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B. K. U. Weiler: Henry III of England and the Staufen Empire, 1216-1272 (Benoît Grévin)

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Bjorn Weiler, Henry III of England and the Staufen Empire, 1216–1272

Francia-Recensio 2008/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Bjorn Weiler, Henry III of England and the Staufen Empire, 1216–1272, London (Royal Historical Society) 2005, 247 p., ISBN 0-86193-280-3, GBP 45,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Benoît Grévin, Bourg-la-Reine

À l’heure où les découvertes exceptionnelles consécutives à l’examen du manuscrit 400 de la bibliothèque universitaire d’Innsbruck remettent en question une partie non négligeable de nos connaissances sur les activités diplomatiques des Staufen, et en particulier de Conrad IV, B. Weiler livre, à partir de la documentation déjà connue, une synthèse ambitieuse sur un des aspects les plus importants de l’histoire des »relations internationales« (le terme est évidemment une approximation, et l’auteur explicite lui-même en introduction ce que pouvait être l’équivalent des »foreign policies« dans le contexte du XIIIe siècle européen) à l’époque de saint Louis. Les relations entre l’Angleterre d’Henri III, roi de 1216 à 1272, et l’»empire des Staufen«, entendu comme l’ensemble des territoires sur lesquels les derniers souverains souabes, Frédéric II (mort en 1250) et ses successeurs Conrad IV et Manfred, prétendaient exercer leur suzeraineté, sont loin d’être un sujet anecdotique, comme une étude ancienne d’Ernst Kantorowicz l’avait déjà révélé. On peut même dire que le problème »anglais«, avant et après la mort de Frédéric II, représente l’envers du tout aussi complexe dossier des relations entre Capétiens et Staufen pendant la même période, et que l’un ne se comprend pas sans l’autre. Il s’agit pour le souverain anglais, avant 1250, d’établir des liens avec Frédéric II qui ménagent à la fois les possibilités d’accroître des échanges commerciaux vitaux avec les Pays-bas, la Saxe et la Rhénanie, d’obtenir un appui politique pour une reconquête sans cesse espérée de l’héritage continental des Plantagenêt, partiellement confisqué par Philippe Auguste et Louis VIII, enfin de promouvoir une politique d’expansion d’une influence non négligeable dans l’espace du royaume de Bourgogne. Après 1250, et surtout après la mort de Conrad IV, Henri III et son frère Richard de Cornouailles sont amenés à concrétiser de manière spectaculaire les ambitions peu à peu révélées, en revendiquant l’empire pour Richard et la couronne de Sicile pour le fils puîné d’Henri, Edmond. À l’échec sicilien, qui laisse libre cours aux ambitions de Charles d’Anjou, s’oppose le succès relatif du règne de Richard de Cornouailles, récemment revalorisé dans ses divers aspects. Richard et Henri mourant la même année, 1272, alors que le problème Staufen a été définitivement réglé en 1268–1270 (mort de Conradin, expédition avortée de Frédéric de Misnie), cette césure dynastique n’a rien d’artificiel pour un tel sujet. L’expérience d’expansion de l’influence anglaise par la recherche de l’alliance puis de la substitution aux Staufen, perpétuellement contrariée par les troubles insulaires vers la fin du règne et par l’efficacité majeure du rival capétien, forme donc un sujet de recherche à la fois cohérent et particulièrement bien choisi pour proposer un essai de synthèse sur les relations politiques »internationales« entre souverains des États laïcs en cours de structuration au XIIIe siècle dans l’Occident latin. Le découpage chronologique selon une logique anglaise permet de plus d’éviter un des écueils majeurs des essais sur les Staufen, trop souvent limités au règne de Frédéric II, sans tenir compte de la continuité des problèmes historiques pendant les règnes de Conrad et de Manfred.

