D. R. Bauer, K. Herbers, G. Signori (Hg.), Patriotische Heilige (Anne Wagner)
Dieter
R. Bauer, Klaus Herbers, Gabriele Signori (Hg.), Patriotische
Heilige. Beiträge zur Konstruktion religiöser und politischer
Identitäten in der Vormoderne, Stuttgart (Franz Steiner) 2007, 405
p. (Beiträge zur Hagiographie, 5), ISBN 978-3-515-08904-3, EUR
57,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Anne
Wagner, Besançon
En 2004, à Weingarten, à l’initiative de Dieter R. Bauer et de Klaus Herbers, un groupe de travail international et interdisciplinaire s’est rassemblé pour étudier la politique de construction de la sainteté intégrée dans la société et dans l’histoire. Le culte des saints joue en effet un rôle important dans la formation d’identités locale, régionale et nationale. Les miracles, les reliques, créent un rapport spécial entre les saints et les dynasties, pays, villes ou groupes de personnes. Les seize articles du volume donnent les résultats de cette enquête. Ils vont du haut Moyen Âge au XIXe siècle et sont organisés en trois rubriques:
- »pays et régions«. La problématique est fournie par la contribution de Gabriela Signori qui pose la question du sens du mot patrie au Moyen Âge, d’Isidore de Séville à la guerre des paysans. On voit que la patrie n’est pas que céleste, elle est aussi politique et il est donc légitime de parler de saints de la patrie. Ainsi l’archevêque Rainald de Dassel s’approprie les reliques des trois rois pour Cologne; encore au XVIe siècle, concernant Strasbourg, les humanistes participent à la même idéologie »médiévale«. Gabor Tüskés et Éva Knapp traitent de saint Étienne de Hongrie, dont la sainteté fut tôt reconnue, du fait de son rôle dans la christianisation de la Hongrie. Il est d’abord vénéré avec la Vierge et d’autres saints nationaux comme Ladislas, mais c’est surtout à l'époque moderne qu’il est revendiqué comme saint national. Cordula Scholz étudie le cas de Demetrios, patron de Thessalonique, martyr du début du IVe siècle. L’église date du siècle suivant, il apparaît en 615 pour défendre les murailles de la ville; à la fin du VIIe siècle le culte se développe, il y eut plusieurs miracles de protection, bien qu’il n’y ait pas d’abord de reliques. De nombreux textes sont produits et il survit aux ruptures de l’histoire byzantine: celle de 1204 (malgré la dispersion de reliques en Occident), puis celle de la conquête turque. Klaus Herbers étudie les exemples ibériques, aux VIIIe–Xe siècle, à l’époque de l’invasion arabe. Les exécutions des chrétiens de Cordoue au IXe siècle sont provoquées par des critiques contre l’Islam. Vers 925, Pelagius de Galice est présenté comme la victime d’un émir homosexuel. Pour les chrétiens sous domination islamique la construction identitaire est anti-musulmane. C’est ce que montre le culte le plus abouti, celui de saint Jacques, qui est dit dès 834 patronus totius hispaniae. Uta Kleine étudie les manifestations du culte (translations, processions) et les consécrations d’églises pour construire un espace cultuel et déterminer son rayon d’action. Les exemples concernent des saints rhénans: Heribert à Deutz, Anno à Cologne et Saint-Euchaire-Saint-Matthias à Trèves. Véronique Souche-Hazebrouck étudie l’hagiographie du Brabant. La sainte la plus souvent citée est Gertrude et elle est intégrée dans les généalogies. Malgré l’existence de processions en son honneur, elle est pourtant plus une sainte monastique et dynastique que populaire. Il y a par contre un grand nombre de saints locaux et spécialisés. Achim Th. Hack traite de Jan Hus, dont la mort sur le bûcher, en dépit de l’absence de reliques, entraîne en Bohème une vénération liturgique. Heike Behlmer étudie le culte des saints en Égypte. Ils sont déterminants dans la définition identitaire, en particulier les martyrs. Ils permettent de se définir par opposition avec Byzance et l’Islam, puis dans le monde post colonial s’affirment comme saints »africains«.
- »villes«. Christoph Dartmann étudie l’identité collective dans les communes italiennes. À Milan, Ambroise domine de façon écrasante, au point que l’évêque se présente comme le vicaire de son saint prédécesseur (ainsi Aribert 1018–1045). La Pataria aussi se réclame d’Ambroise. Le cas de Florence est beaucoup moins net, car il y a plusieurs saints: Reparate est la sainte du chapitre cathédral; Jean-Baptiste celui de l’évêque; au XIe siècle, se développe le culte de Zenobius dont les ossements, qui étaient dans une église hors les murs, sont transférés à la cathédrale et dont une Vie est écrite; il est alors qualifié de patronus noster. L’histoire de l’art est représentée par Kristin Böse concernant deux nouvelles saintes toscanes, Fina de San Gimignano († 1253) et Giovanna da Signa († 1307), représentant l’idéal ascétique et liées à l’extension politique de la cité. Thomas Maissen étudie deux martyrs thébains vénérés à Zurich, Felix et Regula, que la ville conserve en tant que figures emblématiques même après la Réforme, en dépit des critiques. Felicitas Schmieder et Matthias Kloft étudient la topographie sacrée de Francfort-sur-le-Main depuis le début du Moyen Âge. Le cas de cette ville est complexe et les saints vénérés nombreux (Marie, le Sauveur, Bartholomé, Georges), en fonction des intérêts multiples (ville impériale, Église, bourgeois) qui se chevauchent, si bien qu’aucun patron commun ne se dégage. Klaus Schreiner étudie la notion de patriotisme, et se penche sur le problème du culte de la Vierge qui, bien qu’universel, est parfois revendiqué localement, par des villes – Constantinople, Sienne (qualifiée dès 1250 de civitas virginis), Strasbourg – ou des États – Hongrie, Pologne, Bavière, Autriche; cette protection prend une connotation nettement militaire à partir de l’époque moderne surtout comme le montre l’iconographie. C’est encore de la Vierge qu’il est question dans l’étude de Silke Hensel sur la Vierge de Guadalupe au Mexique, importée par les conquérants espagnols, elle devient la patronne des créoles; son importance a cru après l’indépendance.
- »résurgences et innovations«. Christine Schmitt étudie le culte de Bernard de Bade († 1458) dont le développement au XIXe siècle, répond aux exigences du nationalisme et du patriotisme local. Linda Maria Koldau, étudie, à travers les oratorios qui lui sont consacrés, saint Boniface, »apôtre des Allemands«, qui est au cœur des préoccupations allemandes car il est présenté comme le ciment d’une diaspora catholique face à la bureaucratie protestante hostile.
Ce volume souligne l’intérêt des recherches sur les rapports entre culte des saints et politique et montre l’immense variété des cas possibles; il donne des rapports entre sainteté et patriotisme une l’image d’une mosaïque incomplète mais intéressante par la variété des exemples, souvent pris dans des régions ou des périodes marginalisées par les intérêts du médiéviste.
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