W. Romberg, Erzherzog Carl von Österreich (Jean Bérenger)
Winfried Romberg,
Erzherzog Carl von Österreich. Geistigkeit und Religiosität
zwischen Aufklärung und Revolution, Wien (Verlag der
Österreichischen Akademie der Wissenschaften)
2006, 460 p. (Archiv für österreichische Geschichte, 139), ISBN
3-7001-3511-4, EUR 58,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Jean Bérenger, Paris
L’ouvrage que Monsieur Winfried Romberg consacre à l’archiduc Charles (1771–1847) est basé sur sa thèse de doctorat. Si l’archiduc Charles est, avec Don Juan d’Autriche, un des rares membres de la maison d’Autriche qui ait été doué pour le métier des armes, l’auteur nous montre que ses talents de stratège ont été imparfaitement utilisés par son frère aîné l’empereur François 1er d’Autriche. Il nous montre aussi que l’archiduc était un théoricien militaire, mais aussi un esprit religieux. En effet l’auteur a délibérément consacré ses recherches à l’aspect le moins connu de l’archiduc et passe rapidement sur le vainqueur de Napoléon à Aspern en 1809.
L’archiduc Charles était le troisième fils de Pierre Léopold, Grand duc de Toscane, le futur empereur Léopold II. Il a passé son enfance à Florence et cette première partie de sa vie ne fut guère heureuse. Son salut vint de la cour de Bruxelles, où il acheva son éducation. En effet, il avait été adopté par sa tante l’archiduchesse Marie-Christine, gouvernante générale des Pays-Bas depuis 1781, qui, n’ayant pas d’enfant, l’invita à Bruxelles. Initialement destiné à la prêtrise, il manifesta du goût pour le métier des armes, de sorte qu’on envisagea pour lui une carrière militaire. Le colonel saxon Karl von Lindenau fut chargé de son éducation et plus particulièrement de sa formation militaire.
L’année 1792 marqua un tournant dans sa vie. Promu colonel à la déclaration de guerre, puis général de brigade en 1793, il combattit les Français à Neerwinden, devint gouverneur général des Pays-Bas autrichiens entre le départ de sa tante et l’occupation de la Belgique par les armées de la Révolution. En 1796, son frère le nomma commandant en chef des Impériaux en Allemagne du Sud avec le grade prestigieux de maréchal de l’Empire. Par la suite, l’archiduc Charles tenta de sauver l’armée autrichienne en Italie et fut pour la première fois de sa carrière opposé au général Bonaparte.
Très tôt les premiers conflits apparurent entre les deux frères l’empereur et l’archiduc, car le souverain voulait un commandant en chef qui limitât ses activités aux affaires militaires, alors que Charles pensait que de sérieuses réformes étaient nécessaires si on voulait obtenir une victoire décisive. Le fossé ne devait cesse de se creuser jusqu’à la retraite définitive de l’archiduc en 1809.
En 1801, il devint ministre de la Guerre et en 1806 son frère lui donna pleine autorité sur l’ensemble de la politique militaire de la monarchie avec le titre de généralissime. Durant cette période, il écrivit ses premiers traités de stratégie et fonda la »Österreichische Militärzeitschrift« (Revue militaire autrichienne). D’autre part, il s’entendait bien avec le chancelier Stadion, partisan, lui aussi, d’une politique de paix pour reconstruire la puissance autrichienne. C’est pourquoi il jugea prématurée l’entrée en guerre de l’Autriche en 1809. Après la défaite de Wagram, il manifesta son total désaccord avec la politique de son frère en donnant sa démission. Ainsi débute une nouvelle vie pour l’archiduc qui n’aura plus de responsabilités pendant près de 40 ans; fait extraordinaire, il a vécu toute l’ère Metternich sans sortir de sa réserve.
En 1815, l’archiduc Charles se maria avec la princesse allemande calviniste Henriette de Nassau-Weilburg, dont il eut 6 enfants. Son fils aîné, l’archiduc Albert, né en 1817 fit une belle carrière militaire et fut l’un des chefs du parti conservateur au début du règne de l’empereur François-Joseph. Après sa retraite, l’archiduc Charles jouit de l’immense fortune héritée de ses parents adoptifs, qui se composait de vastes domaines en Hongrie, en Bohême et en Galicie, ainsi que des collections et du palais viennois de l’Albertina.
Il consacra ses loisirs à la rédaction d’ouvrages de stratégie et devint l’un des écrivains militaires les plus remarquables du XIX° siècle, même s’il fait pâle figure à côté de Clausewitz ou de Jomini. Sa pensée a été résumée dans un article de la »Österreichische Militärzeitschrift«1. Après la mort de sa femme en 1829, il s’intéressa aux questions économiques, ainsi qu’au sort des prisonniers politiques, les Carbonari en particulier. Profondément croyant, il a également écrit des textes d’une haute spiritualité, qui ont été longuement analysés par l’auteur. Ses œuvres choisies en 6 volumes ont été publiées en 1893-18942.
La vie de l’archiduc Charles fut donc partagée en deux périodes de longueur à peu près égale, avant et après la campagne de 1809. Avant 1809, il fut un homme public et un grand capitaine, mais ses conseils de prudence ne furent pas entendus par son frère et par le clan réactionnaire de la cour. Hostile à la France révolutionnaire, il était analysait avec justesse le rapport de forces, surtout après l’arrivée de Bonaparte au pouvoir à Paris. Après 1809, il se replia sur sa famille et ses travaux intellectuels. C’est cette partie méconnue de sa vie et de sa personnalité qui nous est restituée avec talent par Mr. Romberg.
1 »Strategie und Taktik«, Österreichische Militärzeitschrift 1866/1.
2 Ausgewählte Schriften weiland seiner kaiserlichen Hoheit des Erzherzogs Carl von Österreich, hg. im Auftrag seiner Söhne der Herren Erzherzöge Albrecht und Wilhelm, Vienne, Leipzig 1893–1894.
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