À ce choix de sujet particulièrement heureux, correspond un plan de l’essai en trois parties chronologiques (»Part I The legacy of Bouvines, 1216–1235«, p. 19–67); (»Part II Great expectations 1235–1250«, p. 71–130); (»Part III From Staufen to Plantagenet? 1250–1272«, p. 133–208) qui accompagnent une démonstration fluide, où l’analyse de l’évolution des relations diplomatiques n’apparaît jamais désincarnée ou conservatrice. L’histoire économique et sociale vient toujours à l’appui de l’analyse proprement politique pour replacer les discussions événementielles dans leur contexte général. La tendance à revaloriser les méthodes et les résultats de la diplomatie d’Henri III, généralement malmenée par les historiens, est bien présente, mais n’apparaît néanmoins pas trop mécanique. Il s’agit ici de prendre une perspective originale pour discuter à partir de la cour d’Angleterre le problème des »relations internationales« et de la diplomatie comme instrument politique au XIIIe siècle, non d’opérer un renversement de perspective que le bilan médiocre du règne d’Henri III ne justifierait pas. Une réflexion judicieuse sur l’incidence – majeure – d’exigences idéologiques typiques du XIIIe siècle, comme la volonté de croisade, sur la diplomatie internationale, donne également lieu, tout au long de l’essai, à des développements très pertinents. On peut donc dire que l’essai de B. Weiler remplit bien l’objectif qu’il s’était fixé, et qu’il comble heureusement un vide historiographique. On n’omettra pas néanmoins de signaler quelques points gênants relevés au fil de la lecture. Le premier est représenté par la carte proposée p. XII, et qui est pour le moins approximative. L’Émilie, estropiée en Emlia, est indiquée entre Parme et Pise; le duché de Spolète entre Pérouse et Sutri; le duché de Bavière entre Salzburg et Passau: un certain nombre des noms sur la carte se trouvent à moitié en dehors des régions concernées, en de petits décalages peu gênants en théorie, mais qui brouillent la lecture d’ensemble. Sans doute l’auteur n’est-il pas responsable de la mise au point.

En revanche, on est un peu étonné d’apprendre en introduction (p. 6) que Frédéric naquit en 1194 dans le royaume de Sicile (ô Iesi!). Plus grave, le lecteur familiarisé avec les divisions politiques du sud de la France actuelle a l’impression persistante qu’il existe une confusion latente dans l’esprit de l’auteur entre la province de Languedoc, dans le royaume de France, et la Provence, en Empire. Il semble p. 77, p. 89, p. 107, que l’auteur utilise le terme de Languedoc pour parler d’un ensemble qui excède le Languedoc proprement dit, à l’ouest du Rhône et englobe tout (Avignon et dépendances?) ou partie de la Provence, comme si le Languedoc se confondait avec la zone occitanophone. Au moins cette impression récurrente indique-t-elle qu’il aurait fallu souligner plus fortement les limites institutionnelles entre le Languedoc proprement dit, dans le royaume de France, où l’on ne peut parler de l’influence de Frédéric comme il le fait p. 77 que de manière bien indirecte, et la Provence, où l’influence très réelle des Capétiens n’empêche pas que l’autorité suprême reste l’empereur. Sans parler d’erreur ou d’approximation, on peut également s’étonner que, dans un livre tendant à revaloriser la diplomatie des Plantagenêt, le traité de Paris de 1259 soit présenté comme un renoncement global à la volonté anglaise d’obtenir des récupérations dans le royaume de France, alors même que la volonté de compromis de Louis IX, traduite par la reconnaissance de la suzeraineté anglaise sur le Quercy, le Périgord et le Limousin, avec la restitution de nombreuses places, avait été ressentie comme un recul dangereux par une partie de la noblesse française, l’Aquitaine anglaise se trouvant dès lors considérablement étendue.

Enfin, on indiquera à titre d’information l’existence du livre de Marco Venditelli »In partibus Anglie. Cittadini romani alla corte inglese nel Duecento: la vicenda di Pietro Saraceno« (Col. La corte dei papi, Viella 2001), centré sur le Petrus Saracenus dont il est ici question p. 84–205. Il s’agit d’un marchand romain, qui s’est retrouvé bien malgré lui au cœur d’un incident diplomatique particulièrement révélateur du contexte socio-économique des échanges diplomatiques entre Angleterre, Empire et papauté au XIIIe siècle. Ces quelques remarques enlèvent peu à la valeur d’ensemble du livre. Il faudra attendre la publication des nouvelles lettres de Frédéric et Conrad pour savoir jusqu’à quel point l’histoire des relations des derniers Souabes avec les cours européennes doit être réécrite, mais même en supposant quelques changements d’importance, l’essai de B. Weiler n’en reste pas moins bienvenu.

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B. K. U. Weiler: Henry III of England and the Staufen Empire, 1216-1272 (Benoît Grévin)
In: Francia-Recensio, 2008-4, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 09, 2012 03:54 PM
Zugriff vom: May 24, 2012