J. L. Gaddis: The Cold War (André Kaspi)
John Lewis Gaddis, The Cold War, London (The
Penguin Press) 2005, XIV–333 p. (London), ISBN 0-7139-9912-8, GBP
20,00.
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John Lewis Gaddis est professeur à Yale. Il y enseigne l’histoire des relations internationales. Depuis une trentaine d’années, il publie des ouvrages qui traitent de la guerre froide. Ses collègues, américains et européens, l’ont reconnu comme l’un des maîtres de cette période de notre histoire contemporaine. Or, dans les cours qu’il donne, des étudiants lui ont demandé s’il ne pourrait pas résumer en un livre, clair et solidement informé, ses recherches et ses conclusions. Quel défi pour un spécialiste! Quel stimulant aussi pour un enseignant!
Du coup, Gaddis s’est mis au travail et son tout dernier ouvrage tâche de répondre aux exigences que ses étudiants lui ont aimablement imposées. La réussite est incontestable. À peine 266 pages d’un texte agréable à lire, des notes de références qui n’ont rien d’étouffant, une bibliographie pour approfondir les sujets évoqués, la qualité du cocktail fait merveille. Le lecteur suit l’auteur avec un intérêt qui ne faiblit pas. Chemin faisant, dans des récits allégés, surgissent les indispensables conclusions qui donnent leur sens à des événements complexes. Bref, les étudiants de Gaddis se réjouiront d’avoir obtenu de leur professeur ce qu’ils lui demandaient.
Bien entendu, le plan est chronologique. Il nous conduit de la fin de la Seconde Guerre mondiale à celle de la guerre froide. Les origines de ce demi-siècle de tensions, les épisodes les plus marquants, les personnalités qui ont dominé ces années angoissantes font l’objet d’une analyse minutieuse, confortée par les dépouillements des sources d’archives, la lecture des mémoires et souvenirs, les travaux de l’auteur et de ses collègues. Gaddis ne s’abandonne pas à des explications simplistes, loin de là. Il ne croit pas davantage et ne laisse pas croire que tout découle de l’action des hommes ou, inversement, de je ne sais quelles forces obscures. Au contraire, il fait la part des choses.
Voici par exemple la crise des fusées de 1962. Gaddis tente d’énoncer les motivations de Khroutchev. Il reconnaît qu’elles ne sont pas très évidentes. Alors faut-il croire à son »romantisme idéologique« qui l’aurait emporté sur »l’analyse stratégique«? Et Gaddis de soutenir qu’»il [Khroutchev] était si passionnément attaché à la révolution castriste qu’il a fait courir des risques à sa propre révolution, à son pays, au monde pour la soutenir«. Évidemment, voilà une interprétation qui ne laisse pas indifférent et pourtant ne convainc pas tout à fait. Plus convaincante, la conclusion sur la politique étrangère de Mikhael Gorbatchev. Le réalisme l’emporte dans l’esprit du Soviétique. Il sait que l’URSS ne dispose pas ou ne dispose plus d’une puissance équivalente à celle des États-Unis. Mais que faire? Il laisse les circonstances, voire d’autres contemporains lui dicter sa conduite. Gorbatchev est malléable et noue peu à peu des relations quasi amicales avec le président des États-Unis.
L’histoire selon Gaddis renonce aux abstractions. Plus que jamais, elle repose sur les hommes, leurs illusions, leurs convictions. Par son humanité, elle devient accessible à tous. Elle pose d’inévitables questions et fournit les réponses les plus vraisemblables. Reste que, de temps à autre, le lecteur éprouve des regrets. Il arrive que le déroulement des faits ne suive pas l’ordre chronologique. On pourrait s’y perdre, si du moins on ne garde pas à l’esprit le calendrier précis des événements. C’est regrettable pour un ouvrage destiné principalement à des non spécialistes. La bibliographie ne mentionne aucun titre qui ne soit pas en anglais. Les auteurs, ou les éditeurs américains ont adopté cette fâcheuse habitude qui laisse croire qu’en dehors des États-Unis les historiens ne font rien ou ne comptent pas. Sur un sujet comme l’histoire de la guerre froide, les recherches européennes sont déterminantes tout autant que les recherches américaines. Il serait nécessaire d’en tenir compte. Enfin, est-il parfaitement justifié de commencer le récit au milieu des années quarante? Certes, l’auteur attire l’attention de ses lecteurs sur les ambiguïtés de la Grande Alliance, sur les causes immédiates d’une rupture entre les États-Unis et l’Union soviétique. Mais il serait plus stimulant encore de remonter à la prise du pouvoir par les Bolcheviks. On pourrait alors rappeler la vision soviétique du monde qui annonce, à n’en pas douter, les comportements futurs. Et même si l’on croit que l’année 1917 n’est pas le point de départ de la guerre froide, il vaut la peine de mentionner, de discuter, peut-être de réfuter cette hypothèse.
On l’aura compris, le livre de John Lewis Gaddis ne laisse pas indifférent. Tout au contraire. Il apporte beaucoup d’informations, suscite des questions, provoque parfois un début d’agacement. C’est la preuve qu’il est réussi et répondra à la curiosité de beaucoup de ses lecteurs.
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