M. Breitenstein, Das Noviziat im hohen Mittelalter (Adalbert de Vogüé)
Mirko
Breitenstein, Das Noviziat im hohen Mittelalter. Zur Organisation des
Eintrittes bei den Cluniazensern, Cisterziensern und Franziskanern,
Münster (LIT) 2008 (Vita regularis. Ordnungen und Deutungen
religiosen Lebens im Mittelalter. Abhandlungen, 38), ISBN
978-3-8258-1259-1, EUR 49,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Adalbert de Vogüé, Saint-Léger-Vauban
Ce gros ouvrage (près de 700 pages) sur le noviciat des ordres religieux dans le haut Moyen Âge commence par une trentaine de pages sur l’origine et l’histoire primitive de cette institution monastique. Comme on pouvait s’y attendre, l’auteur mentionne la règle de saint Benoît et sa Vie racontée dans les »Dialogues« de Grégoire le Grand, mais ces deux textes fondamentaux sont aussitôt mis de côté avec une désinvolture étonnante: »Benoît de Nursie n’est très probablement qu’une projection« (p. 26, n. 98). Heureusement, les trois institutions qui vont être considérées une à une seront regardées tout autrement.
Voici d’abord Cluny. De 1049 à 1109, les »Coutumes« (consuetudines) marquent le sommet de l’histoire de ce grand monastère. Viennent ensuite les statuts de Pierre le Vénérable (1146–1147). Chez celui-ci on note la prépondérance des considérations économiques au sujet des hommes qui sont admis dans la vie monastique. Cet accent mis sur les intérêts matériels contraste avec la perspective de saint Benoît, dont la règle n’envisage que la sanctification personnelle du novice (p. 108). Un autre détail notable est le déplacement de la prise d’habit du nouveau moine: accompli à la fin du noviciat selon le maître et Benoît, ce rite a lieu dès le début de la probation chez les Clunisiens (p. 103).
Après la législation de Pierre le Vénérable, on considère les coutumiers d’Ulrich et de Bernard. Le premier de ceux-ci reste imprécis, tandis que le second donne beaucoup de détails (p. 115–117). Sur le langage par signes, notamment, Bernard est plus abondant qu’Ulrich (p. 124). En matière de liturgie, on note que plus de deux cents psaumes sont récités chaque jour en temps de jeûne (p. 127). Le fait le plus important est la tendance à abréger l’année de noviciat prescrite par Benoît. Finalement on réduit ce temps de probation à un mois (p. 139).
Parmi les nombreux détails intéressants, relevons ce qui est dit des deux critères du rang dans la communauté: l’ancienneté et la cléricature. Cette dernière tendant à se généraliser, l’ancienneté prend plus d’importance (p. 149). Quant à la durée de la probation, on note une tendance générale à abréger l’année prescrite par Benoît (p. 137–140).
Les trois promesses du profès (stabilité, conversion de mœurs et obéissance) sont formulées par Ulrich, tandis que Bernard n’en dit rien (p. 141). En revanche, Bernard complète Ulrich en notant que la messe de profession ne peut pas être célébrée par l’abbé (p. 144).
D’autres statuts sont promulgués par les abbés Hugues V (1201) et Bertrand du Colombier (1301). Vers 1310, Henri Premier constitue un corpus juridique en quatre parties: liturgie, observation de la règle, chapitre général et fonctions administratives (p. 157). De leur côté, plusieurs papes édictent des lois concernant les moines; ainsi Benoît XII en 1336–1338 (p. 159, 177, 182) et surtout Nicolas IV en 1289 (p. 169 et 172).
Une des questions qui reviennent le plus souvent est celle du nombre de moines de chaque maison, qui doit être proportionné aux ressources matérielles du monastère (p. 176–182). Mainte fois les abbés de Cluny interdisent à telle ou telle maison de l’ordre de recevoir de nouvelles recrues pendant un an, deux ans ou même cinq ou six ans (p. 183–188). À la réception des nouveaux moines succède leur formation (p. 199–205), ainsi que les rites de profession et de bénédiction dont ils sont l’objet (p. 205–214).
Après Cluny, voici Cîteaux, fondé par Robert de Molesme en 1098. Mais bientôt les vingt frères du début se réduisent à huit. Cette diminution initiale va être compensée par de nombreuses entrées. Tout en s’interdisant de recevoir des enfants (p. 241–248), Cîteaux s’accroît rapidement. Bernard et ses frères sont les plus notables de ces recrues. La formation de ces nouveaux moines est décrite à loisir (p. 249–269). Puis le regard s’étend sur l’ordre cistercien tout entier jusqu’à la fin du XIIe siècle, en prêtant évidemment une attention spéciale à Bernard et à ses moines de Clairvaux (p. 270–323).
Aux quatre Vies de ce grand fondateur s’ajoutent celles d’autres maîtres, notamment l’écossais Aelred de Rievaulx, qui dirige le noviciat de l’ordre pendant un an (1141–1142) et rédige alors un Speculum caritatis bientôt renommé (p. 333–335 et 339). L’ordre cistercien s’accroît alors rapidement, jusqu’à compter, vers 1250, des centaines d’abbayes (p. 350). Cependant de graves difficultés obligent plusieurs papes à intervenir, le dernier de ceux-ci, Benoît XII, promulgant en 1335 la bulle Fulgens sicut stella (p. 354). Une longue analyse détaille les divers éléments de cette législation cistercienne concernant l’admission des nouveaux frères et leur formation (p. 355–390), ainsi que les rapports de l’ordre cistercien avec les autres sociétés religieuses (p. 390–397). Et après un aperçu au sujet des convers (p. 397–400), le temps de probation est examiné dans tous ses détails (p. 400–409), jusqu’à la profession et la bénédiction (p. 409–416).
Après Cluny et Cîteaux, l’ordre franciscain est étudié avec le même soin (p. 417–525). Parmi les nombreuses remarques intéressantes, notons le contraste établi entre la règle bénédictine, dure pour les novices, et la règle franciscaine, qui les traite avec douceur (p. 429). Un des faits les plus notables est la cléricalisation de la communauté franciscaine, par où elle s’oppose aux ordres monastiques antérieurs (p. 452–463). Un autre trait distinctif du franciscanisme est l’importance de l’exemple donné par François, que ne remplacent pas complètement les lois générales de l’ordre (p. 464–473).
Arrêtons là une analyse déjà longue, d’autant que l’ordre franciscain sort des limites du monachisme qui nous sont familières. Un des seuls reproches qu’on puisse faire à ce beau travail est de déformer assez souvent les mots latins qu’il cite. Nous avons relevé une trentaine de ces accidents. Mon propre nom de famille est épelé tantôt correctement (Vogüé), tantôt de façon défectueuse (Vogüe). Mais ce petit défaut et d’autres semblables n’empêchent pas que l’ouvrage, dans son ensemble, est fort bien fait et rendra les plus grands services. Mirko Breitenstein mérite donc toute notre reconnaissance.
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