F. Jürgensmeier, R. Schwerdtfeger, Orden und Klöster im Zeitalter von Reformation und katholischer Reform 1500-1700, Band 3 (Damien Tricoire)
Friedhelm Jürgensmeier,
Regina Elisabeth Schwerdtfeger (Hg.), Orden und Klöster im Zeitalter
von Reformation und katholischer Reform 1500–1700, Band 3, Münster
(Aschendorff ) 2007, 240 p.
(Katholisches Leben und Kirchenreform im Zeitalter der
Glaubensspaltung, 67), ISBN 978-3-402-11085-0, EUR 22,80.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Damien Tricoire, Munich
La série »Vie catholique et réforme de l’Église à l’époque des ruptures religieuses«, déjà riche de nombreux volumes sur des théologiens, des hommes d’Église et l’histoire ecclésiastique des territoires allemands, ajoute à son catalogue une histoire des ordres religieux aux XVIe et XVIIe siècles en trois tomes. Le but de cet ouvrage, dont nous présentons ici le troisième et dernier volet, est d’offrir »un tour d’horizon scientifiquement fondé et compact, qui servira de base à des études comparatives, grâce à des contributions globalement structurées selon un même schéma, déterminé par les éditeurs«. Notons cependant que, contrairement à ce que le titre suggère, cette histoire des ordres religieux ne concerne pas l’ensemble de l’Europe, voire du monde, mais se limite à l’Empire (Suisse, Pays-Bas, Silésie et Bohème compris, mais non l’Italie).
En tout, trente-deux congrégations religieuses sont abordées, chacune séparément, par vingt-sept théologiens et historiens sur un total de 720 pages. Le premier tome traite principalement de l’histoire des ordres dans l’obédience des règles de saint Benoit et de saint Augustin (les ursulines faisant ici exception); le second présente celle des dominicains et dominicaines, carmes déchaux ou non, carmélites, ermites de Saint-Augustin, jésuites et chartreux. Le présent volume se penche sur les chanoines réguliers (prémontrés, chanoines et chanoinesses de Saint-Augustin), les différentes branches de la famille franciscaine (à l’exception des clarisses), ainsi que trois ordres moins connus qui étaient déjà très affaiblis avant la Réforme et qui furent marginalisés sur le territoire allemand au XVIe siècle: les guillemites, les célestins et les antonins. Saluons d’emblée l’amplitude du champ d’étude qui comprend autant les ordres anciens que nouveaux, masculins que féminins; même les fondations évangéliques pour femmes sont abordées (premier volume).
Le schéma élaboré par les éditeurs est strictement respecté par la grande majorité des auteurs. D’abord, un tableau propose des données statistiques sur le nombre de maisons, de membres, une liste des lieux de formation et des personnalités célèbres. Une carte, très utile, situe monastères et couvents, ceux qui ont survécu ou non aux sécularisations du XVIe siècle comme ceux qui furent nouvellement fondés à l’époque moderne. Elle est assortie d’une légende récapitulant les maisons par ordre alphabétique. Certains auteurs font ensuite le point sur l’historiographie. Au cœur de chaque article, l’exposé de l’histoire de l’ordre traite enfin de la situation et de la spiritualité de l’ordre avant 1517, de ses réactions face à la Réforme, de son devenir face à la politique territoriale des princes, de sa participation ou non à la réforme tridentine ainsi que de sa théologie, sa spiritualité et ses activités culturelles et scientifiques après 1563. À la fin de chaque contribution figure une liste des sources éditées et des principaux ouvrages traitant de la question.
La structure des articles correspond ainsi à la vision classique de l’histoire ecclésiastique, ce qui n’est pas étonnant dans un ouvrage ayant pour fonction d’introduire au sujet. La part belle est faite aux réformes institutionnelles et au concile de Trente, comme il est d’usage depuis Hubert Jedin, même si les auteurs montrent que, dans de nombreux cas, la métamorphose des ordres n’est qu’indirectement liée au concile, comme on le voit par exemple dans le cas des cordeliers (article de Christian Plath). Les innovations dans le domaine de la dévotion et du rapport à Dieu au XVIIe siècle sont, en revanche, globalement plutôt négligées. Certains auteurs, en général historiens comme Franz Brendle, qui structure sa contribution sur les chanoines de Saint-Augustin d’une manière plus strictement chronologique, accordent une attention plus grande à l’histoire sociale et politique. On peut relever l’article de Matthias Ilg sur les capucins qui intègre bien les apports de l’histoire culturelle, comme on le voit dans l’analyse de la piété et de la stratégie pastorale typiques à l’ordre. En tout, les auteurs maîtrisent parfaitement leur sujet. On relève seulement quelques rares erreurs, comme l’affirmation de Walter Ziegler selon laquelle les frères mineurs auraient réussi à faire accepter la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge par le concile de Trente.
On peut regretter un certain conservatisme méthodologique de nombreux articles ainsi que l’absence d’une synthèse qui rend l’ouvrage inadapté à servir d’introduction à l’histoire des ordres en général. Néanmoins, ce recueil constitue un outil de travail d’une grande valeur pour qui cherche une introduction solide et synthétique dans l’histoire d’un ordre particulier en Allemagne aux XVIe et XVIIe siècles. Il répond en ce sens parfaitement aux buts proposés par les éditeurs.
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