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M. Vielberg, Der Mönchsbischof von Tours im »Martinellus« (Martin Heinzelmann)

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Meinolf Vielberg, Der Mönchsbischof von Tours im »Martinellus«. Zur Form des hagiographischen Dossiers und seines spätantiken Leitbilds

Francia-Recensio 2009/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Meinolf Vielberg, Der Mönchsbischof von Tours im »Martinellus«. Zur Form des hagiographischen Dossiers und seines spätantiken Leitbilds, Berlin, New York (Walter de Gruyter) 2006, X–354 p. (Untersuchungen zur antiken Literatur und Geschichte, 79), ISBN 978-3-11-018858-5, EUR 98,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Martin Heinzelmann, Saint-Cloud

À l’origine du livre, nous semble-t-il, il y a une ambiguïté voire une méprise fondamentale pour ce qui est un dossier hagiographique d’un côté (voir le sous-titre), et pour ce qui est un Martinellus, de l’autre (voir le titre). Le dossier hagiographique d’abord, notion moderne qui fait référence à la somme des textes composés en l’honneur d’un saint à des époques différentes, dès la mort du saint. Cette suite est classée et reproduite par la succession des textes, identifiés et chiffrés l’un après l’autre, dans la »Bibliotheca hagiographica latina« (BHL) des Bollandistes (1898/1899, 1900/1901 et »Novum Supplementum«, 1986), le manuel indispensable de l’hagiographie latine malheureusement éclipsée par l’auteur; le »dossier martinien«, d’ailleurs le plus fourni des saints gaulois, y occupe les numéros 5610–5666 (sans les nombreux ajouts du »Supplementum«). Il existe presque toujours un rapport entre ces textes différents sur un saint précis, ce qui fait qu’une version récente ne présente qu’une actualisation, ou un développement d’un texte préexistant, obtenue par des modifications formelles ou sémantiques de ce texte d’origine; tout récemment il y a eu plusieurs publications sur ce genre de »réécriture hagiographique« dans le cadre d’un projet à l’Institut historique allemand de Paris1.

La notion de Martinellus par contre, connue pour une première fois de la bibliothèque d’Adson de Moutier-en-Der avant 992, se réfère à l’édition médiévale d’un canon de textes et d’extraits de texte relativement strict en l’honneur de saint Martin, textes rassemblés une première fois peut-être par Alcuin, mais édités sûrement par son successeur l’abbé Fridugise de Saint-Martin de Tours (l’archichancelier de l’Empire dès 819), qui en fit une production extraordinairement luxueuse et importante que la tradition nous a légué pour une bonne partie: pour les seuls manuscrits de la BnF de Paris nous connaissons 18 exemplaires d’un tel Martinellus datant des IXe et Xe siècles, dont six du IXe; dans l’ensemble il y a presque une trentaine de manuscrits du IXe siècle reproduisant cette unité codicologique créée par l’édition médiévale qui contient régulièrement la Vie composée en 397 par Sulpice Sévère (au complet ou seulement les chapitres 2 à 14), les trois »Épîtres« du même auteur (le plus souvent la troisième lettre seule, ou une partie de celle-ci, BHL 5616e), les trois »Dialogues« (ou une partie, BHL 5616f), trois extraits de Grégoire de Tours se référant à la mort de Martin (Hist. I 48; Virtutes s. Martini I 4–6) ou à son successeur s. Brice à Tours (Hist. II 1); en fait presque toujours partie – dans 23 cas de l’ensemble des 27 manuscrits du IXe siècle – la Sylloge martinienne (collection, complète ou partielle, de 21 vers provenant de Marmoutier et surtout de la basilique construite par l’évêque Perpetuus dans les années 470), un bref texte sur la Trinité (faussement) attribué à Martin (CPL 1748a), et, accidentellement, un texte supplémentaire sur Martin, dont surtout une homélie-Vie de la plume d’Alcuin (BHL 5625), mais aussi, deux fois, la Vie métrique composée au Ve siècle par Paulin de Périgueux (BnF lat. 13759). À partir du Xe siècle, il y a de plus en plus d’autres textes qui ont été ajoutés à ce noyau, pour former d’autres unités de textes en l’honneur de s. Martin (nous comptons proposer une recherche à ce sujet).

