S. Karner, B. Stelzl-Marx, A. Tschubarjan (Hg.): Die Rote Armee in Österreich (Paul Pasteur)
Stefan Karner, Barbara Stelzl-Marx, Alexander
Tschubarjan (Hg.), Die Rote Armee in Österreich. Sowjetische
Besatzung 1945–1955, Graz, Vienne, Munich (Oldenbourg) 2005 2.
durchgesehene Auflage, 979 p. (Beiträge. Veröffentlichungen des
Ludwig-Boltzmann-Instituts für Kriegsfolgen-Forschung, Sonderband
5), ISBN 3-486-57901-0, EUR 24,80; Stefan Karner, Barbara Stelzl-Marx
(Hg.), Die Rote Armee in Österreich. Sowjetische Besatzung
1945–1955. Beiträge, Graz, Vienne, Munich (Oldenbourg) 2005, 888
p. (Veröffentlichungen des Ludwig-Boltzmann-Instituts für
Kriegsfolgen-Forschung), ISBN 3-486-57901-0, EUR 24,80.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Paul Pasteur, Rouen
En 1998, Alfred Ableitinger avait dirigé un volume intitulé »Österreich unter alliierter Besatzung«, à la même époque plusieurs études avaient paru sur l’occupation française en Autriche, dont celles de Klaus Eisterer. »L’occupation américaine à Salzburg« a été, entre autre, étudiée par Ingrid Bauer à partir de sources orales. Récemment l’édition de sources par Gabriela Stieber a permis de compléter notre connaissance de l’occupation britannique en Carinthie. L’occupation soviétique était restée sans étude d’envergure, ce n’est d’ailleurs guère qu’après l’effondrement de l’Union soviétique que le thème a commencé à être abordé. Pour le cinquantenaire de la Libération et donc pour le début de l’occupation soviétique, plusieurs ouvrages avaient paru, des témoignages d’Autrichiens et d’Autrichiennes, mais aussi de Soviétiques, avaient été recueillis, mais il a fallu encore attendre une dizaine d’années pour que paraissent ces deux volumes qui forment un impressionnant ouvrage.
Pour le cinquantenaire du traité d’État qui rend à l’Autriche sa souveraineté et qui signe la fin de toute occupation étrangère, donc la fin de la présence des troupes soviétiques dans la partie orientale du pays, le Ludwig Boltzmann-Institut de Graz a publié ces deux volumes qui rassemblent des documents et des études sur la réalité de l’occupation soviétique en Autriche. Les documents sont offerts au lecteur dans les deux langues, en russe et dans leur traduction allemande. À ce propos, les éditeurs précisent dans l’introduction que certains termes usuels chez les Soviétiques comme »fascistes« ou »les sbires d’Hitler« ont été traduits par »nationaux-socialistes«. On ne peut que regretter ce parti pris qui nivelle le texte allemand et lui fait perdre son caractère authentique, il en a été de même avec la traduction d’»Angleterre«, systématiquement utilisée par les Soviétiques, et remplacée par »Grande-Bretagne«, plus diplomatique.
Dans un premier volume de 979 pages prennent place 189 documents dont la plupart proviennent des archives de l’ex-Union soviétique et qui, pour l’essentiel, sont publiés pour la première fois. Toutefois, quelques documents concernant l’occupation soviétique en Autriche demeurent interdits à la communication. Le premier document présenté date de 1941, c’est un télégramme de Molotov à l’ambassadeur soviétique à Londres qui précise les positions de Staline sur l’Autriche, les derniers datent de septembre 1955 et concernent le retrait des forces militaires soviétiques qui ont quitté le pays quelques semaines avant les britanniques ou les américaines. L’Autriche ayant recouvré sa souveraineté, le Conseil national peut alors adopter, le 26 octobre 1955, la loi sur la neutralité.
Ces documents sont présentés en sept chapitres: les projets soviétiques concernant l’Autriche pendant la Seconde Guerre mondiale, la fin de la guerre, la structure et l’organisation des forces d’occupation soviétiques, la vie quotidienne dans la zone d’occupation soviétique, la place de l’Autriche dans la politique soviétique après la Seconde Guerre mondiale, le traité d’État et la fin de l’occupation en 1955. Un chapitre intitulé »Libérée mais pas encore libre« présente sur deux cents pages copies de rapports qui sont une source inestimable pour les historiens/historiennes. On apprend par exemple le nombre d’Autrichien-ne-s arrêtés par le NKVD dans les premières semaines de la libération, mais on lit aussi des plaintes émises par des gendarmeries autrichiennes auprès des autorités soviétiques, d’élus autrichiens auprès des autres armées d’occupation, un projet du conseil des ministres de l’Union soviétique concernant la question des »biens allemands« en Autriche, un rapport sur l’Église catholique en Autriche, différents rapports des autorités soviétiques revenant sur la propagande soviétique en Autriche ainsi que de nombreux rapports soviétiques à leurs supérieurs portant sur l’économie, les entreprises soviétiques (USIA), la situation politique autrichienne, la »militarisation et la renaissance du national-socialisme en Autriche«.
