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H. Duchhardt, M. Morawiec, W. Schmale, W. Schulze (Hg.): Europa-Historiker (Pierre Racine)

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Europa-Historiker. Ein biographisches Handbuch, hg. von Heinz Duchhardt, Malgorzata Morawiec, Wolfgang Schmale, Winfried Schulze, Band 3

Francia-Recensio 2008/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Europa-Historiker. Ein biographisches Handbuch, hg. von Heinz Duchhardt, Malgorzata Morawiec, Wolfgang Schmale, Winfried Schulze, Band 3, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2007, 234 p., ISBN 978-3-525-30158-6, EUR 28,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Pierrre Racine, Eckbolsheim

Le volume, préparé dans le cadre de l’Institut d’histoire européenne de Mayence, clôture la série des volumes dédiés aux historiens qui se sont consacrés au concept Europe. Manuel biographique, annonce le titre, et effectivement toutes les notices retenues le sont suivant un plan identique (à l’exception d’une seule): après un rappel biographique, le plus souvent étoffé, vient une analyse de la manière dont ces historiens se sont appliqués à l’histoire et la civilisation de l’Europe. Tous les collaborateurs se sont ainsi pliés aux directives des concepteurs.

Pour ce nouveau volume ont été choisis par les directeurs de la collection les noms de penseurs qui s’étalent du XVIe siècle avec Guichardin à la plus récente époque avec Denis Hay, en passant par Voltaire au XVIIIe siècle, Niklas Vogt (1756–1836), Arnold Herrmann Ludwig Herren (1736–1842), le français F. Guizot (1787–1874), l’Espagnol José Ortega y Gasset (1883–1955), Albert Mirgeler (1901–1979), Denis de Rougemont (1906–1985). Dominent de purs historiens, auteurs souvent d’une »Histoire de l’Europe«, mais aussi des essayistes avec José Ortega y Gasset et Denis de Rougemont. Un ensemble international, dont le trait commun est une réflexion sur la civilisation et l’idée d’Europe.

En partant de Guichardin pour arriver à Denis Hay, il est naturel qu’au cours des siècles et en fonction de la nature propre de chacun des divers penseurs ait varié la vision de l’Europe et de sa civilisation. Chez Guichardin, qui voulait raconter ce qu’il était advenu de son temps en Italie, la notion d’Europe est encore très proche de celle de la chrétienté médiévale. Avec Voltaire, c’est l’Europe comme culture qui devient le topos qui figure à la base de sa description des faits historiques. Si les »Lumières« sont avec Voltaire au cœur d’une conception historique nouvelle, la Révolution française et industrielle, l’essor des nationalismes au XIXe siècle n’ont pas manqué d’influencer les historiens. Niklas Vogts rêve d’une Europe du futur qui soit un composé d’États organisés sur des bases uniformes où se retrouveraient la religion chrétienne et les fondements du droit des peuples. Au-dessus de cette république européenne chrétienne viendraient se placer deux têtes, un empereur occidental et un autre oriental. L’Europe serait ainsi pensée comme un système de pays embrassant toutes ses composantes que ne définit malheureusement pas l’auteur. Arnold Hermann Ludwig Herren se laisse séduire, lui par le système politique anglais, qu’il voit comme une monarchie libre, qu’il voudrait voir généralisé en Europe, mais il n’omet pas de signaler que contrairement à A. Smith il attend de l’État qu’il forme des citoyens. C’est ainsi à une Europe libérale qu’il aspire.

Le libéralisme inspire non moins François Guizot, qui place à la base de sa conception historique le progrès. Son concept de civilisation européenne le porte à exalter la supériorité européenne, mais aussi à rejeter l’idée de lutte des classes. Il peut ainsi conclure au triomphe du tiers état, de la bourgeoisie avec la Révolution française. Guizot n’est pas éloigné de ses contemporains, Augustin Thierry (que ne cite pas Dirk Hoeges, auteur de la notice), Jules Michelet et Alexis de Tocqueville. Avec le philosophe José Ortega y Gasset, qui conçoit l’humanité comme une construction idéologique, dépourvue d’expressivité et sans substance, car pour lui il n’y a que des hommes dans l’histoire, l’idée européenne est incompréhensible sans la passion de la liberté. Les hommes ont la nostalgie de la paix et de l’harmonie qu’ils voudraient trouver dans leur patrie. Tous les hommes ont un programme de vie, toutes les sociétés humaines également. En Europe c’est la liberté qui doit l’emporter. Albert Mirgeler, auteur d’une histoire de l’Europe, d’une Europe millénaire en vient à démontrer que les deux dernières guerres mondiales n’ont été que la conséquence de la révolution française et industrielle. Il a tenté de reconstituer cette histoire millénaire en plaçant aux XIIe et XIIIe siècles la naissance de ce qu’il dénomme l’individuum, première césure dans l’histoire européenne avec le développement des villes puis l’essor de la Renaissance. Pour lui, le début de l’ère nouvelle n’est pas tant la Réforme protestante avec M. Luther ou la découverte de l’Amérique, mais dans le mouvement historique qui a projeté l’Europe au cœur du monde. Il accepte l’idée d’une »européanisation« du monde, qui s’accomplit avec l’Illuminisme pour aboutir à la Révolution française. S’inspirant de Ranke, il place à la base du concept Europe de trois formes constitutives: l’Antiquité, la Chrétienté et le germanisme. Si la vieille Europe en est au début de sa fin, la nouvelle Europe reste encore à venir pour cet auteur.

