K.-G. Schon: Die Capitula Angilramni (Pierre Toubert)
Karl-Georg Schon, Die Capitula Angilramni.
Eine prozeßrechtliche Fälschung Pseudoisidors, Hannover (Hahnsche
Buchhandlung) 2006, XX–198 p. (Monumenta Germaniae Historica.
Studien und Texte, 39), ISBN 3-7752-5739-X, EUR 30,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Pierre Toubert, Paris
On sait que les Capitula Angilramni (ci-après: CA) forment une petite collection canonique que la tradition textuelle a ordonnée en 71 chapitres. Présentés par leur(s) auteur(s) comme une anthologie de canons conciliaires consignée par le pape Hadrien Ier à l’intention de l’évêque de Metz Angilramne lors d’un séjour de ce dernier à Rome sui negotii causa, les CA sont depuis longtemps reconnus comme une production indiscutable des ateliers isidoriens. À ce titre, ils ont été publiés, en appendice à son édition des »Fausses Décrétales« par Hinschius (p. 757–769). Les insuffisances du travail d’Hinschius, malgré tous ses mérites, sont notoires et renforcées par la découverte de nouveaux manuscrits du corpus pseudo-isidorien depuis 1863. Dès 1915 d’autre part, Emil Seckel avait démontré contre Hinschius la priorité certaine des CA sur les »Faux Capitulaires« de Benoît Diacre1. Tout milite en faveur de la priorité des CA justement définis par Seckel comme un petit traité de procédure pénale élaboré vers 848–851 destiné à contrôler, selon les tendances isidoriennes bien connues, les actes d’accusation et les actions procédurales intentées aux évêques. Étroitement liés par la fortune de leur tradition manuscrite aux »Fausses Décrétales«, les CA constituent une pièce non négligeable sur l’échiquier idéologique isidorien. Leur intérêt, en l’espèce, est principalement dû à leur grande cohérence thématique. Dans le dispositif d’auctoritates canoniques mis en place par l’atelier isidorien, ils sont en effet destinés à remplir une case stratégique: celle de la garantie procédurale des droits de l’épiscopat contre toute attaque visant à remettre en cause leur statut juridictionnel, dans un contexte avéré de montée des aspirations à un contrôle métropolitain sur les évêques suffragants. C’est ce contexte qui en explique l’utilisation faite, si l’on peut dire à chaud, par Hincmar de Laon dans la controverse qui l’a opposé à son oncle Hincmar de Reims, aujourd’hui accessible dans la remarquable édition de R. Schieffer (M.G.H., Concilia 4, Suppl. II, 2003). D’autre part, les collections canoniques du XIe siècle, »ayant subi l’influence grégorienne«, pour reprendre la prudente expression de Paul Fournier, ont fait des emprunts marqués aux CA. Ces derniers sont également décelables dans les collections de la première moitié du XIIe siècle jusqu’à leur large réception dans le Décret. Il est clair enfin qu’à partir de leur réception dans la »Collection en 74 titres«, les CA, assez loin de leur contexte isidorien, ont servi à la fois à garantir le pouvoir épiscopal et à illustrer les liens spéciaux de l’épiscopat avec la papauté.
La remarquable édition que vient de procurer K.-G. Schon se signale ainsi par des mérites divers. Fondée sur une analyse critique très attentive de la tradition manuscrite largement exposée dans l’introduction (p. 9–43), elle repose sur le dépouillement de 64 manuscrits répartis en trois classes. L’édition critique elle-même (p. 93–166) nous offre non seulement l’état de la tradition mais celui des sources et de la place de chaque chapitre dans les diverses collections qui ont assuré la réception et la transmission des CA. Suivant une heureuse initiative, l’éditeur n’a pas reculé devant la tâche délicate de nous offrir en outre une traduction (p. 167–178) des 51/20 chapitres des CA. L’édition s’accompagne d’un inventaire des sources (y compris les »Parallelfälschungen«) et un index bien conçu des mots-clés dû à Veronika Lukas (p. 189–198). On aura compris par ce bref compte rendu que la présente édition des CA comble les attentes du lecteur le plus exigeant. Son mérite majeur tient évidemment à la qualité du texte procuré et à l’impressionnante ordonnance de son apparat critique. Mais il est loin de se limiter à cela. L’enquête très poussée que l’éditeur a conduite dans le domaine de la réception des CA et de leur »Wirkungsgeschichte« du milieu du IXe siècle jusqu’au Décret ouvre en effet de riches perspectives de recherche sur l’histoire idéologique et sur les fonctionnalités successives assumées par les CA depuis l’effervescence des thèmes isidoriens à l’époque hincmarienne jusqu’à la consolidation des acquis réformateurs au XIIe siècle. Tout aussi précieuse est l’enquête minutieuse de l’éditeur sur la manière dont, de Burchard de Worms à Gratien, les CA ont été disséqués avant d’être réintégrés dans des collections canoniques à audience et à finalité d’ailleurs très diverses. C’est par de telles enquêtes en effet que nous pouvons pénétrer au cœur des méthodes de travail des canonistes des XIe–XIIe siècles. Voici, au total, un beau témoignage de la fécondité du »nouvel atelier isidorien«, celui qu’impulse de manière décisive l’œuvre et l’activité de Horst Fuhrmann.
1 Il y a lieu, sur ce point, de corriger la référence faite p. 5 n. 27 à la citation de Seckel. Il faut lire: »NA 40 (1915) S. 63« au lieu de »NA 40 (1916) S. 43«.

