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C. Danz, R. Leonhardt, Erinnerte Reformation (Marc Lienhard)

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Christian Danz, Rochus Leonhardt (Hg.), Erinnerte Reformation. Studien zur Luther-Rezeption von der Aufklärung bis zum 20. Jahrhundert

Francia-Recensio 2010/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Christian Danz, Rochus Leonhardt (Hg.), Erinnerte Reformation. Studien zur Luther-Rezeption von der Aufklärung bis zum 20. Jahrhundert, Berlin, New York (Walter de Gruyter) 2008, X–320 p. (Theologische Bibliothek Töpelmann, 143), ISBN 978-3-11-019616-0, EUR 78,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Marc Lienhard, Strasbourg


La théologie, mais dans une large mesure aussi la philosophie de langue allemande, se réfèrent souvent à Luther. Le présent volume expose la manière dont s’est effectuée cette réception de Luther, depuis les Lumières du XVIIIe siècle jusqu’au XXe siècle. Les différentes démarches théologiques ou philosophiques reflètent cette réception diversifiée. Deux longues études traitent successivement de Semler, typique pour l’approche des Lumières en Allemagne (G. Raatz) et de Hammann, proche de Luther dans sa manière de distinguer la foi de la raison (M. Seils). L’idéalisme allemand est abordé dans l’étude de C. Danz sur Schelling. Curieusement, Hegel ne fait pas l’objet d’un chapitre particulier, mais il apparaît à travers l’étude consacrée par M. Petzoldt à Feuerbach. Le travail de R. Leonhardt sur l’éthique politique de Schleiermacher dégage une proximité frappante avec la démarche de Luther, en particulier avec sa conception des deux règnes. Très légitimement, l’ouvrage fait ensuite place à Kierkegaard (H. Steffes) et à Ritschl (F. Wittekind) pour le XIXe siècle, puis aux représentants de la renaissance des études luthériennes au XXe siècle tels que Karl Holl et Rudolf Hermann (H. Assel), auxquels s’ajoutent Gogarten et Troeltsch (C. Danz), puis Hirsch et Tillich comme interprètes de Nietzsche et de son rapport à Luther (A. von Schelilia). Karl Barth ou encore les théologiens luthériens tels Elert et Althaus n’ont pas retenu l’attention.

Les auteurs étudiés connaissaient plus ou moins bien les écrits de Luther. Hammann et Ritschl les connaissaient bien mieux que Nietzsche, et même que Kierkegaard. Les diverses études montrent aussi, par exemple pour Hammann et pour Feuerbach, la progression de cette connaissance dans la vie des auteurs étudiés. Si la proximité avec Luther est soulignée dans bien des cas, le jugement des diverses contributions reste prudent. Elles parlent de parallélisme, d’actualisation, de distance critique plutôt que de dépendance. Ainsi Semler n’hésite pas à critiquer Luther et son style théologique. Suivi par d’autres auteurs, il oppose la tolérance aux orthodoxies. Il plaide pour une approche historique de la Réformation, à l’encontre d’une conception dogmatique.

Faute de pouvoir rendre compte explicitement de tous les chapitres de ce très riche volume, évoquons quelques approches représentatives qui tentent de reprendre la démarche de Luther et de l’actualiser, en la faisant passer à travers le crible des Lumières. Il est souvent question de la religion, de son historicité et de sa perfectibilité, de la distinction entre religion sociale et individuelle (Semler), d’une religion de l’esprit opposée à une religion sacramentelle (Troeltsch), de la relativisation des contenus doctrinaux attribuée à Luther (Semler), d’une religion tournée vers l’anthropologie et faisant place à la sensualité (Feuerbach). La réflexion sur Dieu s’affirme chez Hammann qui souligne avec Luther l’abaissement du Dieu trinitaire, qui vient réellement dans le monde et auprès des hommes. D’autres comme Troeltsch, Holl et Gogarten insistent sur sa transcendance, mais y voient aussi l’origine d’une conscience de soi religieuse et éthique.

