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U. Ufer, Welthandelszentrum Amsterdam (Willem Frijhoff)

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Ulrich Ufer, Welthandelszentrum Amsterdam. Globale Dynamik und modernes Leben im 17. Jahrhundert

Francia-Recensio 2009/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Ulrich Ufer, Welthandelszentrum Amsterdam. Globale Dynamik und modernes Leben im 17. Jahrhundert, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2008, X–371 p., 24 ill. (Stuttgarter Historische Forschungen, 8), ISBN 978-3-412-20118-0, EUR 52,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Willem Frijhoff, Amsterdam

Amsterdam fait assurément partie des villes les plus étudiées de l’époque moderne, mais il existe un immense clivage entre son histoire économique, immortalisée par des coryphées mondiaux tels que Fernand Braudel, Immanuel Wallerstein ou André Gunder Frank, l’histoire de l’art, en particulier la peinture, qui est son emblème international depuis toujours, et l’histoire socioculturelle de la ville, de sa population et de sa vie quotidienne qui, beaucoup travaillée aux Pays-Bas mêmes, reste très largement inconnue à l’étranger. Il en résulte – du moins dans l’imaginaire international –, une image étrangement dichotomique de la ville à l’époque moderne: une économie mondiale y côtoie un monde artistique du plus haut niveau et en pleine expansion, mais il n’y a quasiment rien dans l’entre-deux, si l’on excepte l’approche moralisatrice et très personnelle de la vie collective hollandaise par Simon Schama. Ulrich Ufer s’est, à juste titre, attelé à ce domaine intermédiaire, tout en s’efforçant d’en montrer le lien organique avec la vie économique. Le modèle théorique dont il se sert est une combinaison d’histoire macro-économique et d’anthropologie sociale ou plutôt d’ethnologie historique, la première étant non seulement le fondement mais à ses yeux aussi le moteur de la seconde, conduisant en particulier à un processus inédit de modernisation de la vie locale. La thèse centrale, exposée à un niveau macroscopique contrastant fortement avec les narratifs ethnologiques plutôt micro-historiques du monde quotidien qui suivent, relève de la théorie braudélienne de l’économie-monde. L’auteur insère sa thèse dans un questionnement plus général sur la genèse précoce du mode de production capitaliste en Hollande. Passant outre aux débats à ce sujet, et sans faire suffisamment la différence entre la République avec sa dynamique interne, et la métropole d’Amsterdam, tournée tout entière vers l’extérieur, semble-t-il, elle demeure assez discutable. À mon sens, elle joue, de fait, un rôle secondaire dans la démonstration ultérieure qui s’appuie surtout sur une lecture directe, sensible et empathique, d’une foule de sources d’époque. Il suffisait, en effet, de constater l’expansion mondiale de l’économie néerlandaise, son insertion dans les réseaux et flux continentaux et transcontinentaux de personnes et de produits, l’accumulation de capital dans l’économie urbaine de la ville d’Amsterdam, et la structure républicaine du nouvel État, pour réunir les conditions du redéploiement des structures sociales sur de nouvelles bases conduisant à de nouvelles élites et à de nouveaux pauvres, de l’essor d’une société consommatrice et de la genèse de nouvelles attitudes et valeurs dans la vie socioculturelle.

Aussi la valeur de cette étude ne réside-t-elle pas, à mon sens, dans l’effort quasi sisyphique d’expliquer en quelque chapitres l’essor économique d’Amsterdam, mais dans les nombreux chapitres suivants qui, saupoudrés de considérations théoriques, des noms qu’il faut (Élias, Bourdieu, Goffman, et les autres) ou de formes de va-et-vient entre la structure et le détail, circonscrivent souvent avec bonheur les formes et contours, gestes et valeurs, et jusqu’aux couleurs et saveurs de la nouvelle vie sociale qui s’instaure dans la métropole au cours du XVIIe siècle, profitant des afflux de capitaux, hommes et produits du monde entier. L’intérêt et la nouveauté de cette étude sont à coup sûr à chercher dans ses analyses anthropologiques: la pénétration de haut en bas d’une nouvelle attitude consommatrice dans la vie urbaine, la façon dont elle transforme l’image et l’usage même de la ville, son espace public et ses espaces privés, les rapports humains (en créant une nouvelle civilité), les rapports sociaux (par de nouveaux moyens de distinction sociale), les identités privées et communautaires au cœur de la ville, la recherche et l’exploitation de besoins et produits nouveaux (la Compagnie des Indes orientales) et l’ouverture plus générale à ce qui vient de loin (le luxe asiatique de l’Inde, de la Chine et du Japon). L’avant-dernier chapitre illustre maint aspect de cette analyse en la personne du marchand de nouveautés Benjamin Burlamacchi, un huguenot membre d’une famille négociante cosmopolite, expatrié à Batavia au service de la Compagnie des Indes. L’auteur conclut son travail par un chapitre intitulé »Fortune et malaise« au titre visiblement inspiré par le travail bien connu de Simon Schama »L’embarras de richesses«1, mais moins affirmatif en direction du calvinisme et plus tourné vers une critique radicale précoce du modèle d’intervention du capitalisme hollandais dans le monde. Si les prétentions macro-économiques de cette étude ne me convainquent guère, les chapitres 4 à 9, qui constituent l’essentiel de l’analyse anthropologique, fournissent une image globalement convaincante et par moments assez neuve de la société amstellodamoise du Siècle d’Or. Je salue volontiers l’exploit méthodique de synthèse fourni par l’auteur dans un domaine où les sources pêchent plutôt par leur abondance que par leur rareté.

