A. Ranft (Hg.), Der Hoftag in Quedlingburg 973 (Geneviève Bührer-Thierry)
Andreas Ranft (Hg.), Der Hoftag in
Quedlingburg 973. Von den historischen Wurzeln zum Neuen Europa,
Berlin (Akademie Verlag) 2006, X–187 p., ISBN 3-05-004113-7, EUR
34,80.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Geneviève Bührer-Thierry, Paris
À l’occasion des fêtes de Pâques 973 se tient au palais royal de Quedlinburg une réunion internationale telle que la Saxe n’en avait jamais connu jusque-là, rassemblant non seulement les grands personnages laïques et ecclésiastiques de l’empire ottonien, mais aussi les représentants de Byzance, des Bulgares, de Bénévent et même du califat espagnol, aux côtés de ceux des peuples voisins, encore sur la voie de la conversion au christianisme: les Danois, les Polonais, les Bohêmes et les Hongrois notamment. La présente publication visait d’une part à célébrer en 2003 le 1030e anniversaire de cette rencontre, et d’autre part à poser la question des modalités de l’intégration dans l’Europe occidentale des peuples d’Europe centrale à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui.
L’ouvrage est divisé en trois grandes parties: la première (p. 3–86) traite précisément de l’assemblée de 973 et de l’Europe à la fin du Xe siècle. La seconde, intitulée »Fondements de l’identité culturelle« (p. 87–148) propose une vision plus large des phénomènes culturels sur le longue durée, tandis que la dernière (p. 149–183) aborde le problème des diversités régionales au sein de l’identité européenne, essentiellement à l’époque moderne et contemporaine. Sur les 183 pages que comptent l’ouvrage, 135 sont donc consacrées à l’époque médiévale.
Gerd Althoff propose pour commencer une réflexion synthétique sur »Otton le Grand et la nouvelle identité européenne« (p. 3–18): il voit dans l’assemblée de Quedlinburg une manifestation des nouveaux fondements de l’autorité mis en place par les Ottoniens, qui consiste à s’associer l’aristocratie dans l’exercice du pouvoir, à l’insérer dans des réseaux d’amitié et des réseaux familiaux, en échange de sa soumission. L’assemblée de Quedlinburg est un signe tangible de l’intégration dans ces réseaux de la plus haute sphère de l’aristocratie des nouveaux pays chrétiens d’Europe centrale, mais elle postule aussi, de ce fait, que ces nouvelles élites acceptent de se soumettre à l’empereur. Il rappelle que l’histoire de la frontière slave sur l’Elbe et la Saale montre toute la difficulté des relations de subordination des populations slaves au pouvoir saxon et que c’est l’ensemble de cette »mémoire« qui constitue l’héritage avec lequel il faut aujourd’hui repenser les liens entre Europe centrale et Europe occidentale, dans un contexte où la soumission ne saurait être un préalable au travail commun.
János Gulya (p. 19–27) présente les sources qui nous permettent de connaître cette assemblée et ses participants. Il défend l’idée d’une vision tout à fait consciente d’Otton Ier de rassembler autour de lui tous les peuples chrétiens d’Europe dans un contexte qui serait également un contexte eschatologique d’extension de la chrétienté.
Csanád Bálint (p. 29–35) se place du point de vue des Hongrois et décrit ce qu’il appelle »les premiers pas« de la Hongrie vers l’Europe, en rappelant que la »mémoire« de l’assemblée de Quedlinburg est très largement répandue dans la Hongrie actuelle, où tous les lycéens apprennent qu’il s’agit là d’un tournant très important dans l’installation définitive du peuple hongrois aux frontières du monde germanique. Il pose la question de savoir ce qui a pu déterminer ce tournant et de quels choix il résulte. Il montre que la possibilité de se tourner vers l’empire ottonien et le christianisme occidental supposait que soient réunis deux conditions: qu’il existe une élite dirigeante suffisamment mûre pour en décider et que cette élite dispose d’un potentiel militaire suffisant pour contraindre les partisans de l’ordre ancien. On retrouve là toute l’histoire de la Hongrie au Xe et XIe siècle.
