W. B. Elster: Die Grenzen des Gehorsams (Jean-Luc Leleu)
Welf Botho Elster, Die Grenzen des Gehorsams.
Das Leben des Generalmajors Botho Henning Elster in Briefen und
Zeitzeugnissen, Hildesheim (Olms) 2005, 228 S., 27 Abb., ISBN
3-487-08457-0, EUR 14,80.
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Signé par le fils du général Elster, ce livre est avant tout une entreprise de réhabilitation morale d’un homme à qui l’on a reproché sa trop rapide capitulation lors de la retraite allemande dans le sud-ouest de la France à la fin de l’été 1944. Représentant les reliquats disparates d’une armée d’occupation, 20 000 soldats de la Wehrmacht ont ainsi rejoint les camps de prisonniers de guerre alliés avec armes et bagages.
En lui-même, l’ouvrage n’est pas de grande facture. Il s’agit d’une compilation de documents d’époque certes intéressants, mais dont la provenance n’est pas clairement indiquée. Pis encore, l’esprit critique fait totalement défaut à l’auteur qui suit fidèlement la pensée de son père. Ainsi ne parvient-il pas à prendre du recul par rapport à sa documentation, ignorant (ou feignant d’ignorer), par exemple, que le mémorandum rédigé par Elster en novembre 1944 était destiné au »jury d’honneur« composé de généraux allemands captifs chargé d’examiner son attitude (p. 89, 138). Ou encore ne pointe-t-il pas les contradictions de sa documentation entre, d’un côté, un père qui prétend dans son plaidoyer pro domo avoir été complètement approuvé par ses subordonnés (p. 110–111) et, de l’autre, des détachements épars qui lui ont désobéi et ont cherché à rejoindre les lignes allemandes – ce que très peu ont réussi, soulignant au passage la justesse du raisonnement d’Elster (p. 131–132). Une grossière erreur de date (le débarquement allié en Normandie établi au 12 juin 1944, p. 83, 85!) achève de décrédibiliser le sérieux des recherches de l’auteur.
Ceci étant posé, l’ouvrage ouvre des réflexions intéressantes sur trois points, à commencer par la question de l’»honneur« militaire dans l’armée allemande et, plus généralement, au sein de toutes les institutions militaires. Jusqu’à quel point faut-il continuer la lutte? Assurément, la réponse n’est pas simple puisqu’elle dépend d’une analyse forcément subjective d’une situation qui se double d’une approche philosophique individuelle. S’y ajoute – c’est le second point soulevé par ce livre – la conciliation du devoir patriotique avec l’action au service d’un régime dictatorial criminel. Culturellement, le modèle militaire allemand, inspiré du modèle prussien entièrement basé sur l’obéissance au régime légal, ne laissait à cet égard guère de latitude, à l’inverse du modèle français, où la notion de loyauté avait été quelque peu mise à mal par les revirements politiques lors de la Révolution et des crises du XIXe siècle, facilitant par là l’action individuelle suivant sa conscience et sa propre conception de l’honneur. Finalement, à l’heure où les historiens découvrent toute l’implication de la Wehrmacht dans les crimes perpétrés par le IIIe Reich dans les territoires occupés en Europe, l’itinéraire de Botho Henning Elster et l’humanité dont il a su à l’occasion faire preuve viennent à point nous rappeler que l’armée allemande, pas plus que la société dont elle était issue, n’ont représenté un profil unique, comme la propagande nazie s’est plu à imposer l’idée.
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