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R. Becker, Wege auf den Bischofsthron (Philippe Saudraix)

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Rainald Becker, Wege auf den Bischofsthron. Geistliche Karrieren in der Kirchenprovinz Salzburg in Spätmittelalter, Humanismus und konfessionellem Zeitalter (1448–1648)

Francia-Recensio 2009/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Rainald Becker, Wege auf den Bischofsthron. Geistliche Karrieren in der Kirchenprovinz Salzburg in Spätmittelalter, Humanismus und konfessionellem Zeitalter (1448–1648), Freiburg i. Br. (Herder) 2008, 528 p. (Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde und Kirchengeschichte , 59), ISBN 978-3-451-26859-5, EUR 118,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Philippe Saudraix, Paris

Issu de la thèse soutenue par R. Becker à l’université de Munich en 2004, le présent ouvrage est une étude prosopographique des 244 évêques qui ont gouverné les onze diocèses de la province métropolitaine de Salzbourg entre 1448 et 1648: la reconstitution de leur origine sociale et de leur formation permet de réviser certaines constantes de l’historiographie. Un chapitre liminaire clarifie la situation institutionnelle, en distinguant les cinq princes évêques, élus par les chapitres canoniaux et tenant un rôle à la fois politique et ecclésiastique, leurs auxiliaires qui assurent la pastorale et les six évêques suffragants, qui ne jouent aucun rôle politique.

Au plan géographique, alors que la majorité des princes évêques sont originaires de la province métropolitaine de Salzbourg, ce n’est pas le cas des évêques auxiliaires ou suffragants. Du point de vue social, il apparaît que l’épiscopat catholique n’est pas réservé à la noblesse: si la majorité des princes évêques appartiennent à la noblesse médiate, 70% des évêques auxiliaires sont issus de la bourgeoisie, et la composition sociale est plus équilibrée pour les suffragants. Toutefois, ces distinctions sociales ne rendent qu’imparfaitement compte de la réalité, car les évêques ont en commun d’appartenir à des familles proches du gouvernement politique ou ecclésiastique et dans lesquelles le service de l’Église est une tradition.

Les futurs évêques ont reçu une éducation de qualité: le concile de Trente n’a pas innové, il a institutionnalisé un fait répandu au XVe siècle. Durant toute la période, le passage par l’université est une étape obligatoire pour le service de l’État ou de l’Église: les princes évêques ont plutôt fait des études de droit canon, tandis que les auxiliaires ont étudié la théologie. Pour les suffragants, l’on observe une évolution: les études de droit dominent au XVe siècle, celles de théologie à partir du XVIe siècle. Dans tous les cas, la mobilité est de mise, dans le cadre de la peregrinatio academica.

R. Becker examine ensuite la question de l’appartenance aux chapitres canoniaux qui, en 1448, ont obtenu la libre élection de l’évêque de leur cathédrale: alors que les princes évêques cumulent des bénéfices dans plusieurs chapitres et y exercent des fonctions importantes, les évêques auxiliaires, par leurs origines sociales, n’entrent guère dans les chapitres, généralement réservés à la noblesse; en revanche, les évêques suffragants détiennent de nombreux bénéfices ecclésiastiques.

Toutefois, il ne suffit pas d’appartenir à un ou plusieurs chapitres pour devenir évêque, il est plus important d’avoir été au service d’un prince, en travaillant au sein de l’administration ou en faisant carrière à la cour: de nombreux évêques ont d’abord été au service des Habsbourg, dans la chapelle de cour, dans la chancellerie impériale, dans le tribunal d’Empire ou comme diplomates. L’enseignement à l’université est plutôt le fait des évêques auxiliaires, surtout au XVe siècle, mais la proportion d’évêques suffragants ayant enseigné augmente au XVIe siècle, dans le contexte des controverses face aux protestants. En règle générale, R. Becker constate la pluralité des professions exercées par les futurs évêques: l’Église fournit des clercs pour le service de l’État et celui-ci les lui renvoie comme évêques, mais une telle synergie diminue à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. Dans tous les cas, cela signifie que les évêques appartiennent au monde des élites de l’État. Les évêques auxiliaires représentent un cas particulier car ils appartiennent fréquemment aux ordres mendiants: ce sont avant tout des théologiens, formés dans les couvents dominicains ou franciscains et que l’on retrouve ensuite comme professeurs à l’université. La proportion des religieux dans l’épiscopat de la province métropolitaine de Salzbourg chute à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, en raison de l’amélioration de la formation intellectuelle du clergé séculier, grâce aux séminaires diocésains créés à la suite du concile de Trente.