Je garde cependant une impression mitigée de ce livre. Si j’en crois les remerciements dans la préface, le travail a non seulement été accompli hors des Pays-Bas, ce qui est parfaitement légitime, mais aussi sans aucun contact significatif avec les historiens néerlandais ou spécialistes néerlandais de l’histoire d’Amsterdam, ce qui l’est beaucoup moins. J’avoue ne pas comprendre comment ses directeurs de thèse à Paris et à Stuttgart ont pu encourager ce manque évident de contextualisation historiographique. Les conséquences en sont à maints endroits visibles, sans même parler des trop nombreuses erreurs dans les références ou les noms, qui eussent pu être évitées si le manuscrit eût été soumis à un lecteur néerlandais. La bibliographie est tantôt vieillie, tantôt mal orientée, sinon carrément déficitaire. La nouvelle »Histoire d’Amsterdam« au Siècle d’Or (2004)2 n’est que très sélectivement utilisée. L’absence d’une référence aux analyses de la croissance d’Amsterdam axées sur les réseaux de communications par l’historien économiste Clé Lesger (2001, en anglais 2006)3 ou à l’immigration et la croissance du marché du capital par Oscar Gelderblom (2000)4 est, dans la perspective de cette étude, proprement incompréhensible, comme l’est d’ailleurs l’ignorance des synthèses d’histoire culturelle et sociale du Siècle d’Or de Maarten Prak (2002, en anglais 2005)5 et de Marijke Spies et moi-même (1999, en anglais 2004)6, qui plus que dans le passé ont proposé des modèles explicatifs relevant de l’anthropologie historique. Comme souvent dans la tradition historique française, l’ouvrage est pensé à partir des sources, en négligeant assez largement la bibliographie existante. Cela prive l’auteur de son insertion dans une communauté scientifique préexistante, disposant d’un body of knowledge dont il ne saurait se passer, s’agissant d’une ville centrale et abondamment étudiée comme l’Amsterdam du Siècle d’Or. Comme elle était de surcroît, en tant que ville dominante de la Hollande et métropole officieuse des Provinces-Unies, dès le début du XVIIe siècle très imbue de sa propre importance comme centre économique du monde, la confrontation des sources, écrites dans la rhétorique de l’époque et bien souvent dans un langage hyperbolique, avec le travail et le débat des historiens me semble toujours indispensable dans une bonne économie d’écriture de l’histoire. Tout en saluant le résultat tout à fait honorable que l’auteur a réalisé dans ses conditions de travail, je dois avouer, qu’à mon avis, il s’agit là d’un défaut structurel d’organisation de la recherche que la communauté scientifique ne devrait pas encourager, et auquel, en tout cas, la multidisciplinarité ne devrait pas servir d’alibi.

1 Simon Schama, L’embarras de richesses. Une interprétation de la culture hollandaise au Siècle d’Or. Traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris 1991.

2 Willem Frijhoff, Maarten Prak (dir.), Geschiedenis van Amsterdam. Vol. II-1: Centrum van de wereld 1578-1650, Amsterdam 2004; 2e éd. 2009; Vol. II-2: Zelfbewuste stadstaat 1650-1813, Amsterdam 2005.

3 Clé Lesger, The Rise of the Amsterdam Market and Information Exchange. Merchants, Commercial Expansion and Change in the Spatial Economy of the Low Countries (c. 1550–1630), Aldershot 2006.

4 Oscar Gelderblom, Zuid-Nederlandse kooplieden en de opkomst van de Amsterdamse stapelmarkt (1578–1630), Hilversum 2000.

5 Maarten Prak, Gouden Eeuw. Het raadsel van de Republiek, Nijmegen 2002; Id., The Dutch Republic in the Seventeenth Century. The Golden Age. Translated by Diane Webb, Cambridge, New York 2005.

6 Willem Frijhoff, Marijke Spies, avec la collaboration de Wiep van Bunge et Natascha Veldhorst, 1650: Bevochten eendracht [Nederlandse cultuur in Europese context. Vol. 1], La Haye 1999; Id., 1650: Hard-Won Unity [Dutch Culture in a European Perspective. Vol. 1. 1650], Assen, Basingstoke 2004.

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In: Francia-Recensio, 2009-3, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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