Denis de Rougemont mène à aborder la période contemporaine de l’intégration européenne. L’auteur de la notice, Franz Knipping, a bien compris que la biographie de son personnage se mêlait étroitement à la réalisation d’une œuvre proprement européenne; aussi son essai rompt-il avec le plan des autres notices, car il suit attentivement son personnage mêlé aux tentatives diverses de l’après-guerre de la construction d’une Europe de la culture. Il le place ainsi au centre de la fondation du Centre de la civilisation européenne à Lausanne le 7 octobre 1950. Denis de Rougemont apparaît bien comme le père de l’Europe de la culture, dont les racines doivent être recherchées dans l’individualisme grec, la citoyenneté romaine et le christianisme, auxquels il faut ajouter les influences celtiques et germaniques, et dans une moindre mesure celles arabes et slaves. Une fédération européenne était l’idéal qu’il proposait. En se transportant avec Denis Hay, historien de la Renaissance, le lecteur se trouve projeté dans une nouvelle vision de l’histoire de l’Europe. L’auteur retrace ainsi la lente pénétration du christianisme en Europe jusqu’au XIIIe siècle, et se heurte au sens du mot Europe au Moyen Âge, qu’il analyse à partir des chroniques, pour n’y voir qu’une expression géographique. Il fait de Charlemagne le Rex Pater Europae. La désintégration de la Chrétienté s’opère à partir de la fin du XIIIe siècle. Son caractère d’universalité s’éteint avec la perte des territoires de l’Asie mineure et la marginalisation des Chrétiens qui y demeurent alors que s‘élargit le domaine de l’Islam. C’est alors que s’affirme et se transforme le concept Europe qui est employé de plus en plus fréquemment aux XIVè et XVè siècles et que tend à s’estomper celui de chrétienté. Christianitas, respublica christiana cèdent le pas devant celui d’Europe. En s’appuyant sur des représentations cartographiques, notre auteur montre ainsi comment s’est dégagé au cours de l’époque moderne le concept Europe. Quant aux frontières de l’Europe, il le situe bien entre celles actuelles avec l’Asie, mais il n’éclaire guère le rôle de la Russie et de la Turquie. Pour lui, cependant, l’identification de l’Europe s’effectue depuis el XVIIIe siècle avec les terres chrétiennes.

L’ouvrage se termine par la synthèse de Malgorzata Morawiec (Nachwort), une des conceptrices des trois ouvrages sur les historiens européens. Elle y retrace avec précision les progrès et l’évolution des conceptions des historiens sur l’Europe et sa culture en reprenant les notices des divers collaborateurs de ce grand manuel biographique. Par-delà le résumé consciencieux, il est regrettable que n’aient pas été abordées les relations entre les conceptions des historiens et ce qui en a été repris derrière eux dans le monde contemporain quant à la construction actuelle d’une Europe unie. Hésitation de l’historienne à se mêler des problèmes débattus dans l’Europe actuelle? L’ouvrage n’en est pas moins précieux par les analyses réalisées sur chacun de ceux qui se sont penchés sur le concept Europe. Chacune des notices est accompagnée d’un portrait ou d’une photographie des personnages pour les rendre vivants au monde d’aujourd’hui. Elles sont aussi suivies d’une bibliographie sommaire (édition de leurs œuvres, études scientifiques).

Regrettons que les notes critiques (Anmerkungen) soient rejetées à la fin des notices et ne soient pas placées infra-paginales, ce qui faciliterait la lecture. Un index, précieux, des personnes citées dans les notices, vient clore l’ouvrage, appelé à rendre service à tous ceux qui voudront se pencher sur le concept Europe pour comprendre notre monde actuel.



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H. Duchhardt, M. Morawiec, W. Schmale, W. Schulze (Hg.): Europa-Historiker (Pierre Racine)
In: Francia-Recensio, 2008-4, 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
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Dokument zuletzt verändert am: 26.04.2009 23:25
Zugriff vom: 07.02.2012