Personal tools
Navigation
 

I. Jostock, La Censure négociée (Hugues Daussy)

— filed under:
Ingeborg Jostock, La Censure négociée. Le contrôle du livre à Genève, 1560–1625

Francia-Recensio 2010/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Ingeborg Jostock, La Censure négociée. Le contrôle du livre à Genève, 1560–1625, Genève (Droz) 2007, 440 p., ISBN 978-2-600-01115-0, EUR 103,22.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Hugues Daussy, Le Mans

Cette étude consacrée à la censure et au contrôle de l’édition s’inscrit dans un courant historiographique relativement vivace, depuis les travaux initiés par J. M. De Bujanda il y a une vingtaine d’années. Elle s’en distingue toutefois nettement par le choix d’envisager une question presque totalement délaissée par les recherches récemment entreprises, centrées sur la censure catholique, celle de la censure protestante. Afin d’éclairer cette dimension demeurée obscure, Ingeborg Jostock choisit l’exemple genevois et développe un concept original, explicatif du processus qui conduit à interdire l’édition et la circulation des livres jugés dangereux, celui de »censure négociée«. L’auteur renonce ainsi à la conception traditionnelle de l’acte de censure et entreprend une réflexion nouvelle sur la notion même d’»interdiction«. Elle insiste notamment sur le dialogue qui s’instaure presque invariablement entre trois protagonistes, trois groupes essentiels de la société genevoise, à chaque fois qu’il s’agit de prendre une décision d’interdiction ou d’autorisation conditionnelle de publier. Ces trois interlocuteurs, le magistrat de la cité, l’autorité ecclésiastique et les imprimeurs et marchands concernés, défendent chacun leur intérêt propre au gré d’une négociation qui ne laisse à chacun d’eux qu’une faible marge de manœuvre. Fonction de l’évolution des rapports de force entre le pouvoir civil et l’autorité ecclésiastique, le résultat de ce dialogue s’avère fluctuant. Ingeborg Jostock remarque néanmoins que la Compagnie des Pasteurs conserve une position prééminente dans le processus de décision jusqu’au début du XVIIe siècle, lorsque le conseil de ville finit par prendre le dessus. Dans le domaine de la censure comme ailleurs, se manifeste alors un phénomène de dissociation entre les domaines politiques et ecclésiastiques. Afin de mener à bien cette réflexion neuve et convaincante, fondée sur l’exploitation de sources manuscrites conservées essentiellement dans les dépôts genevois et appuyée sur un socle bibliographique solide, l’auteur a élaboré sa démonstration en trois étapes chronologiques. Il est d’abord question d’un »âge d’or« du livre réformé (1560–1580), au cours duquel la collaboration entre les pouvoirs civil et ecclésiastique fonctionne de manière harmonieuse. C’est toute la politique du livre à Genève durant cette période faste pour la production religieuse qui est ici évoquée à travers plusieurs exemples considérés comme révélateurs d’une réalité complexe à appréhender dans sa globalité. Les marchés essentiels, débouchés privilégiés des presses genevoises, sont ainsi l’objet de développements intéressants. On évoque notamment l’importance du Psautier huguenot et des Bibles genevoises, mais aussi le marché français au caractère éminemment clandestin. Dans la deuxième partie, qui chevauche partiellement la première (1570–1600), la lutte s’amorce entre le magistrat et la Compagnie des pasteurs. Moins intransigeant que Calvin, disparu en 1564, Théodore de Bèze est un adversaire moins rude pour l’autorité civile dont les tenants s’affirment de plus en plus comme les membres d’une véritable oligarchie politique désireuse d’affermir son pouvoir. L’histoire du contrôle du livre genevois reflète cette redistribution des cartes et les rapports entre les deux pôles de la négociation dans ce domaine sont de plus en plus houleux, surtout à partir des événements dramatiques survenus en France en août 1572. Ingeborg Jostock décrit avec précision ces frictions qui se cristallisent tout particulièrement autour de quelques affaires particulièrement révélatrices des tensions qui règnent alors. On voit ainsi apparaître les réticences du Magistrat face à l’impression des ouvrages monarchomaques, qui va contre les intérêts politiques de la cité, soucieuse de ne pas s’aliéner le roi de France. L’auteur montre également les différences d’appréciation entre les Pasteurs et la Magistrat au sujet des lectures à proscrire dans les milieux étudiants, avant de conclure cette deuxième partie sur le rôle très important joué par Simon Goulart dans la réécriture ou l’expurgation de nombreuses œuvres profanes afin de rendre possible leur publication. La troisième et dernière partie de l’ouvrage (1600–1620) évoque le recul définitif du pouvoir ecclésiastique face au pouvoir civil dans le domaine du contrôle du livre. Les ordonnances de la Compagnie des Pasteurs n’ont plus la même autorité et c’est contre son avis que le Magistrat autorise l’impression d’ouvrages »papistes«, comme ceux de Droit canon, afin de procurer du travail à des imprimeurs qui, pour survivre, ne peuvent plus se contenter de publier des livres réformés. La belle étude d’Ingeborg Jostock s’achève par une série d’annexes précieuses et bien conçues. Ces documents complètent et illustrent utilement le propos de l’auteur. On apprécie tout particulièrement la publication de la liste des ouvrages interdits à Genève entre 1560 et 1620, ainsi que celle des livres qui ont dû être corrigés avant d’être publiés pendant la même période. Un index conclut ce livre convaincant et bien écrit, qui a le grand mérite de mettre à jour les modalités originales de la censure à Genève.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

Document Actions
Zitierhinweis
Empfohlene Zitierhinweise:
I. Jostock, La Censure négociée (Hugues Daussy)
In: Francia-Recensio, 2010-2, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2010-2/FN/jostock_daussy
Dokument zuletzt verändert am: Jul 08, 2010 11:28 AM
Zugriff vom: May 25, 2012