, qui est à l’origine de cette (re)découverte, est d’avis que ce témoignage doit être pris au sérieux et qu’il rend l’événement plausible (p. 59–67). Seules trois éditions des thèses de 1517 ont été conservées. En l’absence d’un imprimé de Wittenberg, l’édition de Leipzig a pu être affichée à Wittenberg.
À la lumière de ce témoignage de Rörer, les autres contributions du volume reprennent le débat lancé dans les années soixante. Bernd Möller évoque l’ensemble des séries de thèses présentées à Wittenberg, 20 pour Luther entre 1516 et 1521 et 28 pour Karlstadt. Les thèses de Luther étaient présentes à Wittenberg le 31 octobre 1517 sous forme imprimée. Luther les a envoyées à l’archevêque Albrecht de Mayence et à l’évêque Schultz, sans leur accorder une importance particulière. Seul cet envoi est sûrement attesté. L’affichage est plausible, voire probable, mais pas prouvé.
Dans une autre étude du volume, Helmar Junghans (p. 33–46) traite de la préhistoire de la lettre dédicace adressée fin mai 1518 par Luther au pape Léon X, jointe aux »Explications de la dispute au sujet des indulgences«. Dès avant l’invitation du 31 octobre à la dispute, Luther s’est adressé à des autorités ecclésiales pour les interpeller au sujet des indulgences.
Dans sa contribution (p. 69–92), Volker Leppin rappelle qu’il n’y a pas eu de témoins oculaires, que les thèses ont été publiées après le 31 octobre 1517, qu’il faut constater l’absence de réaction de la part des évêques, que Luther ne parle nulle part de leur affichage. Georg Major, évoqué dans la communication de Timothy Wengert (p. 93–98), fut tout au plus un témoin potentiel. Selon Leppin, l’affichage est plausible, mais pas sûr et peu probable. Il s’inscrit dans un processus de glorification de Luther, au-delà de l’histoire.
La communication de Konrad Repgen (p. 99–110) rappelle les termes du débat suscité par Iserloh et la nécessité de trouver de nouveaux témoignages. En attendant, la plupart des historiens continuent, d’après lui, à considérer l’affichage des thèses comme plausible, voire probable. Dans son étude, Vinzenz Pfnür évoque l’arrière-plan scolastique de la discussion au sujet du pardon des péchés, et la question de savoir si, en 1517, Luther était déjà »réformateur« et en voie de rompre avec l’Église établie. Il plaide pour une triple approche de la Réformation: la première devrait la percevoir comme un débat d’école avec la théologie traditionnelle, la seconde décrirait le large mouvement des années vingt, la troisième prendrait en compte l’Église évangélique et sa confession de foi.
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