I. Nagelschmidt (Hg.), »Alles um Liebe« (Gonthier-Louis Fink)
Ilse Nagelschmidt (Hg.), »Alles
um Liebe«.
Anna Amalia und Goethe. 1. Interdisziplinäres Symposium
(30./31.03.2007). Tagungsband nebst zwei Anhängen, Weimar (Dr. A. J.
Denkena Verlag) 2008, 277 p., ISBN 978-3-936177-10-7, EUR 24,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Gonthier-Louis Fink,
Strasbourg/Sarrebruck
Le présent volume rassemble les différentes contributions au colloque interdisciplinaire qui a eu lieu à Weimar en 2007. Au centre se trouve la thèse qu’Ettore Ghibellino développe depuis 2003 dans les trois éditions de »Goethe und Anna Amalia. Eine verbotene Liebe?« Selon E. Ghibellino., ce »secret d’État»« (p. 164) devait être gardé par tous les moyens. À l’en croire, s’il avait été ébruité, il aurait constitué une menace pour l’existence même du petit duché! C’est manifestement ignorer la réalité historique et accorder beaucoup trop d’importance et au petit duché et à Anna Amalia, oubliant qu’elle était veuve et duchesse douairière. Le parallèle évoqué, le cas du comte J. F. Struensee et de la reine Caroline Matilde du Danemark n’est pas valable, vu qu’il s’agissait alors d’une reine en exercice. Certes, les nombreuses lettres d’amour que Goethe a adressées à Charlotte von Stein peuvent poser bien des questions, mais dire qu’elles étaient en réalité destinées à Anna Amalia et que Mme v. Stein servait seulement de boîte aux lettres (p. 167) relève d’une imagination galopante.
La méthode que pratique E. Ghibellino rappelle l’allégorisation appliquée notamment à Homère et à la Bible; en disant que x signifie en réalité y, la perspective change fatalement. Et, pour mieux l’imposer, il se montre un publiciste très actif, préside le Freundeskreis Anna Amalia und Goethe, et l’Académie du même nom qu’il vient de créer.
Dans son article, E. Ghibellino résume l’approbation que son livre a rencontrée auprès de plusieurs journalistes et regrette le silence des spécialistes. Puis il expose sa méthode: quand deux témoignages se confirment mutuellement, le juriste considère leurs dires comme »vérité objective« (p. 175)! L’historien par contre examine la valeur des témoignages, et, s’ils ne sont pas confirmés par des données matérielles, il ne leur accorde qu’une valeur subjective qui peut tout au plus conduire à une hypothèse. Le problème qui est à la base de sa thèse c’est qu’E. Ghibellino confond les procédés juridiques avec la démonstration historique. L’avocat doit avant tout chercher à convaincre; tous les arguments, les plus subjectifs, peuvent l’y aider, l’essentiel est le résultat, acquis quand le juge ou le jury se montre persuadé à son tour et s’en sert pour le jugement.
Présomptueux, E. Ghibellino se prend pour un nouveau Copernic, qui, grâce à sa »découverte«, pense avoir fondamentalement renouvelé la connaissance du classicisme de Weimar. Et il ne comprend pas que les spécialistes n’acceptent pas sa »vérité«; vexé, il les accuse d’avoir peur d’avoir à se contredire.
Certes, la duchesse douairière entretenait d’excellentes relations avec Goethe qu’elle soutenait à l’occasion, et lui était plein d’admiration pour elle, mais parler d’amour, croire qu’ils étaient amants, qu’ils regrettaient de ne pas pouvoir se marier, c’est de la pure fantaisie! Et expliquer la fuite en Italie de Goethe par le fait qu’à Carlsbad il aurait avoué cet amour au duc, ne repose sur aucun document. Et, quand il n’y a pas de preuves, on les fabrique, comme il ressort aussi de deux citations de lettres que la Comtesse Görtz a adressées à son mari. Or celui-ci, gouverneur du jeune duc jusqu’en 1775, s’était senti évincé par Goethe, si bien qu’en 1778 il est entré au service de la Prusse. Néanmoins, quand la comtesse dénonce une »liaison« entre Goethe et Anna Amalia, elle ne fait pas nécessairement allusion à l’amour, car, contrairement à ce que prétend E. G, »liaison« désigne, hier comme aujourd’hui, un lien reposant sur une affinité de goût, d’intérêts ou de sentiments. De ce fait »l’indice« ne peut servir de preuve, il serait tout au plus ambigu. Et la traduction de la deuxième lettre citée repose sur une fausse lecture d’E. Ghibellino, confondant »le« et »la«, comme l’a montré A. Meier dans le Goethe-Jahrbuch 2007, p. 2771.
L’interdisciplinarité que prône E.G. est bien appliquée dans ce volume. Ulrike Grenzlin interprète de façon nouvelle le tableau de Tischbein représentant Goethe dans la Campagne romaine et, en s’appuyant sur l’étude de R. Zapperi sur Goethe à Rome (1999), elle éclaire le changement dans les relations entre le peintre et le poète. A propos de la composition d’»Erwin et Elmire«, Lorraine Byrne Bodley étudie le rôle d’Anna Amalia comme femme compositeur, quitte à négliger les avantages de sa situation comme duchesse et le rôle de la musique dans l’éducation de la femme à l’époque. J. Drews évoque l’admiration que le poète républicain Seume vouait à la duchesse Anna Amalia. Quelques contributions prennent, sans l’examiner, la thèse d’E. Ghibellino à leur compte et l’appliquent à un domaine particulier, cherchant notamment à faire parler les »témoins muets« que sont censés être la sculpture et des monuments du parc de Weimar (Ilona Haak-Macht, Der Ildefonso-Brunnen, et H. G. Häussler, Der Schlangenstein). Le psychiatre Speidel n’est pas le premier à contester la thèse du psychanalyste américain K. Eissler concernant l’étrange libido de Goethe, et St. Weiss évoque l’espionnage de la cour de Vienne. Si les trois premiers ne se réfèrent pas à la thèse d’E.G., les deux derniers cherchent à l’appuyer, sans cependant fournir de preuves. Et, quand les contributions ne reprennent pas purement et simplement un élément de la thèse d’E. Ghibellino, notamment son interprétation du »Tasse« de Goethe, les hypothèses pullulent. Toutefois elles ne sont pas présentées comme telles, mais comme des faits authentiques sur lesquels on peut construire de nouvelles hypothèses-certitudes, un château de cartes qui s’écroule dès qu’on regarde de près. La méthode prônée par E. Ghibellino (p. 174 sq.) a été trop bien appliquée.
Le livre se termine sur une table ronde, qui a été diffusée par MDR-Radio Figaro en octobre 2007 et autour de laquelle les participants discutent succinctement de la thèse d’E. Ghibellino Tandis que O. M. Förster l’épouse, l’historien O. Müller, qui a préparé l’exposition consacrée à Anna Amalia, estime qu’il s’agit non d’une étude scientifique (p. 237), mais en grande partie d’une fiction, d’accord sur ce point avec le prince Michael de Saxe-Weimar, qui donne aussi quelques renseignements sur les archives ducales et estime que le »Staatsgeheimnis« (p. 238) a été inventé par E. Ghibellino.
En annexe figurent plusieurs contributions artistiques censées constituer autant de guirlandes entourant Goethe et Anna Amalia.
1 Lettre du 11 juin 1780: »Goethe file le parfait amour, et le pauvre Stein, plus bête qu'il n'a été reçoit en patience les mauvais propos du public et de Mr. Goethe, et les humeurs de sa femme«.
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