A. Heinen, D. Hüser, Tour de France (Alfred Grosser)
Armin Heinen, Dietmar Hüser (Hg.),
Festschrift für Rainer Hudemann, Stuttgart (Franz Steiner) 2008, 520
p. (Geschichte. Schriftenreihe des Deutsch-Französischen
Historikerkomitees, 4), ISBN 978-3-515-09234-0, EUR 72,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Alfred Grosser, Paris
Le risque de tout volume d’hommages est la dispersion des sujets brièvement traités, donc de la quasi-disparition des contributions dans les références bibliographiques ultérieures. C’est malheureusement le cas ici, d’autant plus que la cinquantaine d’études parcellaires n’est nullement centrée sur les thèmes centraux de la production scientifique du remarquable historien qu’est Rainer Hudemann. J’avoue que, pour moi, le titre lui-même fait problème. Le Tour de France cycliste auquel l’introduction fait référence, se soucie assez peu de l’histoire et de la portée symbolique des paysages et des villes traversés. En revanche, évoquer »Le Tour de France de deux enfants« aurait eu une portée certaine: petit livre aux multiples éditions, diffusée dans toutes les écoles de la République, au contenu d’un patriotisme sans faille et d’un antigermanisme virulent, il eût constitué un excellent contrepoint à la vision pacifiée du recueil.
La part de la Sarre est évidemment considérable, puisque les disciples de Rainer Hudemann à Sarrebruck, dont Dietmar Hüser, se sont beaucoup intéressés à l’évolution économique, sociale et politique du »territoire«. Telle contribution apporte des éléments originaux, tout en donnant une interprétation contestable. Ainsi pour le premier pèlerinage massif des Sarrois à Lourdes, en 1947. L’auteur parle de sa signification franco-allemande, alors que l’appui du gouvernement militaire français visait manifestement à renforcer la »francisation« de la Sarre. En revanche, au moins deux présentations de »lieux de mémoire« français controversés apportent des données nouvelles, sans lien avec le franco-sarrois ou le franco-allemand. Il s’agit des présentations par Sven Korzilius et Dietmar Hüser du monument du jardin du Luxembourg commémorant l’esclavage et son abolition ainsi que le rappel, quai Branly, de la guerre d’Algérie. Certains rappels franco-allemands prennent une signification nouvelle aujourd’hui. La ville de Bitche va être, en 2009, le siège d’une unité allemande, Nicolas Sarkozy ayant limité la contribution française à la brigade franco-allemande.
Parmi les contributions à oublier, l’article peu original et fort incomplet sur le traité de l’Élysée. Parmi les articles les plus intéressants portant sur la Sarre, la présentation par Frank B. Becker, de la grande fête, devant l’affreuse Germania (Niederwalddenkmal à Rüdesheim sur le Rhin), organisée pour Adolf Hitler le 27 août 1933. Il s’agissait de marquer que toute la région, Sarre comprise, alors sous gestion internationale, appartenait au Reich allemand. L’auteur montre bien, dans une conclusion agréablement ironique, que le monument a perdu aujourd’hui toute signification symbolique. On s’y rend en masse pour jouir d’une belle vue sur la vallée du Rhin et ses vignobles. Originale aussi est la présentation, par Gabriele Clemens, du premier documentaire cinématographique consacré au rapprochement franco-allemand. Le film de Peter von Zahn »Der erste Schritt – Die Geschichte eines Briefes«, projeté à partir du 14 décembre 1951, prend appui sur une lettre d’une étudiante envoyée à l’un des négociateurs du plan Schuman, à laquelle elle avait joint la croix de guerre de son père, en signe d’espoir de réconciliation. Gabriele Clemens ne manque pas de relever les faiblesses d’un film pourtant pionnier: rien sur les causes et les responsabilités de la guerre, exclusion de motivations importantes du traité charbon-acier (la satisfaction des besoins charbonniers français).
Deux textes m’ont paru l’un vraiment nouveau, l’autre particulièrement émouvant. Hélène Miard-Delacroix s’est attachée à Latche (à prononcer au choix Latché ou Latche) à cause de la façon dont François Mitterrand utilisait sa »résidence secondaire«. De même que le général de Gaulle avait d’emblée, en septembre 1958, invité le chancelier Adenauer à Colombey pour montrer un désir de relation intime, de même Mitterrand a invité successivement Helmut Schmidt et Helmut Kohl, l’un pour tenter de surmonter les réticences du chancelier à l’égard de sa (première) politique économique, l’autre pour dissiper, non sans succès, les irritations nées du comportement du président français dans les débuts de la réunification. La description du site est moins importante que le rôle que Mitterrand fait délibérément jouer à sa vaste bibliothèque pour présenter sa personnalité à l’interlocuteur!
In fine, quatre pages de Hartmut Kaelble intitulées »Maison Suger in Paris, 16–18 rue Suger, 75006 Paris«. Il s’agit en fait d’un hommage à un artisan éminent des échanges universitaires et scientifiques franco-allemands après 1945, Clemens Heller. Kaelble signale tristement que cette belle maison restaurée ne porte même pas une plaque rappelant l’action et l’esprit de Heller, alors que, sans lui, elle n’aurait pas pris sa signification. En quelques pages naît ainsi, en fin d’ouvrage, un climat un peu sentimental qui manque quelque peu dans l’entassement de contributions vraiment trop disparates.
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