A. Hahn, G. Melville, W. Röcke (Hg.), Norm und Krise von Kommunikation (Peter Hv. Andersen Vinilandicus)
Alois
Hahn, Gert Melville, Werner Röcke (Hg.), Norm und Krise von
Kommunikation. Inszenierungen literarischer und sozialer Interaktion
im Mittelalter. Für Peter von Moos. Münster (LIT-Verlag) 2006, 528
p., ISBN 3-8258-9945-4, EUR 49,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Peter
Hv. Andersen Vinilandicus, Strasbourg
Le volumineux recueil édité par le sociologue Alois Hahn, l’historien Gert Melville et le germaniste Werner Röcke est une audacieuse gageure interdisciplinaire et une gageure réussie.
Il parut en 2006 en hommage à Peter von Moos à l’occasion de ses 70 ans. Né en France, ce médiéviste allemand de renommée internationale, professeur émérite de l’université de Münster pour l’histoire de la littérature latine du Moyen Âge, s’est beaucoup intéressé à la vie intellectuelle du XIIe siècle, au dialogue et à l’histoire de la conception rhétorique et dialectique. Le problème de la communication a toujours été au cœur de ses recherches, d’où le judicieux choix du titre sous lequel les trois éditeurs regroupent 24 articles d’un haut niveau scientifique. Comme le sous-titre l’indique, les auteurs de ces articles analysent les mises en scène de situations interactionnelles de type littéraire ou social. Ces spécialistes débordent largement le cadre du Moyen Âge en faisant d’intéressants rapprochements avec l’Antiquité et l’époque contemporaine.
Le recueil se compose de 16 articles en allemand, 4 en anglais, 2 en français et 2 en italien et inclut, en appendice, l’impressionnante bibliographie du destinataire de l’ouvrage, auteur lui-même de 115 livres et articles dans ces mêmes langues. Rares sont aujourd’hui les scientifiques qui ont embrassé autant de disciplines, littératures et époques que Peter von Moos tout en s’exprimant avec aisance dans les différentes langues concernées.
Les sujets abordés par les auteurs des articles, majoritairement des médiévistes allemands, ne recouvrent qu’une partie des multiples champs d’intérêt auxquels Peter von Moos a voué ses publications au cours de sa longue et riche carrière. Les sujets sont regroupés en huit chapitres: 1. Dialogicité et interaction (quatre contributions, p. 7–90); 2. Silence et discrétion comme communication (trois contributions, p. 93–154); 3. Histoire et historiographie (trois contributions, p. 156–206); 4. Littérature et communalisation (deux contributions, p. 209–248); 5. Individualité, identité, obstination (trois contributions, p. 251–309); 6. Religion et mythe (cinq contributions, p. 313–414); 7. poétique et poétologie (deux contributions, p. 417–461); 8. consolation (deux contributions, p. 465–496).
Dans le premier chapitre, les articles concernent l’Abraham de Hrotsvits de Gandersheim (Xe siècle), trois épisodes de l’Ysengrimus (vers 1150) et les discours sur le judaïsme de Pierre Abélard et Heinrich von Langenstein, professeur de théologie de l’université de Paris (1363–1383). Dans la dernière contribution, plus générale, de ce chapitre, l’auteur remonte jusqu’à Plutarque. En analysant l’ancêtre latin du Roman de Renart, Christel Meier relève que l’Ysengrimus est »écrit pour deux tiers sous forme de discours direct« (p. 36). Elle se penche en particulier sur la stratégie de Reinardus vis-à-vis du loup et met en exergue la capacité du renard à vaincre par la simulatio et la dissimulatio dans les passages dialogués. Fritz-Peter Knapp s’intéresse, quant à lui, à l’attitude d’Abélard envers les juifs, un aspect peu étudié à l’intérieur de l’œuvre de l’un des auteurs de prédilection de Peter von Moos. Celui-ci a consacré une vingtaine de publications au théologien cher à Héloïse.
Dans le second chapitre au sous-titre a priori paradoxe, les auteurs analysent le silence volontaire, toujours porteur de sens. En abordant les »Civilités langagières«, Danielle Bohler rappelle que le proverbial silence d’or repose sur la Bible où Eve eut »l’audace des premières paroles« (p. 116). Dans son article fort intéressant cette spécialiste évoque aussi le traitement de l’indicible dans les fabliaux et en vient à la conclusion lapidaire: »Sans mots, point de sexe« (p. 128). Le troisième chapitre contient l’un des articles où la problématique générale, essentiellement médiévale, est élargie. Son auteur se penche en effet sur un épisode du XVIIe siècle, la visite d’une importante délégation helvétique à la cour du jeune Louis XIV en 1663.
Dans le quatrième chapitre c’est l’article de Werner Röcke qui retient en premier lieu notre attention. Le coéditeur du recueil offert à Peter von Moos étudie le désir de conquête dans le Wigalois, premier roman arthurien d’inspiration foncièrement allemande (vers 1210). Partant de la définition du désir de conquête dans »Le Prince«, Röcke relève des similitudes frappantes entre les conceptions politiques de Machiavel et Wirnt von Grafenberg qui eut l’audace de rompre avec le schéma du roman arthurien classique inventé par Chrétien de Troyes et repris sans modification majeure par les premiers adaptateurs d’outre-Rhin. Aux yeux de Röcke, la particularité du Wirnt est d’avoir justifié la conquête par la violence (Überwältigung). Tout en considérant que l’action progresse de façon linéaire, Röcke reconnaît au Wigalois un »potentiel d’innovation« (p. 231). Les trois auteurs du cinquième chapitre se penchent pour leur part sur la difformité, la solitude de Dante et les couvents du XVe siècle. Par le choix éclectique des sujets qu’ils abordent, les auteurs du sixième chapitre, de loin le plus important, nous font voyager de Jérusalem à la Russie avec une escale en Picardie. Signant une contribution sur »Cain at Soissons«, Peter Godman revient sur Abélard qui se compare au premier assassin dans son Historia calamitatum.
Les deux derniers chapitres, les plus courts, regroupent quatre articles représentant un éventail de sujets assez divers. La contribution conjointe de Horst Wenzel et Christina Lutter sur les parchemins meurtris (Verletzte Pergamente) est agrémentée par huit magnifiques reproductions en couleurs. Deux d’entre elles montrent des feuillets troués du célèbre Codex Manesse (p. 454). Dans un grand ouvrage consacré au dialogue et à la communication, on déplore seulement que le dernier chapitre intitulé Trost fait l’impasse sur le Großer Seelentrost, recueil édifiant construit formellement comme un dialogue entre un père et son fils. Cet ouvrage du XIVe siècle connut pourtant une diffusion presque sans égal, surtout dans les pays protestants du Nord de l’Europe.
Les 24 articles témoignent de l’érudition de leurs auteurs qui fournissent une bibliographie considérable. Tout médiéviste désireux de se familiariser avec la problématique de la communication ou d’approfondir un aspect particulier de celle-ci trouvera sujet à réflexion dans le recueil édité par Hahn, Melville et Röcke, quel que soit son horizon personnel.
Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

