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T. Stammen, W. E. J. Weber (Hg.), Wissenssicherung, Wissensordnung und Wissensverarbeitung (Willem Frijhoff)

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Theo Stammen, Wolfgang E. J. Weber (Hg.), Wissenssicherung, Wissensordnung und Wissensverarbeitung. Das europäische Modell der Enzyklopädien

Francia-Recensio 2009/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Theo Stammen, Wolfgang E. J. Weber (Hg.), Wissenssicherung, Wissensordnung und Wissensverarbeitung. Das europäische Modell der Enzyklopädien, Berlin (Akademie Verlag) 2004, 442 S. (Colloquia Augustana, 18), ISBN 3-05-003776-8, EUR 69,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Willem Frijhoff, Amsterdam

Le désir de réunir toutes les connaissances disponibles dans un seul ouvrage conçu comme englobant et systématique, qui fera non seulement fonction d’instrument de travail mais fera aussi autorité en matière de savoir remonte déjà à l’Antiquité. De »L’Histoire naturelle« de Pline l’Ancien aux premières encyclopédies systématiques du XVIIIe siècle, en passant par les recueils savants et les différents types de florilèges, lexiques thématiques et dictionnaires polyhistoriques du Moyen Âge et de l’époque moderne, nombreux ont été les efforts de maîtriser en le systématisant le monde du savoir perpétuellement en expansion. Cette expansion même fait constamment vieillir les instruments de travail en créant de nouvelles incertitudes et en révélant de nouvelles zones d’ombre. Elle oblige donc à revoir à intervalles réguliers les sommes existantes, en expliquant en même temps la raison d’être des instruments nouveaux et la façon dont on envisage de les constituer. Outre la connaissance factuelle ou scientifique du monde ancien qui vient de se périmer, ces ouvrages permettent par conséquent de scruter les idéaux cognitifs et les stratégies d’acquisition, de mise en ordre et de hiérarchisation du savoir qui ont été (ou sont encore) en vigueur au cours des différentes périodes de la civilisation. Car c’est bien d’un projet de civilisation que tout ce travail perpétuellement recommencé relève : il n’enregistre pas seulement la masse des données mais en la sélectionnant, argumentant et hiérarchisant il fixe les contours de toute une civilisation ainsi que les manières socialement acceptées de la saisir et de la développer. En bref, une vraie économie du savoir. Cependant, il faut bien reconnaître que ce type d’encyclopédie correspond à une manière européenne, occidentale, de percevoir et imaginer, décrire et ordonner le monde avec ses réalités physiques, sensorielles, imagées et intellectuelles. D’autres principes de synthétisation ont été en vigueur et demeurent possibles, témoin le fameux catalogue chinois fondé sur un principe de classement déroutant à nos yeux occidentaux.

De telles considérations ont été à la base d’un colloque de l’Institut für Europäische Kulturgeschichte de l’université d’Augsbourg (2001), dont ce volume réunit les actes. Il s’agissait dans cette manifestation d’élaborer les contours d’un modèle européen de l’encyclopédie, en examinant les différentes formes qu’elle a adoptées au cours de l’histoire ainsi que les prémisses cognitives et les critères scientifiques et culturels qui ont été utilisés pour la structurer. Par ailleurs, des études de cas sur des disciplines spécifiques et sur l’influence socioculturelle des encyclopédies devaient compléter leur analyse en accentuant la réception du modèle encyclopédique. Même s’il manque cruellement d’une introduction historiographique faisant le point international des études sur les encyclopédies et si l’on n’y trouve quasiment rien sur sa diffusion, ce volume s’insère donc bien dans une phase de révision du modèle encyclopédique qui, loin de le considérer seulement sous l’angle de son contenu factuel ou intellectuel, l’analyse pour lui-même et en lui-même, comme témoin culturel d’une forme de pensée ou d’une mentalité collective, vecteur de transmission du savoir, voire instrument de pouvoir intellectuel.

Après une courte introduction, le recueil regroupe dix-neuf contributions réparties sur trois sections: les formes de réalisation de l’encyclopédie en Europe des débuts à nos jours; ses prémisses théoriques et principes d’organisation; la présence de disciplines particulières et quelques formes de réception. Il va de soi qu’un sujet en principe aussi vaste que ne l’est l’encyclopédie en Europe a du mal à cadrer dans dix-neuf articles spécialisés, d’autant plus qu’il ne semble pas que le colloque ait imposé aux participants un traitement vraiment systématique de la thématique, et qu’il s’agit d’une aire géographique plutôt réduite et d’une période limitée (surtout l’époque moderne). Nous sommes ici donc en présence d’une série de contributions plus ou moins autonomes, tantôt bien savantes tantôt plus légères, portant souvent la marque du spécialisme de leur auteur et relevant plus de la monographie que du travail commun. Cependant, les organisateurs ont dû surveiller la distribution des thèmes ou donner des consignes aux participants car dans l’ensemble le volume fournit une image variée de la thématique dans laquelle chaque article éclaire un aspect différent et il y a fort peu de doublures. Tout bien pesé il s’agit donc d’une image fractionnée mais riche du phénomène encyclopédique dans l’histoire européenne, qui couvre bien un large éventail d’aspects signifiants.

