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G. Vogler, Europas Aufbruch in die Neuzeit 1500–1650 (Willem Frijhoff)

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Günter Vogler, Europas Aufbruch in die Neuzeit 1500–1650


Francia-Recensio 2009/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Günter Vogler, Europas Aufbruch in die Neuzeit 1500–1650, Stuttgart (Eugen Ulmer) 2003, 528 p. (Handbuch der Geschichte Europas, 5), ISBN 3-8001-2803-9, EUR 24,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Willem Frijhoff, Amsterdam

Le manuel de l’histoire de l’Europe sous la direction de Peter Blickle dont cet ouvrage constitue le cinquième volume se propose de faciliter aux lecteurs »une approche critique de l’Europe en identifiant les continuités et ruptures historiques et de servir ainsi l’intégration européenne« (p. 10). Dans mon compte rendu du volume 6 qui fut publié peu avant celui-ci (cf. Francia 31/2 [2004], p. 288–291), j’ai mentionné les défis auxquels l’auteur d’une telle entreprise s’expose fatalement et j’ai relevé l’impossibilité de contenter tout le monde. Mais ce volume-ci mérite les mêmes louanges que celui dont je viens de parler. Bien écrit avec ce qu’il faut d’information précise et fiable sur les personnes, les dates et les lieux, et des exemples parlants qui rendent le volume digeste, il fournit d’excellents résumés par pays, une documentation au point, et un traitement globalement satisfaisant de l’essentiel des questions qui sont actuellement discutées dans la communauté historique internationale. Il n’y a que la cartographie, assez schématique, globalement utilisable mais peu précise et encore moins détaillée, qui reste bien en-dessous des possibilités de la cartographie actuelle et ne rend pas justice à la tradition allemande en la matière. C’est comme si l’on illustre un livre pour adultes avec des dessins destinés au niveau de compréhension des enfants.

La formule de cette série était donnée par avance à l’auteur, il n’avait donc pas la liberté de la construire à sa guise, mais il s’y sent visiblement à l’aise. Chaque volume comprend cinq sections. Tout d’abord une vue d’ensemble du continent européen à l’époque concernée mettant en place tout de suite les caractéristiques communes du continent, les défis majeurs et les grandes tendances. Une deuxième partie examine l’histoire de l’Europe État par État, commençant par le Saint Empire germanique et les États ibériques. Notons que les Pays-Bas et la Confédération suisse sont traités à part, comme si la paix de Westphalie avait déjà été signée – un parti pris qui ne doit pas plaire aux puristes de la politique mais qui correspond bien à la réalité vécue de ce moment. Ensuite viennent des chapitres sur les États italiens, la France, les Îles britanniques, les pays scandinaves, l’empire russe, la Pologne avec la Lituanie, la Hongrie et la Transylvanie, enfin l’empire ottoman avec l’Europe du Sud-Est. On note tout de suite la représentation équitable des différentes régions de l’Europe, ce qui constitue certainement un point fort de cette collection. Grâce à la rigueur de cette série de chapitres territoriaux, elle tranche de ce fait heureusement sur les synthèses d’histoire européenne pensées à partir d’une région dominante. Dans chaque chapitre l’essentiel de l’évolution nationale est présenté jusque vers 1650 sans trop se soucier du contexte européen. Ce choix se défend bien, car il permet de tenir compte des particularités et idiosyncrasies nationales qui dans la longue durée peuvent revêtir une importance particulière encore invisible dans la période traitée dans ce volume. Dans un livre de synthèse elles risquent toujours de sombrer au profit des grandes lignes qui bénéficient invariablement au plus fort.

Sur le fond de ces différences, la troisième section restaure ensuite l’approche unitaire de l’Europe. Elle résume en quelques grands chapitres les lignes évolutives politiques et sociales d’Europe dans son ensemble. Six grands champs d’action sont distingués: les structures et idées politiques, la genèse des États et les guerres; les grandes tendances économiques; l’expansion européenne, les grandes découvertes et l’»européisation« des colonies; les structures sociales (y compris les problèmes du genre et des minorités); réformes et révoltes; la culture et la vie intellectuelle au sens fort. Tous ces champs sont traités de façon systématique, mais il est frappant de voir que le traitement des Réformes protestantes et catholique est éparpillé sur un très grand nombre de passages, au point de se diluer presque dans la masse des phénomènes et de perdre son potentiel mobilisateur qui pourtant était à l’origine de bien des mouvements dans différents secteurs des sociétés modernes. Ce n’est que dans la rubrique des débats qu’on retrouve les Réformes, mais plutôt comme un problème des historiens (au demeurant correctement traité) que comme un phénomène d’époque, en dépit de quelques phrases fortes insistant sur son importance européenne. À l’origine de ce fractionnement se trouve certainement le parti pris en faveur de la dimension sociale de l’histoire, qui risque de diluer l’événement religieux et néglige quelque peu le culturel, pour ne pas parler du spirituel quasiment absent. La culture est en effet considérée essentiellement sous l’aspect de la culture haute, socialement visible et opérante, c’est-à-dire les arts, les sciences, les techniques et la vie intellectuelle, mais assez curieusement sans insister sur l’infrastructure culturelle des écoles et universités, de l’imprimerie et du commerce des livres qui, à ce moment précisément, sont les porteurs privilégiés de la dynamique culturelle. La culture matérielle, celle de tous les jours, est reléguée dans la quatrième section, celle des débats, controverses et perspectives.

Cette quatrième section est celle qui intrigue le plus, car elle recense les débats en cours et les perspectives de la recherche futures, y compris les questions épineuses de la définition même de l’Europe et des limites de la période moderne. Là encore, parmi la quinzaine de sujets abordés, parfois assez sommairement, les thèmes d’histoire sociale et l’approche sociale tout court dominent nettement, qu’il s’agisse de l’État et de sa genèse, de la confessionnalisation et de la Sozialdisziplinierung, des guerres paysannes et autres mouvements de révolte, et de l’Alltagsgeschichte. Cette dernière, visiblement, ne fait pas partie des sujets préférés de l’auteur car la branche florissante de l’ethnologie ou de l’anthropologie historique manque cruellement dans ses considérations. Ce n’est donc pas une approche culturelle ou même socioculturelle que l’on cherchera dans ce volume, mais une solide approche sociale, bien au courant des discussions récentes dans ce domaine précis.

La cinquième section du livre fournit une bibliographie très large et bien utile d’ouvrages dans les principales langues de l’Europe, une table chronologique et des index très détaillés. Au total, un volume qui maintient heureusement l’équilibre entre évolutions territoriales ou nationales d’une part et la dynamique de la construction consciente ou inconsciente de l’Europe d’autre part. Très utile pour rapidement situer les grandes évolutions et les débats historiographiques, il comporte cependant quelques biais dont le lecteur se souviendra en l’utilisant, mais qui ne deviennent jamais gênants.


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G. Vogler, Europas Aufbruch in die Neuzeit 1500–1650 (Willem Frijhoff)
In: Francia-Recensio, 2009-3, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 22, 2012 01:00 PM
Zugriff vom: May 24, 2012