Le second volume propose trente-deux contributions qui illustrent, explicitent, resituent les documents dans leur contexte. Les éditeurs ont varié autant que possible les échelles: conséquences de l’occupation pour les individus/individues (souvenirs personnels, rapports entre les soldats et les Autrichiennes), réalité de l’occupation au niveau régional (Vienne, Mühlviertel, Burgenland, Styrie, Basse-Autriche), signification de la politique autrichienne de l’Union soviétique au niveau européen et international. N’ont pas été oubliés des aspects déterminants pour la mise en place de cette politique: la place des communistes autrichiens en exil à Moscou, le rôle du commandement militaire soviétique, la mort de Staline etc. Ce volume de contributions de plus de 800 pages ne peut se résumer en quelques lignes, il ne règle d’ailleurs pas définitivement toutes les interrogations. Ainsi la question du recours à Karl Renner nécessitera encore quelques recherches et explications plus fondées et plus précises que celles qui nous sont ici fournies. Les auteurs ne semblent pas comprendre pourquoi Staline fait appel en 1945 à ce vieux routier de la politique autrichienne. Peut-être faut-il remonter avant la Première Guerre mondiale pour comprendre ce qui relie Staline à Karl Renner qui appartiennent, pratiquement, à la même génération? La seule véritable contribution théorique de Staline au marxisme a été une brochure sur la question nationale. En 1913, Staline a passé un mois et demi à Vienne pour rédiger cet écrit dans lequel il polémique avec les austro-marxistes, Otto Bauer et… Karl Renner qui, en 1918, est devenu le premier chancelier de la République d’Autriche, avant de devenir le premier chancelier de la Deuxième république. On peut penser que Staline perçoit dans Renner non seulement le marxiste d’avant la Première Guerre mondiale mais aussi l’homme d’État des années vingt et trente, ses capacités à manipuler ses adversaires politiques et à contrôler la gauche de son parti ainsi que son engagement dans le système coopératif, élément non négligeable dans le contexte de reconstruction du pays en 1945.
Dans deux articles, Peter Ruggenthaler s’interroge sur le fait que l’Autriche n’ait pas été soviétisée. Plusieurs autres contributions permettent de confirmer ses hypothèses. Dès le départ, Staline renonce à cette soviétisation. En 1938, il a été l’un des rares hommes politiques de premier plan à se prononcer contre l’Anschluss, la signature du Pacte germano-soviétique en août 1939 a, certes, quelque peu effacé cette opposition. Dès 1941, l’indépendance de l’Autriche a été l’une des préoccupations de Staline, mais celle-ci ne se comprend que si on la replace dans une politique plus globale et en particulier en considérant la politique allemande de Staline: affaiblir l’Allemagne et l’empêcher d’être un nouveau danger potentiel pour l’URSS et l’Europe orientale, tels sont les objectifs qui guident cette politique. On peut alors mieux comprendre la volonté de faire de l’Autriche »la première victime d’Hitler« et de prouver aux Autrichiens, en leur assurant des avantages économiques et en renonçant à la soviétisation qu’ils n’appartenaient pas à la nation allemande mais à une nation différente, l’autrichienne. Faut-il rappeler que les théories de la nation autrichienne sont apparues en même temps, à quelques mois d’intervalle, sous la plume de Karl Ernst Winter, catholique conservateur, et sous celle d’Alfred Klahr, communiste, alors que Hitler menaçait le pays? Jusqu’à sa mort, Staline détermine sa politique envers l’Autriche par rapport à la question allemande, cette politique est poursuivie après sa mort, il faut attendre l’influence de Khrouchtchev pour voir s’infléchir cette politique et s’ouvrir la perspective de la neutralité de la République d’Autriche.
Parmi les très nombreux articles, citons celui de Barbara Stelzl-Marx qui traite des relations entre les soldats soviétiques et les femmes autrichiennes. Lorsque pour le cinquantenaire de la Libération, des enquêtes ont été menées et des articles rédigés sur les viols en Autriche, cette question des relations autres que dans le rapport de violence avec les soldats soviétiques était encore restée dans le flou. Quelques années après, la question du »protecteur« soviétique peut être posée et quelques réponses apportées. Dans l’imagerie populaire, l’officier soviétique ne parvient pas à rivaliser avec l’officier ou même le simple soldat américain. Wolfram Dornik revient largement sur la typologie du soldat soviétique, mais il s’intéresse prioritairement au quotidien de l’occupation à Vienne et aux représentations fausses dont on ne peut se défaire. Par exemple, l’image des »Vier im Jeep« (les quatre dans la Jeep) est démentie par les collections de photographies de la Bibliothèque nationale autrichienne (ÖNB) qui montrent des Dodge dès 1946, des Chevrolet à partir de 1953 et surtout des véhicules soviétiques (GAZ Pobeda) transportant les officiers des quatre puissances occupantes, mais dans les récits, dans les films et même dans les expositions, c’est systématiquement l’image des quatre dans la Jeep qui est réinvestie.
Cet ensemble sur l’Armée soviétique en Autriche constitue un apport essentiel à l’histoire des rapports entre les deux pays, mais aussi à l’histoire de l’occupation soviétique en Autriche et donc à l’histoire de la partie orientale du pays. Quel que soit le domaine de recherche, histoire diplomatique, histoire économique, histoire politique, histoire sociale, histoire culturelle, l’historien/historienne trouvera de quoi enrichir ses connaissances et ses travaux.
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