Après le terme même d’encyclopédie, né dans l’orbite humaniste (K. Vogelsang), l’examen d’une série de notions connexes ou de modèles parallèles d’organisation du savoir (H. Zotter), et un exposé sur l’encyclopédie dans le Moyen Âge islamique et arabe (H. Biesterfeldt), G. Hess examine les encyclopédies et florilèges de loci communes ou apophthegmata des XVIe et XVIIe siècles, sous l’angle des concepts de doctrina, eruditio et sapientia. R. M. Kiesow se penche ensuite sur l’encyclopédie du droit et son impraticabilité accrue depuis le XIXe siècle jusqu’à son échec apparent vers 1900, tandis que U. J. Schneider analyse la construction du savoir commun dans l’»Universal-Lexicon« de J.H. Zedler, paru en 1732–1758 en 68 volumes et par conséquent l’encyclopédie la plus volumineuse de ce siècle-là; l’article »Vanille« lui permet de montrer le type d’emprunts que Zedler et ses collaborateurs faisaient à d’autres ouvrages.

Dans la deuxième section, sept contributions tournent autour de l’organisation interne des encyclopédies. M. Jorio, lui-même rédacteur du »Historisches Lexikon der Schweiz« à Berne, ratisse large dans son article en présentant les réalisations et projets encyclopédiques de la Suisse du XVIIe siècle (Hofmann à Bâle, qui en 1677 imita Moreri) à nos jours, mais la pertinence du choix d’un pays plurilingue assez petit pour ce genre de sujet ne me paraît pas bien claire. Plus satisfaisante est la contribution de G. Neumann sur Novalis et son concept dynamique, théâtral et »disséminatif« de l’organisation du savoir, qui se différencie considérablement de la célèbre structure arborée statique de Diderot (1751) et qui par son caractère performatif a décidément des accents bien modernes, ce que l’auteur illustre par un certain nombre d’œuvres d’art contemporains, en particulier d’On Kawara et Anselm Kiefer, qui semble pouvoir y être reliées. La correspondance entre Samuel Johnson et l’encyclopédiste Robert Chambers au XVIIIe siècle anglais illustre un cas juridique de l’époque mais est en même temps un bel exemple de la façon foncièrement différente, plus littéraire et, dirais-je, plus digeste que pratiquent les Anglo-Saxons souvent pour aborder de tels sujets. La science solide est de retour dans les contributions de A. Brendecke sur l’utilisation de tableaux synoptiques dans les ouvrages historiques de l’époque moderne, de H. Zedelmaier sur la pragmatique des tables alphabétiques dans les livres, et de M. Friedrich sur le champ conceptuel couvert par le terme de »Theatrum« dans le titre de nombreux ouvrages pré-modernes: renvoi à des collections, des visions historiques, ou des représentations mémorielles, à la taxonomie biologique ou la représentation de la nature, etc. La métaphore du »Theatrum« présente le savoir comme un objet composé et mouvant que l’on aborde en le regardant puis en l’interprétant.

Le dernier article de la deuxième section traite de la représentation du savoir disciplinaire sous le lemme de »Musique« (M. Bandur). Il annonce déjà l’approche de la même thématique dans la dernière section. Celle-ci ouvre par un exposé systématique de P. Michel sur les sceptiques de l’encyclopédisme à l’époque moderne: de la critique méthodique d’un Agrippa de Nettesheim aux ironies de Rabelais sur le pédantisme des touche-à-tout. Dans un long article en italien I. Ventura analyse les sources de l’herbier alphabétique de Bartholomaeus Anglicus (XIIIe siècle). Article fouillé et intéressant en soi mais qui descend dans bien des détails et est d’une longueur disproportionné par rapport aux articles plus synthétiques dans ce volume, d’ailleurs tout comme la contribution suivante de V. Kockel sur la représentation des monuments antiques dans l’»Encyclopédie« de Diderot. L’aspect disciplinaire revient en force dans l’article de D. Hohrath sur la construction d’une science militaire dans les encyclopédies des Lumières. Les deux dernières contributions sont consacrées à des aspects de réception du savoir encyclopédique. Les Intelligenzblätter des XVIIIe et XIXe siècles constituent-elles une alternative régionale de constitution de savoirs ou se fondent-elles sur le savoir synthétisé de la grande encyclopédie, en le popularisant en quelque sorte (W. Wüst)? Ou s’agit-il d’une autre forme de savoir, plus pratique et, dirais-je, localisée (J. Mančal)? Les réponses ne peuvent, bien sûr, qu’être nuancées.

Au total, un volume stimulant qui témoigne de la naissance d’une véritable »encyclopédiologie« depuis quelques décennies et de l’intérêt accru porté aux manières et structures d’organisation du savoir à une époque où ce savoir adopte une multiplicité tentaculaire de formes et cherche sur l’Internet de nouvelles stratégies de diffusion, d’authentification, voire d’hégémonie. Dommage seulement que ces derniers problèmes, déjà si urgents parmi les étudiants de nos jours sans encore parler des chercheurs eux-mêmes déboussolés devant l’immense masse informe des informations, ne soient pas plus clairement envisagés dans ce volume. L’esprit de Darnton transféré au XXIe siècle n’a pas encore vraiment touché nos auteurs.

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In: Francia-Recensio, 2009-3, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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