Rien de tous cela dans le livre présent, malgré le titre prometteur. L’auteur évite obstinément le recours aux manuscrits, tout en connaissant l’excellente contribution de Martin Hellmann sur le »Weissenburger Martinellus« dans les mélanges pour Walter Berschin (Scripturus vitam, Heidelberg 2002, p. 243–262); il cite aussi les travaux de Luce Pietri de 1983 et en Francia 12 (1984) au sujet de la Sylloge martinienne, et même l’édition de ces inscriptions par F. J. Gilardi en 1983 (recensé par Luce Pietri dans Francia 12), négligeant toutefois le travail de Pascale Bourgain et de moi-même sur la diffusion des manuscrits de Grégoire de Tours (dans: Grégoire de Tours et l’espace gaulois, 1994, p. 273–317, pour le Martinellus p. 300–309). Dans une introduction (»De la biographie antique à la Vie chrétienne«) il traite de la biographie grecque, romaine, chrétienne en plusieurs chapitres, pour parler ensuite des »Chemins au Martinellus«: là, il évoque un Urmartinellus conçu par Grégoire de Tours (voir encore à ce sujet p. 17, 20, 70, 113, 289, etc.), et le Martinellus d’Alcuin qui aurait signifié le point final de la croissance des textes, ce qui en vérité n’était que le début d’un foisonnement de nouvelles éditions, collant de textes nouveaux sur la structure d’origine à peine changée (même la Sylloge des inscriptions du Ve siècle se retrouve encore dans les exemplaires d’une famille bavaroise du Martinellus des XIe et XIIe siècles). Quant à l’origine (hypothétique) du premier Martinellus, M. V. ne fait pas mention de l’opinio communis bien établie depuis les travaux de Luce Pietri, selon laquelle il y avait une première collection de textes à l’époque de l’évêque Perpetuus dont on connaît les initiatives pour engager des écrivains (Paulin, Sidoine Apollinaire et autres) en faveur d’une action médiatique pour la nouvelle basilique de saint Martin. Sans proposer une véritable argumentation, M. V. préfère Grégoire de Tours en tant qu’un premier organisateur de la collection, pour la seule raison de la présence de quelques extraits de texte de deux œuvres de sa plume. Dans un chapitre sur sa méthode, l’auteur développe quelques idées à propos de la succession de textes hagiographiques (»Folge-Folgetexte«, sic, p. 29) qui étonnent par l’ignorance de la bibliographie récente au sujet de la réécriture hagiographique.

Après l’introduction, l’auteur présente un long chapitre sur »Auteurs du Martinellus: un tour d’horizon historique«. Il parle de Sulpice Sévère et de sa biographie de Martin, de Paulin de Périgueux et de sa versification de cette Vie, et de Venance Fortunat dont il souligne la qualité de »poète pèlerin«. Il faut pourtant annoter qu’une relation de ces deux derniers poètes avec la collection du Martinellus proprement dit est plutôt éphémère, même si, exceptionnellement, le manuscrit de la Bibliothèque Vaticane Pal. lat. 845 (IXe s., peut-être de Mayence) porte en effet les Vies versifiées de Martin par les deux poètes du Ve et VIe siècle après les éléments habituels des autres exemplaires de la collection martinienne (pour la seule Vie rédigée par Paulin de Périgueux, voir aussi Paris BNF lat. 13759) ; par contre, parmi les inscriptions de la Sylloge, élément indiscutable des Martinellus dont M. V. ne parle guère, se trouvent effectivement des vers de Paulin qui peuvent fortement intéresser l’image médiatique du grand saint tourangeau. Suivent des passages sur Grégoire de Tours, auteur présupposé du »Urmartinellus«, sans une explication pour les extraits de son œuvre et la raison d’être de leur entrée dans la collection.

Le deuxième grand chapitre après l’introduction concerne »Forme et contenu du Martinellus: les aspects systématiques«. Il est question du rôle de l’»évêque-moine« chez les auteurs Sulpice Sévère et Grégoire de Tours, et en plusieurs sous-chapitres M. V. nous parle du rôle des couleurs dans quelques textes du Martinellus; d’autres paragraphes traitent de »Hagiographie et rhétorique«, et de stratégies panégyriques dans le Martinellus, où il est aussi brièvement question de »l’éloge funèbre« d’Alcuin. Dans la suite des chapitres et paragraphes il nous est difficile de déceler une véritable démonstration ou le cheminement d’une pensée continue, d’autant plus qu’une conclusion est absente du livre. À la place de cette conclusion on trouve une fin (Schluß), titrée »De la Memoria dans le Martinellus à la réception médiévale du modèle«, et se présentant en trois parties: 1, permanence et changement de la présentation du modèle martinien; 2, le principe caritas; 3, réception au moyen âge: l’exemple d’Odon de Cluny. Tout le monde y pourra trouver quelque chose, mais on peut douter de l’utilité pour une recherche de l’édition médiévale et des Martinellus.

1 Par exemple: Monique Goullet, Martin Heinzelmann (dir.), La réécriture hagiographique dans l’Occident médiéval. Transformations formelles et idéologiques, Ostfildern 2003 (Beihefte der Francia, 58).

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M. Vielberg, Der Mönchsbischof von Tours im »Martinellus« (Martin Heinzelmann)
In: Francia-Recensio, 2009-3, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Zugriff vom: May 24, 2012