Dans un dernier chapitre, R. Becker examine de plus près un fait répandu, les séjours des futurs évêques en Italie. Ce sont d’abord des voyages pour études: les deux tiers des princes évêques ont fréquenté les prestigieuses facultés de droit italiennes, telles Bologne ou Padoue; les évêques auxiliaires ne se rendent guère en Italie au XVe siècle, mais la tendance se renverse dans la deuxième moitié du XVIe siècle, avec la réputation du Collegium Germanicum, tenu par les jésuites à Rome. De même, les futurs évêques suffragants, eux aussi attirés par les jésuites, étudient davantage en Italie au début du XVII° siècle qu’à la fin du XV° siècle. Une petite partie du corps épiscopal a également étudié en France, surtout à Paris, mais les guerres de Religion ont entièrement interrompu ce mouvement. En Italie, les futurs évêques ont aussi exercé une ou plusieurs professions, en particulier à la curie romaine, dans l’administration pontificale ou dans la diplomatie (et dans ce cas, plutôt comme représentants des puissances étrangères auprès de la curie). Un modèle peut ainsi être construit: des hommes issus de la bourgeoisie ou de la petite noblesse fréquentent une université italienne, y acquièrent un haut niveau d’études, surtout en droit canon, travaillent au service de la curie puis deviennent évêques. Toutefois, ce modèle est surtout valable pour le XV° siècle: à partir de 1500, les carrières sont moins internationales et le personnel de la curie est de plus en plus italien. En outre, si le passage à la curie est un atout incontestable en raison du développement de l’administration pontificale au XVe siècle, il n’est en soi pas suffisant: pour devenir évêque, il faut également être lié soit aux chapitres canoniaux, soit à l’empereur Habsbourg.

R. Becker conclut sur trois points essentiels. Tout d’abord, au plan social, l’on trouve trois types d’évêques: des rejetons des Wittelsbach et des Habsbourg, des bourgeois venus du patriciat urbain ou des élites politiques au service des princes, et des nobles. Toutefois, l’horizon social de ces derniers n’est guère différent de celui des évêques venus de la bourgeoisie: l’essentiel de la carrière ecclésiastique est formé par deux éléments, le parcours universitaire, que ce soit en droit ou en théologie, et le service d’un prince. De la sorte, trois réseaux sont déterminants pour devenir évêque dans la province métropolitaine de Salzbourg entre 1448 et 1648: la famille, l’université et l’administration (Habsbourg ou Wittelsbach).

Cet ouvrage donne ainsi des éléments fermes de révision d’une historiographie qui cherche à expliquer la Réforme par la mauvaise qualité du clergé catholique: l’épiscopat de la province métropolitaine est un groupe socialement ouvert, ayant bénéficié des meilleures études et ayant travaillé pour des administrations en plein essor, celle des Habsbourg ou celle de la curie. Toutefois, l’on peut s’interroger sur les limites de la méthode statistique employée par R. Becker: la tentation est grande de passer du constat de ce qu’ont généralement été les futurs évêques à l’idée d’un chemin à parcourir pour devenir évêque, c’est-à-dire de passer de la moyenne à la norme, travers que R. Becker évite d’autant moins qu’il affirme sans discussion que l’ambition des intéressés est déterminante dans l’acquisition de la dignité épiscopale. Cela n’ôte rien à la valeur de son étude de la formation intellectuelle et professionnelle des futurs évêques de la province métropolitaine de Salzbourg, mais peut-être aurait-il fallu davantage s’interroger sur les raisons qui font que tel homme est choisi comme évêque et non tel autre, c’est-à-dire de mettre en valeur les qualités individuelles recherchées par ceux qui interviennent dans le processus de nomination: il est dommage de n’évoquer cet aspect que sous la forme d’une allusion dans le dernier paragraphe de la conclusion.

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R. Becker, Wege auf den Bischofsthron (Philippe Saudraix)
In: Francia-Recensio, 2009-3, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 29, 2012 12:56 PM
Zugriff vom: May 24, 2012