K. DeVries, Robert Douglas Smith (Franck Viltart)
Kelly
DeVries, Robert Douglas Smith, The Artillery of the Dukes of
Burgundy, 1363–1477, Woodbridge (The Boydell Press) 2005, VIII–377
p. (Armour and Weapons), ISBN 1-84383-162-7, GBP 50,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Franck
Viltart, Lille
Le bouleversement provoqué par l’arrivée de l’artillerie à poudre à la fin du Moyen Âge n’a pas encore reçu tout l’intérêt qu’il mérite. Quiconque s’est intéressé à l’artillerie pour cette période, a pu s’apercevoir du manque crucial d’études concernant certains aspects du sujet. C’est pour en partie remédier à cela que Robert Douglas Smith et Kelly DeVries se sont livrés à une étude de l’artillerie des ducs Valois de Bourgogne. De 1363 à 1477, l’État bourguignon s’est progressivement formé grâce à une expansion territoriale accompagnée de nombreuses campagnes militaires dans lesquelles l’utilisation de l’artillerie a joué un rôle particulier. Dans une première partie, les auteurs dressent une brève histoire de l’artillerie aux XIVe et XVe siècles. Les grands enjeux et les problématiques, tels que le développement des techniques et la maîtrise progressive des matériaux, sont particulièrement bien évoqués et rendent habile cette mise en lumière des problèmes fondamentaux posés par l’arrivée de l’artillerie à poudre dans l’art de la guerre en Europe.
Une seconde partie replace ces problèmes dans le cadre de l’histoire, plutôt militaire, des quatre ducs Valois de Bourgogne, de Philippe le Hardi à Charles le Téméraire. Avec quatre chapitres consacrés à chacun des ducs, DeVries et Smith s’intéressent à l’utilisation privilégiée de l’artillerie dans le cadre des sièges et tentent de réévaluer son efficacité sur le champ de bataille. Ils démontrent que les moyens mis en œuvre pour tester et perfectionner les canons étaient suivis de près par les ducs en personne. À travers plusieurs exemples, ils tentent de prouver que l’efficacité des canons pouvait être réduite par une utilisation encore trop hasardeuse, comme lors du siège de la ville de Neuss en 1474–1475, qui fut un échec cuisant pour le duc Charles le Téméraire malgré près d’une année de siège.
Dans une troisième partie, les auteurs proposent une typologie des différents canons rencontrés dans les sources bourguignonnes. Ils reviennent ainsi sur les différents termes de bombarde, couleuvrine ou encore ceux de ribaudequin, mortier etc. Les matériaux, le calibre des projectiles, les peintures ou marquages distinctifs sont étudiés avec soin, ainsi que le transport nécessaire pour les canons et leurs munitions qui rend bien compte de l’ampleur de la logistique nécessaire à leur emploi en campagne.
Mais la puissance de l’artillerie bourguignonne n’aurait sans doute pas autant de facilité à être affirmée si elle n’était pas mise en valeur par l’incroyable butin saisi par les Cantons suisses lors des défaites de Grandson et Morat, subies par l’armée de Charles le Téméraire en 1476. C’est dans une quatrième et dernière partie, que les pièces d’artillerie provenant de ces butins et conservées aujourd’hui dans différents musées suisses, sont étudiées en détail dans un catalogue illustré (en noir et blanc). Nous y trouvons 27 pièces ainsi répertoriées et commentées par Robert Douglas Smith, qui propose la provenance, la date, les dimensions et une note explicative pour chaque pièce d’artillerie. A cela s’ajoute 6 appendices présentant tableaux et inventaires de l’artillerie ducale pour la période étudiée, principalement établis sur la base de l’ouvrage de Joseph Garnier: »L’artillerie des ducs de Bourgogne d’après les documents conservés aux archives de la Côte-d’Or«, publié en 1895.
C’est dans cette dernière référence que DeVries et Smith puisent la plupart de leurs sources. L’œuvre pionnière de Garnier, qui ne s’est occupé que de certaines pièces d’archives conservées à Dijon, est omniprésente dans cette étude qui se veut avoir analysé toutes les sources, mais qui a fait pourtant l’impasse sur l’essentiel: les sources primaires. Nous sommes en effet en droit de nous demander où sont les mentions des comptes de la recette générale des ducs qui référencent annuellement les dépenses d’artillerie? Où sont aussi les riches comptes particuliers de l’artillerie ducale conservés à Lille et à Bruxelles, tout comme ceux des nombreuses villes sous la domination des ducs et en particulier en Flandre? Il semble que les auteurs n’en aient vu aucun. Ainsi, de nombreuses questions restent en suspens, notamment concernant la progression chronologique et géographique des techniques et le perfectionnement des méthodes de construction mais aussi d’utilisation, et dans ces mêmes perspectives, l’importance des arsenaux privés et communaux pour la puissance bourguignonne demeure à mesurer. On peut aussi regretter l’absence d’une étude iconographique qui aurait pu être établie à partir des nombreuses enluminures provenant des manuscrits composés dans l’espace bourguignon. Si l’on met de côté les rappels historiques un peu répétitifs concernant les quatre ducs dans la seconde partie, il y a dans cette étude un manque important au niveau des sources qui, malgré la pertinence des propos et la qualité du répertoire de la quatrième partie, rend l’étude inégale et incontestablement inachevée.
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