W. Koch (Bearb.), Die Urkunden Friedrichs II. 1212–1217 (Benoît Grévin)
Die Urkunden Friedrichs II. 1212–1217.
Bearbeitet von Walter Koch, unter Mitwirkung von Klaus Höflinger,
Joachim Spiegel und Christian Friedl, Hannover (Verlag Hahnsche
Buchhandlung), 2007, XII–791 S. (Monumenta Germaniae Historica.
Diplomata regum et imperatorum Germaniae. Die Urkunden der deutschen
Könige und Kaiser, XIV/2), ISBN 978-3-7752, 2002-6, EUR 120,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Ce volume prend place dans la nouvelle série d’éditions diplomatiques des actes du règne de l’empereur et roi de Sicile Frédéric II Hohenstaufen (1194–1250) sous la direction de Walter Koch, à la suite du tome XIV/1 qui a ouvert la série en 2002 et comprenait les actes des premières années, purement siciliennes, du règne, jusqu’au voyage de 1212 et à l’arrivée du jeune roi dans le royaume d’Allemagne. La période considérée ici est celle du long premier séjour de Frédéric II en Allemagne, lors de son affirmation progressive comme roi des Romains face à son adversaire Otton de Brunswick, jusqu’au retour en Italie scandé par le couronnement impérial à Rome en 1220. Le nombre important de sources à traiter, trop important pour un seul volume, a contraint les éditeurs à répartir le matériel entre le présent tome, qui comprend la période septembre 1212 à décembre 1217, et le troisième tome, encore à paraître. L’introduction générale avec les éléments sur le développement de la chancellerie et de sa production durant l’ensemble de la période 1212–1220 étant reportée à ce dernier, qui mettra en perspective l’ensemble de la documentation, on se contentera ici de décrire succinctement l’organisation du second volume et les caractéristiques essentielles des dossiers contenus dans »Die Urkunden 1212–1217«, renvoyant au compte-rendu du volume suivant pour un commentaire plus spécifique sur le style et la langue des actes dans l’ensemble de la période.
Comme le tome précédent, cette édition des actes désormais enregistrés dans la série des »Urkunden ...« sous les numéros 171–426 (p. 1–500) est complétée par un apparat critique extrêmement riche (p. 501–791) qui ajoute aux éléments les plus classiques (index nominum, bibliographie, concordance…) un registre des termes (Wort- und Sachregister) p. 561–723 permettant une analyse lexicale intégrale des actes.
La grande majorité des 256 documents, dont certains ne sont pas seulement de nouvelles éditions améliorées mais des premières éditions intégrales (n° 224 p. 119–121, Hagenau, 12 mars 1214, protection accordée au monastère cistercien de Tennenbach), concerne l’affirmation du pouvoir de Frédéric II dans le Regnum Teutonicum: on peut suivre sa progression, depuis les possessions patrimoniales des Souabes dans le Sud-Ouest du royaume et l’affirmation d’une alliance stratégique avec certains des princes les plus puissants (Ottokar Ier de Bohême) jusqu’à son extension juridique à l’ensemble de l’Allemagne au fur et à mesure de l’affaiblissement de ses opposants, au fil des demandes de confirmation de privilèges accordés par ses prédécesseurs de la part d’institutions religieuses, ou d’arbitrages divers. Une minorité non négligeable d’actes concerne le royaume de Sicile, et notamment l’Église palermitaine et le royaume d’Arles-Bourgogne, une proportion plus réduite encore des confirmations de privilèges de communes ou institutions ecclésiales d’Italie du Nord. Il faut enfin noter l’importance quantitative des actes délivrés en faveur des ordres nés en Terre sainte, et tout particulièrement de l’ordre teutonique.
Relevons parmi ces ensembles les actes les plus célèbres, véritables lieux de mémoire de l’historiographie frédéricienne, particulièrement nombreux pour la période 1212–1217: l’acte de confirmation de la dignité royale à Ottokar Ier de Bohême, donné à Bâle le 26 septembre 1212 (n° 171 p. 1–5, à examiner avec les nos 172 et 173), crucial pour l’histoire des rapports entre le pouvoir impérial et la construction étatique bohémienne, et dont les implications sont à nouveau discutées par la recherche tchèque actuelle (cf. p. 500); la bulle d’or d’Eger, confirmation des privilèges concédés par Otton IV en 1209 à l’Église romaine, promulguée le 12 juillet 1213 (n° 204 p. 74–77, à examiner avec les nos 205–206); la concession au roi de Danemark Valdemar II des territoires d’Empire entre Elde et Elbe, acte politique aux conséquences potentielles énormes dont la portée ne fut annulée que par accident, à la suite de la défaite postérieure de Valdemar face à ses adversaires locaux (n° 271, p. 201–204); la mystérieuse concession du titre du royaume d’Arles à Guillaume de Baux, objet d’un vieux débat historiographique toujours en cours (n° 274 p. 207–209, à analyser en liaison avec les nos 275–276, autres privilèges concernant les Baux); enfin l’engagement solennel donné par Frédéric II à Innocent III le 1er juillet 1216 de séparer les royaumes de Sicile et l’Empire en confiant le premier à son fils Henri sous la tutelle de l’Église romaine (n° 369 p. 394–396).
En conclusion de cette présentation provisoire, à compléter lors de la parution du troisième tome, attirons enfin l’attention des chercheurs français travaillant sur les constructions politiques régionales sur l’intérêt de la documentation réunie pour l’histoire de l’espace lotharingien et bourguignon, indépendamment de l’histoire même du règne de Frédéric II et de l’Empire. L’affirmation du pouvoir royal à partir des bases patrimoniales de la dynastie, correspondant en particulier à la Souabe et à l’Alsace, a concerné aussi bien l’ensemble lotharingien proprement dit (haute et basse Lorraine) que le royaume d’Arles où l’on peut suivre une intense activité de mise en valeur des droits impériaux dans les centres stratégiques et symboliques du Viennois (actes en rapport avec Vienne et son archevêché, cf. notamment nos 252–255, 261–264) et de la Provence (actes en rapport avec les Baux, avec Arles, cf. notamment nos 258–260, 274–276). Dans le Nord de l’espace romanophone sous juridiction impériale, les arbitrages concernant les affaires intérieures de Metz et Cambrai forment autant de dossiers importants. Il faudra désormais se reporter à cette nouvelle édition pour examiner l’histoire de ces régions à l’orée du XIIIe siècle, et en particulier celle du royaume d’Arles-Bourgogne, encore et toujours en cours de réécriture et en attente d’une mise en perspective modélisatrice, et dont le premier XIIIe siècle représente une période cruciale.
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