G. Metzler, Französische Mikropolitik in Rom unter Papst Paul V. Borghese (1605-1621) (Alain Tallon)
Guido Metzler,
Französische Mikropolitik in Rom unter Papst Paul V. Borghese
(1605–1621), Heidelberg (Universitätsverlag Winter) 2008, 165 p.
(Schriften der Philosophisch-historischen Klasse der Heidelberger
Akademie der Wissenschaften, 45), ISBN 978-3-8253-5427-5, EUR 24,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Alain Tallon, Paris
Dans le cadre de la vaste enquête sur la »micropolitique« romaine à l’époque moderne lancée par Wolfgang Reinhard, Guido Metzler propose d’appliquer ce concept aux relations franco-pontificales sous le pontificat de Paul V. Après le règne de Clément VIII, qui avait vu des relations d’affections quasi filiales entre le pape et le très chrétien qu’il avait réconcilié avec l’Église catholique, après l’éphémère triomphe que représentait pour la diplomatie française l’élection du cardinal Alexandre de Médicis, sous le nom de Léon XI, au pontificat des plus brefs (1er–27 avril 1605), l’arrivée sur le trône de Saint Pierre du cardinal Borghèse marqua le retour de la politique pontificale à un équilibre entre France et Espagne, qui fut vécu par Henri IV, puis par Marie de Médicis et Louis XIII comme le choix d’une orientation plus favorable à la monarchie catholique. Dans ce cadre politique, l’auteur étudie les acteurs et les réseaux de la diplomatie française à Rome, en s’appuyant sur les correspondances conservées principalement à l’Archivio Segreto Vaticano, et à la Bibliothèque nationale de France, ainsi que dans d’autres dépôts romains ou parisiens. Il s’appuie aussi sur une historiographie vaste, française avec Bernard Barbiche et Olivier Poncet, italienne et allemande, mieux présentée dans les notes que dans la bibliographie finale. On peut ajouter le volume dirigé par Alexander Koller, que ne pouvait bien sûr connaître Guido Metzler puisqu’il est paru la même année que son ouvrage, »Die Außenbeziehungen der römischen Kurie unter Paul V. Borghese (1605–1621)«.
L’étude de Guido Metzler commence par une étude relativement rapide de deux points: les acteurs de la politique française auprès du Saint-Siège, aussi bien en France – le roi ou la régente et leurs ministres – qu’à Rome – les ambassadeurs, les cardinaux français, les agents pro-français en Curie; les moyens du patronage, où le rôle central des pensions versées par le roi très chrétien est à nouveau mis en évidence, quand la monarchie française de la Renaissance couvrait plutôt ses serviteurs italiens et romains de bénéfices ecclésiastiques et notamment d’évêchés. Le cœur de l’étude étudie l’action française dans les réseaux romains: comment gagner la confiance des plus proches collaborateurs du pape, à commencer par sa famille? Quelles factions cardinalices se gagner? Guido Metzler montre bien l’embarras de la France devant le clan issu du pontificat Aldobrandini, car si Henri IV conserve un lien qui est aussi affectif avec les créatures de Clément VIII, la diplomatie française ne peut que noter les relations détestables du cardinal Pietro Aldobrandini avec les Borghèse et s’inquiéter de son rapprochement avec l’Espagne. À l’inverse, le cardinal Montalto et le clan issu du pontificat de Sixte Quint, marqués comme pro-espagnols au début du pontificat, se rapprochent nettement de la France sous la régence de Marie de Médicis. On a un bon exemple de plus de la grande fluidité des alliances politiques dans la Rome des XVIe et XVIIe siècles, qui interdit de parler de façon trop rigide de »parti espagnol« ou de »parti français«. Il y a cependant des traditions, comme celle qui fait des anciens nonces en France des interlocuteurs privilégiés des représentants du roi très chrétien, d’autant plus précieux qu’ils sont tous cardinaux. C’est évident dans le cas de Maffeo Barberini, moins constant dans celui de Roberto Ubaldini. Les cardinali di casa des grandes maisons princières italiennes, les prélats installés à Rome, la grande noblesse de la Ville et de l’État pontifical complètent ces réseaux, étudiés très largement en fonction des pensions versés. C’est la caractéristique de cette étude assez brève (159 p. de texte), mais bien informée où l’on trouvera des indications précieuses sur les possibilités et les moyens d’une diplomatie d’influence dans un contexte assez peu favorable. Le concept de »Mikropolitik« n’en est peut-être pas vraiment précisé, mais la compréhension des mécanismes politiques dans la Rome baroque se voit enrichir d’une étude documentée.
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