A. Wirsching, J. Eder (Hg.), Vernunftrepublikanismus in der Weimarer Republik (Christian Baechler)
Andreas Wirsching, Jürgen Eder (Hg.),
Vernunftrepublikanismus in der Weimarer Republik. Politik, Literatur,
Wissenschaft. Redaktion Matthias Weipert, Stuttgart (Franz Steiner)
2008, 330 S. (Wissenschaftliche Reihe, 9), ISBN 978-3-515-09110-7,
EUR 33,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Christian Baechler, Strasbourg
On a souvent expliqué le peu de résistance de la république de Weimar face à la montée des extrémismes, lors de la crise des années trente, par le faible soutien au régime dès l’origine. On a parlé de »république sans républicains« ou, en reprenant la formule de Friedrich Meinecke, de »républicains de raison« restés »monarchistes de cœur«.
Lors d’un colloque organisé par la Fondation Theodor Heuss, en octobre 2006, une quinzaine d’auteurs se sont interrogés sur la pertinence de la notion de »républicanisme de raison«, réservée en général à la bourgeoisie intellectuelle libérale, en l’appliquant à d’autres milieux de la politique, de la société et de la culture. Dans l’introduction, Andreas Wirsching propose de définir le »républicanisme de raison« comme une conception »fonctionnaliste« du régime, selon laquelle la république n’est que la meilleure forme politique du moment, un »moindre mal« pour les uns, le »régime qui divise le moins« pour d’autres. Pour les »républicains de raison«, l’essentiel est l’État et sa reconstruction après Versailles, et non la forme du régime. C’est ce pragmatisme qui expliquerait que bon nombre d’entre eux abandonnent en 1930 un régime qu’ils ne jugent plus »fonctionnel«. On trouve ce pragmatisme, proportionnellement mieux représenté dans la génération socialisée avant 1914, dans tous les milieux de la politique, de l’économie, de la société et de la culture.
C’est ce que montrent, de manière un peu impressionniste, les contributions au colloque. H. Möller compare les itinéraires de Meinecke, Stresemann et Thomas Mann, soulignant que cette génération ne pouvait qu’être monarchiste avant 1914, tandis que Th. Hertfelder analyse le républicanisme des membres du cercle de »Die Hilfe«, la revue de Naumann, très influents à la DDP, dont la pensée est centrée sur l’État, même s’ils estiment que la république est le fruit d’une évolution historique naturelle. Au Zentrum (E. Seefried), la majorité autour du chancelier Marx se rallie à la république par pragmatisme, tout en restant attachée à une conception organiciste et solidariste de la société peu compatible avec une démocratie pluraliste. À gauche, le pacifiste socialiste Heinrich Ströbel (R. Graf) soutient la république de Weimar »par raison« contre la réaction de droite et contre la révolution de gauche, mais quitte la SPD en 1931, estimant qu’elle pactise trop avec les anciennes élites. C’est aussi par pragmatisme que le ministre des Cultes prussien, H. Becker, accepte la république, tout en estimant qu’elle est aussi le résultat de la maturité du peuple allemand, et s’attache, dans ses fonctions, à la formation des citoyens à la responsabilité (B. Bonniot). Pour les milieux économiques, W. Pyta donne une analyse nuancée de la position du Reichsverband der deutschen Industrie, l’organisation faîtière de l’industrie allemande, souvent assimilée à l’industrie lourde rhéno-westphalienne, et montre qu’il a, en son sein, un solide noyau de »républicains de raison«, attachés à un régime parlementaire, dont ils estiment qu’il permet le mieux de défendre les intérêts économiques dans l’État. Ils sont hostiles à une présidentialisation du régime qui ne pourrait que renforcer la position des agrariens.
La définition du »républicanisme de raison« apparaît plus floue dans les contributions sur les milieux intellectuels, scientifiques et culturels: le cercle autour d’Aby Warburg avec Mendelsohn-Bartholdy et surtout Ernst Cassirer qui s’efforce de replacer la république de Weimar, dénoncée comme »undeutsch«, dans la continuité de l’histoire culturelle allemande (Th. Meyer); Alfred Döblin, représentatif d’une gauche intellectuelle ralliée, mais critique (J. Eder); l’historien Arthur Rosenberg, adversaire de la République bourgeoise, qui devient son défenseur après avoir quitté la KPD en 1927 (M. Keßler); les théologiens protestants Troeltsch, Rade, Harnack (M. Wolfes); les prix Nobel Haber, Planck et Einstein (M. Szöllösi-Janze); Willy Haas et la »Literarische Welt « (S. Kiefer). On retiendra, tout particulièrement, la contribution de Ch. Gusy sur les juristes Anschütz, républicain de conviction et partisan du régime parlementaire, Kahl et Alexander Graf zu Dohna, républicains de raison, partisans d’un système présidentiel, qui souligne une affinité entre le positivisme juridique et le républicanisme.
Ces contributions, très dispersées, ne contribuent guère à une définition précise de la notion de »républicanisme de raison«, sinon comme d’un simple pragmatisme, ce qui lui enlève bien de sa pertinence opérationnelle.
L’intérêt de l’ouvrage réside plus dans la qualité informative des articles que dans l’apport conceptuel.

