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W. S. van Egmond, Conversing with the Saints (Monique Goullet)

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Wolfert S. van Egmond, Conversing with the Saints. Communication in the Pre-Carolingian Hagiography from Auxerre

Francia-Recensio 2009/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Wolfert S. van Egmond, Conversing with the Saints. Communication in the Pre-Carolingian Hagiography from Auxerre, Turnhout (Brepols) 2006, X–230 p. (Utrecht Studies in Medieval Literacy, 15), ISBN 2-503-51760-9, EUR 60,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Monique Goullet, Paris

À l’époque carolingienne Auxerre se distingue par deux productions majeures, réalisées simultanément et à quelques centaines de mètres de distance l’une de l’autre, durant le troisième quart du IXe siècle. Selon les classifications littéraires usuelles (discutées dans le chapitre 1), la première de ces productions est historiographique: il s’agit de la partie carolingienne des Gestes des évêques d’Auxerre, due aux chanoines de la cathédrale, Alagus et Rainogala. La seconde, de nature hagiographique, est l’œuvre du moine de Saint-Germain d’Auxerre, Héric; elle comprend une Vie et des Miracles de saint Germain, que la critique a malencontreusement traités comme deux œuvres séparées, dont la seconde est aujourd’hui encore négligée par les historiens. En tant que proches voisins, les chanoines et Héric partageaient leurs sources et échangeaient leurs travaux au fur et à mesure de leur avancement. W. S. van Egmond s’est donné pour objectif de prendre appui sur ces deux œuvres carolingiennes pour atteindre leurs sources mérovingiennes, c’est-à-dire surtout les Vies des évêques et, parmi eux, saint Germain. Ces textes, tous nés en milieu épiscopal, sont examinés en détail et datés avec la plus grande précision possible, démarche qui ne pose guère de problème concernant la Vie de saint Germain, rédigée entre 475 et 480 par un aristocrate gaulois ami de Sidoine Apollinaire, vraisemblablement à l’usage d’un cercle de lettrés gravitant autour de l’évêque de Lyon Patient; ce n’est qu’une fois importé à Auxerre que le texte se diffusa très largement et qu’il acquit pour la ville une dimension identitaire. En revanche la critique des sources mérovingiennes est beaucoup plus délicate, et l’auteur se pose avec raison la question du rapport entre les recensions originales et celles que nous lisons aujourd’hui dans des manuscrits copiés souvent trois siècles plus tard, et qui plus est, conservés en très petit nombre; s’ajoute à cela le manque d’éditions fiables, dotées d’un apparat des sources qui puisse servir de point d’appui pour la datation. Le livre donne sur ces cas difficiles un status quaestionis très utile et des conclusions toujours sages.

Mais l’objet ultime du livre n’est pas de nature philologique. Comme son titre l’indique, le cœur de l’étude concerne l’apport des sources pré-carolingiennes à la connaissance des différentes formes de communication, écrite et orale, verbale et non-verbale. La critique des sources a pour seul but d’asseoir cette analyse sur des bases historiques solides: après le chapitre 2, qui présente le texte de la Vita Germani, le chapitre 3 décrit les formes de communication observables dans cette même œuvre; de la même façon, après le chapitre 4, qui présente les sources mérovingiennes, le chapitre 5 produit une étude des formes de communication décrites par ces textes. Or – mais ce n’est là que l’avis personnel du recenseur – tout ce qui concerne les témoignages que pourraient donner ces textes hagiographiques tardo-antiques et mérovingiens sur les divers modes de communication s’avère décevant. Dans la Vie de saint Germain par Constance, W. S. van Egmond s’étonne par exemple de la minceur des attestations d’une activité écrite de Germain, alors qu’il est un homme cultivé. C’est confondre textes hagiographiques médiévaux et romans réalistes du XIXe siècle. D’autre part, à côté de la communication écrite (la »litéracie«) et orale sont retenues des formes dites de communication non verbale, comme les gestes et les rituels mis en œuvre dans la liturgie, dans le mariage ou le baptême, dans l’exorcisme: c’est là une définition trop vaste pour un corpus textuel fragile, de l’avis même de l’auteur, et qui a dû être restreint en taille pour des raisons philologiques légitimes exposées dans la préface. On pourra opposer au cas présent le vaste corpus, bien documenté, analysé dans le livre de Patrick Henriet, La parole et la prière au Moyen Âge. Le Verbe efficace dans l’hagiographie monastique des XIe et XIIe siècles, Paris 2000. En fait la piste la plus fructueuse, qui situe d’emblée la problématique de la communication hors du récit et de la fiction, sont les travaux qui portent sur la communication non pas intra-narrative, mais extra-narrative, par exemple ceux de Marc Van Uytfanghe sur le public de l’hagiographie et sa compréhension écrite et orale du latin, ou ceux de la socio-linguistique (par exemple, pour la France, ceux de Michel Banniard). À ce propos il y a beaucoup de maladresse dans la formulation de la note 12 de la p. 5, qui affirme que les textes hagiographiques n’ont que rarement été utilisés comme sources primaires dans les questions de litéracie et de communication: les deux noms qui viennent d’être cités suffisent à montrer la faiblesse de l’assertion. L’auteur est d’ailleurs lucide sur l’imprécision de l’acquis de sa recherche: les textes hagiographiques, écrit-il dans sa conclusion, contiennent des informations précieuses sur les formes de communication, mais ils n’offrent pas la possibilité d’évaluer le degré d’emploi de ces différentes formes. Ils délivrent une information qui, lorsqu’elle est suffisamment riche, peut être utilisée pour déterminer de plus larges tendances (p. 197). Tout cela demanderait à être reprécisé, mais n’enlève rien à la valeur de la mise au point sur l’histoire des textes auxerrois.

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W. S. van Egmond, Conversing with the Saints (Monique Goullet)
In: Francia-Recensio, 2009-3, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 28, 2012 11:23 AM
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