A. Wirsching, Das Jahr 1933 (Sylvain Schirmann)
Andreas Wirsching (Hg.), Das Jahr 1933. Die
nationalsozialistische Machteroberung und die deutsche Gesellschaft,
Göttingen (Wallstein) 2009, 284 p. (Dachauer Symposien, 9), ISBN
978-3-8353-0512-0, EUR 20,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Sylvain Schirmann, Strasbourg
Fidèle à l’esprit de l’»Encyclopédie consacrée à l’histoire de l’Allemagne«, Andreas Wirsching nous livre une réflexion sur »Politique et société à l’époque de la république de Weimar« – un thème classique et controversé de l’historiographie allemande – d’une rare densité.
Reprenant et faisant sienne une chronologie habituelle, Wirsching montre comment la nouveauté parlementaire fut en fait paralysée par les forces profondes (les racines sociales et géographiques) qui forgèrent l’identité des formations politiques du régime de Weimar. Cela explique la fragilité initiale du régime et conditionne les gouvernements de la phase de stabilité (ceux de la grande coalition, ceux qui réunirent les forces de droite avec les nationaux allemands, comme ceux qui furent minoritaires). Malgré cette fragilité politique, la république de Weimar n’en mena pas moins une politique sociale et interventionniste digne d’intérêt. Le régime sut prendre en compte la complexité d’une société industrielle, accroître la protection sociale et forger un droit du travail enviable en Europe. Cette œuvre fut en revanche battue en brèche à la fin des années vingt par »la revanche des possédants« et les difficultés économiques croissantes. C’est un des éléments qui explique la crise finale de la république. Wirsching souligne également le jeu des formations politiques, explique les raisons de la progression du NSDAP, montre l’instrumentalisation des questions de politique extérieure à des fins intérieures, bref décrit magistralement cette crise finale du parlementarisme.
Ce rappel méritait d’être fait. Les recherches fondamentales consacrées à Weimar, l’intérêt porté à cette République se nourrissent en effet d’une seule question: pourquoi ce régime n’a-t-il pas pu s’installer dans la durée? Y-a-t-il eu »un péché originel«? Différentes approches nous livrent un certain nombre de clefs. Où les uns insistent sur le dysfonctionnement entre le régime des partis et la constitution, les autres mettent l’accent sur la crise de la modernité industrielle. D’aucuns soulignent également les responsabilités des élites fonctionnelles fondamentalement conservatrices: hommes politiques, haute administration, armée, justice; ces élites interviennent de plus en plus dans le fonctionnement du régime et permettent dès les années trente le passage d’un régime autoritaire à la dictature. D’autres auteurs enfin relèvent l’absence de liens entre bourgeoisie et SPD, liens qui auraient pu garantir la survie du régime. En réalité, et à l’exception des écrits de Detlev Peukert, qui livrent des explications globales resituant Weimar dans le contexte de la modernité des années vingt et de sociétés traversées ailleurs qu’en Allemagne par la violence, beaucoup de réflexions sur la république de Weimar restent empreintes d’analyses centrées presqu’exclusivement sur des facteurs explicatifs allemands ou mettent l’accent sur des facteurs politiques.
Ces différents débats sont restitués dans leur contexte, et le grand mérite de la synthèse d'Andreas Wirsching c’est de bien mettre en évidence que c’est la chute de Weimar et notamment le positionnement idéologique des uns et des autres par rapport à cette chute qui ont largement conditionné les réflexions à ce propos. Une démonstration convaincante et réussie.
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