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M. Hochedlinger, Aktenkunde (Françoise Hildesheimer)

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Michael Hochedlinger, Aktenkunde. Urkunden- und Aktenlehre der Neuzeit

Francia-Recensio 2010/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Michael Hochedlinger, Aktenkunde. Urkunden- und Aktenlehre der Neuzeit, Wien (Böhlau)/München (Oldenbourg) 2009, 292 p., 164 ill. (Historische Hilfswissenschaften, 3), ISBN 978-3-205-78296-4/978-3-486-58933-7, EUR 39,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Françoise Hildesheimer, Paris

Avec ce manuel, il est clair que la cause n’a plus même à être entendue: la diplomatique a bel et bien conquis sa place aux temps modernes et peut même se donner le luxe de se présenter sous la forme d’une didactique synthèse. Extension chronologique, extension documentaire à tous les types de documents d’archives, on se souvient tel était en effet le programme tracé en 1961 pour la France par Robert-Henri Bautier1, alors contesté par Armando Petrucci2 au nom d’une incapacité du document moderne à rendre compte de la civilisation de son époque. En un demi-siècle, la science du document a su pourtant évoluer et la querelle a été relégué au rang d’épisode de l’histoire de la diplomatique. Car la multiplication du recours à l’écrit, reflétant notamment le poids croissant de l’État et la croissance démographique et débouchant sur la diffusion imprimée, ne pouvait être contenue en lisière, mais a imposé des modes d’appréhension nouveaux par rapport à la période antérieure. L’opposition canonique entre diplomatique et archivistique, l’une proprement médiévale, la seconde relevant d’une pratique professionnelle appliquée à des masses de documents qu’il faut davantage organiser que critiquer, a démontré ses limites et son impossibilité, et est naturellement dépassée dans la vision de l’Aktenkunde que propose Michael Hochedlinger pour une modernité austro-allemande qui s’étend du XVIIe au XXe siècle (»Urkunden- und Aktenlehre der Neuzeit«). Entre histoire des institutions et archivistique proprement dite, la science des documents de plus en plus nombreux dans leur masse, leurs types, leurs formes et leurs états, ce dernier qui cumule la double expérience de l’historien et de l’archiviste, réussit la synthèse des travaux antérieurs essentiellement de Heinrich-Otto Meissner, Gerhard Schmid et Jürgen Kloosterhuis.3 L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs par une brève histoire de la discipline, se poursuit par des définitions et se développe, dans la tradition des auteurs précédents, selon trois angles d’attaque: »Genetische Aktenkunde« où l’on trouvera la tradition germanique de la Registratur, »Analytische Aktenkunde«, classique avec sa double approche externe et interne du document, »Systematische Urkunde«, classificatrice, enfin, où le lecteur est initié aux différentes catégories et aux formules caractéristiques des actes. Le classicisme du plan s’allie avec la clarté de l’exposé et de la présentation (un domaine où l’on doit associer l’éditeur à la réussite du projet): rubriques en marge, exemples reproduits dans le texte et l’illustrant directement. Davantage, l’ouvrage se distingue encore tout particulièrement par les compléments qu’il a su obtenir d’un usage maîtrisé des technologies: le classique manuel, complété par une bibliographie méthodique et un tout aussi classique index, est en effet associé à un CD qui donne à voir en format PDF des documents, et s’ouvre à la diffusion de ces derniers via internet.4 Cet usage de l’image va bien au-delà d’une simple illustration, mais joue pleinement son rôle de complément visuel faisant que ce manuel montre vraiment les documents, et ne se borne pas à un discours sur eux. C’est dire si le dépoussiérage de la diplomatique y est effectif! À tel point qu’il semble naturel qu’un volume particulier consacré à la révolution contemporaine de l’information des XXe–XXIe siècles et à ses conséquences sur la pratique documentaire et archivistique vienne sans tarder prendre la suite. La principale originalité du manuel tient aux fonctions exercées par son auteur aux Archives d’État de Vienne: il met tout naturellement l’accent sur les documents autrichiens, rééquilibrant et élargissant une archivistique jusque là à dominante prussienne. On y trouvera aussi de nombreuses références à la diplomatique française, mais on constatera sans surprise que les chronologies comme l’histoire qui les a engendrées n’ont rien de parallèle. La »modernité« germanique remonte au Saint-Empire et embrasse la monarchie des Habsbourg et la République autrichienne; elle met en lumière les conséquences de réformes administratives des XIXe et XXe siècles (1800, 1920–1930). Au-delà on pourrait sans doute souhaiter que l’acte privé soit l’objet d’une attention que justifie son importance quantitative et sociale; de même, la persistance de l’oral (renouvelée avec le téléphone) et de la pratique politico-gouvernementale du secret auraient mérité d’être soulignées dans un souci d’équilibre réaliste. Avec le manuel de Michael Hochedlinger on a donc un ouvrage didactique de référence pour le monde germanique,5 dans lequel les habitués des archives françaises trouveront de stimulants éléments de contraste et de comparaisons, et qui devrait permettre d’aller au-delà de classifications bien établies et des formules, de l’étude de la forme pour étendre l’intérêt au discours même de l’acte; de même que la diplomatique a aujourd’hui su dépasser la simple et médiévale détection du faux, la classification moderne doit outrepasser son auto-finalité pour exprimer ce qu’elle peut enseigner des relations entre les auteurs et les destinataires d’une documentation élaborée sous des formes à la fois fixes et variables.

1 Robert-Henri Bautier, Leçon d'ouverture du cours de diplomatique à l’École des chartes (20 octobre 1961), dans: Bibliothèque de l’École des chartes 119 (1961) p. 194–225 (reproduit dans Id., Chartes, sceaux et chancelleries, 2 vol., Paris 1990 (Mémoires et documents de l'École des chartes, 34) t. I, p. 3–33).

2 Armando Petrucci, Diplomatica vecchia e nuova, dans: Studi medievali, s. 3, a. 4–2, 1963, p. 785–798.

3 Heinrich Otto Meisner, Aktenkunde. Ein Handbuch für Archivbenutzer mit besonderer Berücksichtigung Brandenburg-Preußens, Berlin 1935; Id., Urkunden- und Aktenlehre der Neuzeit, Leipzig 1950–1952; Id., Archivalienkunde vom 16. Jahrhundert bis 1918, Leipzig 1969; Gerhard Schmid, Akten, dans: Friedrich Beck, Eckhart Henning (dir.), Die archivalischen Quellen. Mit einer Einführung in die Historischen Hilfswissenschaften, Köln 1994–2004; Jürgen Kloosterhuis, Amtliche Aktenkunde der Neuzeit. Ein hilfswissenschaftliches Kompendium, dans: Archiv für Diplomatik 45 (1999), p. 465–563.

4 www.univie.ac.at/.../aktenkunde.htm

5 Voir aussi Hans Wilhelm Eckardt, Gabriele Stüber, Thomas Trumpp, Paläographie, archivalische Textsorten, Aktenkunde. »Thund kund und zu wissen jedermänniglich«, Neustadt an der Aisch, 2005.

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M. Hochedlinger, Aktenkunde (Françoise Hildesheimer)
In: Francia-Recensio, 2010-2, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2010-2/FN/hochedlinger_hildesheimer
Dokument zuletzt verändert am: 08.07.2010 10:25
Zugriff vom: 08.02.2012