S. Floryszczak, Die Regula Pastoralis Gregors des Großen (Bruno Judic)
Silke Floryszczak, Die Regula Pastoralis
Gregors des Großen. Studien zu Text, kirchenpolitischer Bedeutung
und Rezeption in der Karolingerzeit, Tübingen (Mohr Siebeck) 2006,
X–444 p. (Studien und Texte zu Antike und Christentum, 26), ISBN
3-16-148590-4, EUR 69,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Bruno
Judic, Tours
Ce livre est issu d’une thèse de doctorat soutenue à l’université de Bochum en 2003. Il s’agit d’une étude d’ensemble sur la Regula pastoralis, ou Pastoral, un traité sur la charge pastorale composé au début de son pontificat par Grégoire le Grand, pape de 590 à 604. L’étude concerne en effet dans une première grande partie l’arrière-plan historique et patristique du traité, sa structure, son contenu et son style et dans une deuxième grande partie la postérité de l’œuvre à l’époque carolingienne. On trouve d’abord un développement sur la notion de regula avant Grégoire, dans la pratique et la théorie du droit romain puis dans le droit de l’Église. Regula est aussi un concept employé dans la théologie chrétienne la plus ancienne, ainsi dans les traductions latines de la Bible et chez les Pères des IIe et IIIe siècles; regula traduit le mot grec kanon lui-même repris d’un mot hébreu en rapport avec une unité de mesure au sens concret. Regula se retrouve dans la notion de regula veritatis et de regula fidei. On observe aussi un développement de la notion au sens de règle de vie, notion fondamentale dans l’essor du monachisme. L’auteur examine ensuite le traité de Grégoire: à qui a-t-il été dédicacé? Elle reprend tous les arguments en faveur des deux hypothèses possibles: Jean de Constantinople ou Jean de Ravenne, et penche finalement plutôt pour Jean de Ravenne. Elle examine les sources patristiques et la structure de l’œuvre selon des couples de contraires. Puis elle repère les thèmes bibliques et les formulations du pouvoir. Un développement est consacré à l’exercice du pouvoir qui est en effet au cœur de la réflexion de Grégoire. La deuxième grande partie concerne la postérité carolingienne de ce traité. L'auteur en marque la place dans la réforme religieuse carolingienne à partir de Boniface et Chrodegang puis Alcuin. Elle suit soigneusement tous les actes conciliaires et s’interroge spécialement sur le canon 20 du concile de Francfort de 794, la regula recommandée aux évêques est-elle celle de Grégoire? Elle examine ensuite tous les textes qui réutilisent le Pastoral, en particulier le genre des specula, chez Alcuin, Smaragde de Saint-Mihiel, Raban Maur, Jonas d’Orléans, Dhuoda, Sedulius Scottus et enfin Hincmar de Reims auteur de plusieurs traités dans lesquels le Pastoral est réutilisé. Ce livre apporte des éléments vraiment neufs aussi bien sur le Pastoral lui-même que sur sa postérité. On peut ainsi souligner les développements très utiles sur la notion de regula dans la littérature latine classique et chrétienne. Il faut insister sur l’importance du chapitre concernant l’exercice du pouvoir où l’auteur récapitule les travaux les plus récents sur ce thème et reprend en particulier les analyses de Peter Brown dans son ouvrage sur l’essor du christianisme occidental. Mais c’est peut-être dans la deuxième partie, sur la postérité carolingienne, que l’on trouvera les développements les plus nouveaux. L’auteur passe en revue toute la littérature carolingienne et tous les textes normatifs et livre ainsi un tableau très complet de l’influence de ce traité sur l’époque carolingienne. En conclusion elle note que le recours insistant au Pastoral dans le haut Moyen Âge laisse supposer que l’idéal épiscopal de Grégoire ne correspondait pas à la réalité du comportement des évêques. Mais l’époque carolingienne est aussi marquée par une redéfinition de la fonction épiscopale liée au renforcement de l’État. Les évêques voient leur pouvoir plus strictement limité à la sphère spirituelle et à la cura animarum. Or le concept de rector du Pastoral se trouve aussi réutilisé pour les grands laïcs et les rois. Ainsi le traité de Grégoire permet une forme de christianisation du pouvoir laïc et une certaine analogie entre les évêques pasteurs et les rois.
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- Zitation
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: Rezension von: In: Francia-Recensio 2009/1 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2009-1/MA/Floryszczak_Judic Veröffentlicht am: Jun 19, 2013 Zugriff vom: Jun 19, 2013

