D. Reitz: Die Kreuzzüge Ludwigs IX. von Frankreich 1248/1270 (Michel Balard)
Dirk Reitz, Die Kreuzzüge Ludwigs IX. von
Frankreich 1248/1270, Münster (LIT) 2005, 306 p. (Neue Aspekte der
Mittelalterforschung, 3),ISBN 3-8258-7068-5, EUR 29,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Michel Balard, Sucy-en-Brie
Peut-on encore écrire des choses neuves sur les croisades de saint Louis, alors que tant de travaux historiques leur ont été consacrés, en particulier au cours des dernières décennies: les livres de William Chester Jordan (»Louis IX and the Challenge of the Crusade«, Princeton 1979), de Jean Richard (»Saint Louis, roi d’une France féodale, soutien de la Terre sainte«, Paris 1983) et de Jacques Le Goff (»Saint Louis«, Paris 1996)? Dirk Reitz s’y essaie en un ouvrage issu d’une Dissertation soutenue en 2004 devant l’université technique de Darmstadt, en remarquant qu’en langue allemande aucune synthèse n’avait été écrite sur le sujet.
L’auteur présente d’abord les sources bien connues, de Guillaume de Saint Pathus à Jean de Joinville, puis brièvement l’historiographie de la question. Il brosse ensuite un tableau du royaume de France, en s’efforçant d’analyser la personnalité du roi et sa vision du monde, marquée par sa profonde dévotion. L’ouvrage comporte ensuite un long chapitre sur la croisade d’Égypte (1244–1254), éclairée par un tableau politique de l’Occident, où défilent successivement l’Angleterre, l’empire de Frédéric II, l’Église romaine, les républiques maritimes italiennes, l’Égypte ayyubide, Byzance et les Mongols. Puis l’auteur passe aux préparatifs de la croisade, avec de bons développements sur les finances du royaume et le coût de l’expédition, la construction d’Aigues-Mortes, les transports maritimes et l’évaluation des troupes mises en œuvre. À chaque fois sont rappelées les hypothèses émises par les prédécesseurs de l’auteur qui détermine avec sûreté les prélèvements sur les Juifs, les villes et l’Église du royaume, pour s’arrêter à un coût total de 1.537.570 livres tournois dépensées en neuf ans. Le récit de l’expédition fait une large place à la bataille de Mansurah, décrite à partir des sources occidentales et arabes, puis au séjour du roi à Acre.
Après quatre pages dédiées à l’action du roi entre ses deux croisades, l’auteur consacre la dernière partie de son ouvrage à l’expédition de Tunis, précédée par un excursus sur les poèmes de Rutebeuf. Il montre les objectifs opposés du roi et de son frère, Charles d’Anjou, Tunis constituant un moyen terme entre des politiques contradictoires. Menant son propos jusqu’à la canonisation de saint Louis, l’auteur s’efforce de replacer les deux expéditions royales dans le mouvement général des croisades: comment se peut-il que des campagnes si bien préparées et solidement financées aient abouti à deux désastres successifs? Le sens politique et la compétence militaire du roi n’étaient sans doute pas aussi développés que sa dévotion.
L’ouvrage repose sur une bonne connaissance des sources et des travaux antérieurs. Il est malheureusement entaché de trop nombreuses coquilles et erreurs, dans les textes latins cités en notes (p. 30, 62, 87, 108) et surtout dans les extraits en français de Joinville, empruntés à l’édition de Jacques Monfrin (p. 16, 17, 29, 32, 52, 73, 77, 101, 105, 139, 149, 152, 156, 157, 160, 161, 163, 171, 175, 209, etc.). Il manque une ligne dans un texte de Joinville rendu incompréhensible (p. 159). Des références sont estropiées: p. 179 H. Bres pour H. Bresc, p. 208 D. Jacob pour D. Jacoby, p. 220 Trabut-Crussac pour Trabut-Cussac par exemple. Les douze cartes données en appendice, à la suite de tableaux généalogiques et chronologiques, sont peu lisibles car trop petites et mal indiquées (p. 144 la note 549 doit renvoyer à la carte 11 et non pas à la carte 12). Des références bibliographiques comportent des erreurs: le livre de Jean Richard sur saint Louis est paru en 1983 et non en 1998. On ne peut appeler »Sept centenaires« (p. 188 et 191) l’ouvrage collectif issu des colloques de Royaumont et de Paris intitulé »Septième centenaire de la mort de Saint Louis«. Donner en note par ordre alphabétique, et non par ordre chronologique de parution, les ouvrages sur la guerre au Moyen Âge (p. 115) est maladroit.Bref un sérieux toilettage s’impose pour que le livre de D. Reitz devienne la référence scientifique en langue allemande sur les croisades de saint Louis.
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