Presque tous les auteurs étudiés sont attentifs à la place primordiale attribuée par Luther, selon eux, à l’individu, à sa subjectivité, au caractère existentiel de la foi, dont Holl entend décrire le processus conflictuel dans la conscience. L’opposition à toute emprise ecclésiale ou étatique sur la foi est souvent relevée. Par contre, des divergences se font jour à propos du thème de la liberté. Si les uns, comme Ritschl et Troeltsch, insistent sur la liberté de l’acte de foi, d’autres comme Schelling estiment, à la lumière du traité de Luther »Du serf arbitre«, que, dans la manière de l’homme de se définir, intervient une certaine nécessité intérieure, sans tomber pour autant dans le déterminisme. Selon Gogarten, l’affirmation luthérienne de la volonté asservie exprime le fait que le »je« créé est lié au »tu« créateur de Dieu et à sa Parole. La justification par la foi a retenu l’attention de Ritschl qui, tout en la qualifiant de doctrine sotériologique particulière à Paul, est d’avis que, liée au Christ et à son œuvre, elle fonctionne comme un régulateur religieux et fonde la certitude religieuse sur la différenciation entre la religion et l’éthique.

Holl a voulu répondre à deux questions: comment fait-on l’expérience de la justification et comment dans cette doctrine l’éthique est-elle prise en compte? Selon R. Hermann, Dieu communique sa justice à l’homme par la promesse, ce que l’homme peut seulement saisir par la confession et la prière, et ce qui permet de comprendre la logique luthérienne qualifiant le chrétien de »à la fois juste et pécheur«.

C’est encore Ritschl qui a, le plus, prêté attention au principe scripturaire, au pluralisme biblique, à l’histoire des débuts du christianisme, au canon qui ne concerne que les principes fondamentaux, à la spécificité de l’enseignement de Jésus et à son rapport avec la religion prophétique de l’Ancien Testament. Relevons aussi l’intérêt porté par Ritschl à l’Église. D’après lui, il n’y a pas de foi ou de vie religieuse en dehors de la communauté religieuse. Celle-ci libère le sujet de la nécessité de prouver par ses propres forces la réalité de l’esprit. La Réformation n’a pas placé la conscience personnelle au-dessus de l’Église, mais elle a purifié l’Église en la distinguant de l’État. C’était déjà la préoccupation de Schleiermacher qui, tout en reprenant l’insistance de Luther sur l’autorité civile et le devoir d’obéissance et de coopération des sujets, veut exclure, avec le Luther d’avant 1525, toute contrainte en matière de foi, et considère le pluralisme comme légitime.

Les auteurs étudiés sont presque tous très attentifs à l’éthique, soit pour la mettre au premier rang, voire pour l’identifier à la religion, soit pour l’en distinguer, ou encore pour montrer comment la conscience religieuse devient active par l’éthique. Selon Holl, Hirsch et Tillich, l’opposition à tout eudémonisme, la liberté par rapport à la loi et un prophétisme antibourgeois, voire l’insistance positiviste sur le pouvoir, permettraient un rapprochement entre Nietzsche et Luther. Kierkegaard par contre, dans ses dernières années, tend à identifier Luther et ses successeurs et à souligner l’embourgeoisement du protestantisme, qu’il fait remonter en partie à Luther lui-même.

La question des rapports entre Luther et la modernité constitue le fil rouge de l’ouvrage. Semler prend en compte d’autres faits historiques à l’aube des temps modernes tels que l’invention de l’imprimerie, la Renaissance, l’humanisme et la mystique. Il adresse des critiques à Luther et souligne que l’identité protestante ne s’exprime pas totalement dans la Réformation du XVIe siècle. Pour des auteurs par contre comme Ritschl et Troeltsch, quelque chose de radicalement nouveau s’est affirmé avec la Réformation, ce qui interdit d’en faire une simple tendance de l’histoire de la chrétienté occidentale, même s’il faut prendre en considération les liens avec cette chrétienté, sinon les Églises issues de la Réformation ne seraient que des sectes ou des hérésies. Selon Troeltsch, l’élément nouveau apporté par Luther, c’est-à-dire son expérience et sa personnalité religieuse, n’a pu s’affirmer à l’époque moderne qu’après la dissolution du vieux protestantisme, c’est-à-dire des orthodoxies qui étaient retombées dans une démarche médiévale. Selon Ritschl et Troeltsch, le protestantisme issu de la Réformation a favorisé l’émergence de la modernité, sans pour autant la créer.

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In: Francia-Recensio, 2010-2, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 02, 2010 10:37 AM
Zugriff vom: Feb 08, 2012