Wolfgang Huschner (p. 37–49) développe une comparaison entre les nouvelles métropoles érigées aux frontières de la chrétienté occidentale: Bénévent, Capoue, Magdebourg et Salerne, les trois premières ayant été crées relativement peu de temps avant l’assemblée de 973, notamment par l’action du pape Jean XIII (965–972), tandis que le dernier tiers du Xe siècle sera marqué par l’érection d’un grand nombre de métropoles, notamment dans la nouvelle chrétienté: dans ce cadre, Magdebourg aurait servi de modèle pour contourner le problème de l’absence de civitas, tout centre de pouvoir politique pouvant servir de support à l’érection d’un siège archiépiscopal (comme à Gran ou à Gniezno).
Roman Michałowski (p. 51–72) observe la place de la Pologne en Europe aux alentours de l’an 1000. Il constate que la Pologne a été très rapidement en étroit contact avec les puissances politiques d’Europe occidentale et qu’elle a pu s’imposer grâce à l’atout majeur que représentait sa »force de frappe« militaire, notamment à l’époque de Bołeslaw le Vaillant (Chrobry). La reconnaissance par l’empereur Otton III de la royauté polonaise a permis aux premier dirigeant Piast de s’identifier totalement au projet ottonien, en endossant la responsabilité de la diffusion du christianisme dans son royaume, ce qui ne signifiait pas du tout qu’il envisageait de se »dissoudre« dans l’empire ottonien chrétien, bien au contraire.
La première partie se termine par un article de Ludwig Steindorff sur la place du royaume de Kiev dans l’Europe de l’an 1000 (p. 73–83) qui brosse à grands traits l’histoire de la conversion de cet espace au christianisme de rite oriental. Il s’agit bien cependant d’une entrée dans la chrétienté, comme le montrent les liens toujours plus nombreux qui se tissent entre Kiev et l’Europe occidentale, non seulement la Pologne et les royaumes scandinaves qui sont voisins mais aussi l’Empire, la Hongrie et même le royaume de France. La présence d’ambassadeurs venus de Kiev à Quedlinburg reste très hypothétique et finalement peu vraisemblable: néanmoins, le simple fait que quelques sources les mentionnent montre l’intégration de ce royaume à la sphère politique, religieuse et culturelle de l’Europe de l’an mil.
La seconde partie traite des fondements de l’identité culturelle. Fidel Rädle (p. 87–98) envisage la culture latine comme tertium comparationis des nations européennes depuis l’Antiquité jusqu’à l’humanisme à travers plusieurs critères: la rencontre entre christianisme et antiquité païenne, la langue latine comme véhicule du changement de paradigme entre paganisme et christianisme, la latinité de l’empire de Charlemagne, la liturgie en latin et enfin la culture latine des universités européennes de la fin du Moyen Âge à l’époque de l’humanisme.
Dans un long article (p. 99–135), Hedwig Röckelein étudie les mariages inter-ethniques des élites entre le Xe et le XIIIe siècle, notamment entre slaves, hongrois, francs, scandinaves et anglo-saxons. Elle montre que la conclusion de ces mariages a eu une portée sociale, politique et culturelle, dans le cadre d’une circulation des biens et des personnes bi- et multilatérale. L’échange de biens culturels, que ce soit des biens matériels ou des connaissances techniques, stabilisait les accords politiques: mais le flux n’est pas toujours de l’ouest vers l’est comme on le croyait traditionnellement, H. Röckelein montre qu’il existait une véritable réciprocité des échanges entre Europe centrale et Europe occidentale.
Comment s’appuyer sur l’assemblée de Quedlinburg pour penser les cadres actuels de l’Union européenne? On pourra toujours considérer la comparaison entre 973 et 2003 inadéquate et forcée: l’Europe qui se construit aujourd’hui a effectivement peu à voir avec celle des Ottoniens. Pourtant, la difficulté qu’éprouvent les pays d’Europe centrale à trouver leur place aujourd’hui en Europe ne manque pas de rappeler les fondements de leur histoire, notamment dans leurs relations avec l’empire germanique. En ce sens, on peut dire que l’ouvrage a atteint son but: faire prendre conscience de toute l’épaisseur culturelle nécessaire pour cimenter la construction européenne. L’Europe d’aujourd’hui ne saurait se cantonner à une Europe des marchés.
Lizenzhinweis:
Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz
Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung
(CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch
benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt
werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier:
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

