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Ph. Racinet (Hg.): Archéologie et histoire d'un prieuré bénédictin en Beauce (Willy Steurs)

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Archéologie et histoire d’un prieuré bénédictin en Beauce: Nottonville (Eure-et-Loir), Xe–XVIIe siècles, sous la dir. de Philippe Racinet

Francia-Recensio 2008/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Archéologie et histoire d’un prieuré bénédictin en Beauce: Nottonville (Eure-et-Loir), Xe–XVIIe siècles, sous la dir. de Philippe Racinet, Paris (Éditions du CTHS), 2006, 503 p. (Archéologie et histoire de l’art, 21), ISBN 2-7355-0569-3, EUR 40,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Willy Steurs, Bruxelles

Le présent livre est le fruit d’une formidable enquête pluridisciplinaire commencée en 1988 par le Service Régional de l’Archéologie du Centre sur le site castral et prioral du Bois de Nottonville et qui fut élargie ensuite à tout le village. Nottonville est aujourd’hui une commune de moins de trois cents habitants située aux confins sud-ouest de la Beauce céréalière. Elle s’inscrit dans un paysage humanisé de longue date. Son territoire garde les traces de sites néolithiques, d’implantations gauloises et de villae gallo-romaines des Ier et IIe siècles, qui subsistent durant l’Antiquité tardive. Pendant le haut Moyen Âge, des noyaux de peuplement mérovingiens et carolingiens se sont établis le long des anciennes voies romaines et de la rivière Conie, affluent du Loir, qui traverse le finage. Vers 950–1000, le terroir semble déjà divisé en deux grandes sections: une première, la réserve domaniale, exploitée à partir d’une curtis probablement fortifiée située au lieu-dit Le Bois; une seconde, fractionnée en exploitations paysannes, associée au village de Nottonville, siège de la paroisse, que l’on appelle aujourd’hui le Bourg. Fin Xe–début XIe siècle, les comtes de Chartres construisent au Bois une motte fortifiée pour surveiller leur réseau de grands chemins qui franchissent la Conie à l’endroit d’un gué situé à quelques centaines de mètres du Bourg. Fin XIe, le site castral apparaît comme un centre de pouvoir politique et militaire placé sous la domination des vicomtes de Chartres et il le reste au siècle suivant. Vers 1150, il est agrandi par la construction d’une tour flanquée d’un logis rectangulaire de type hall. Important centre de commandement, Nottonville occupe une position particulière dans la hiérarchie des terroirs dépendant de la vicomté chartraine. Il est le chef-lieu de la région environnante et le lieu des épreuves judiciaires. Fin XIe, les vicomtes de Chartres ont cédé une partie des terres et revenus de Nottonville à l’abbaye bénédictine de Marmoutier, qui a créé sur place un centre de gestion des domaines concédés. Les chartes parlent d’une simple domus située dans l’espace castral, où un prieur et les quelques moines qui l’assistaient, menaient une vie religieuse tout en assumant les tâches de surveillance qui s’imposaient. Le prieuré ne deviendra jamais un établissement monastique proprement dit, mais dès le XIIe siècle il a conquis son autonomie et il administre une importante seigneurie ecclésiastique qui achève de se constituer au XIIIe siècle. Son assise temporelle est composée des taxes et des services dus par les habitants du village sur leur personne et sur leurs biens, du bois de Nottonville où se développe un nouveau centre de peuplement, de la moitié des moulins établis sur la Conie, d’une bonne partie des revenus de l’église et des dîmes. D’autre part, les religieux contribuent avec les propriétaires laïques (les familles comtale et vicomtale, ainsi que la noblesse locale) à une réorganisation en profondeur du terroir. Ils s’imposent comme partenaires dans des entreprises de défrichement, la création de nouveaux villages ou hameaux, l’aménagement des cours d’eau en vue de leur utilisation et la construction de nouveaux moulins qui doublent les capacités de mouture. Croissance démographique et expansion agricole vont alors de pair. La céréaliculture, le vignoble le plus important du plateau beauceron, l’exploitation des bois et l’élevage font la richesse de Nottonville.

Entre 1219 et 1225, les moines profitent des difficiles successions comtale et vicomtale pour absorber le château, s’imposer à la noblesse locale et agrandir leur domaine. Avec l’aval du roi de France, ils deviennent les principaux seigneurs sur le territoire de Nottonville.

Au XIVe siècle, la conjoncture se retourne et l’abbaye de Marmoutier doit faire face à une diminution importante de ses ressources provoquée par la stagnation de l’économie qui affecte le diocèse de Chartres. Pour assurer une meilleure perception de ses revenus, elle réorganise sa gestion et ses domaines. Le prieuré de Nottonville est rattaché à la mense abbatiale et sa compétence est étendue à d’autres possessions de Marmoutier dans l’ancienne vicomté de Chartres. Mais la guerre de Cent Ans, les ravages de la peste et autres catastrophes ralentissent pendant près d’un siècle cette entreprise de réorganisation domaniale. Relativement épargné au XIVe siècle, le territoire de Nottonville se trouve davantage touché par les troubles dans la première moitié du XVe siècle, avec pour conséquences la ruine et l’abandon de villages, une chute démographique et un recul des terres cultivées. Après les troubles, la reconstruction économique s’appuie sur une transformation du mode de gestion de la mense abbatiale: l’institution priorale est abandonnée au profit d’une administration seigneuriale de type laïque, nommée dans les textes »la châtellenie du Bois«, qui encadre toute une série de seigneuries relevant de l’abbé dans la Beauce chartraine. La remise en ordre du domaine commence par une restauration des censives. Pour chacune des seigneuries constituant la nouvelle châtellenie de nouveaux terriers sont établis dans le but de mieux éclairer les droits de l’abbaye. La réalisation de ces terriers s’accompagne de réacensements qui aboutissent à une extension notable de la propriété paysanne, mais il n’est pas procédé à des remembrements et le terroir reste très morcelé. Cependant, les labours reprennent, le vignoble est restauré, les cours d’eau sont curés et les prés assainis, les villages et les moulins sont reconstruits. D’autre part, les fermes ou »métairies« de l’abbé sont relevées de leurs ruines et agrandies par de nouvelles acquisitions de terres. Fin XVe–début XVIe, la paix et la prospérité retrouvées, le site castral est réaménagé pour affirmer l’autorité châtelaine de l’ancien prieuré. On construit une enceinte munie d’une porte monumentale, un nouveau logis, un vaste grenier-entrepôt et un colombier.

L’ensemble se présente aujourd’hui comme un hexagone imparfait d’un peu plus d’un demi-hectare défiguré par les hangars modernes et autres appentis des propriétaires actuels. Alentour, les cultures de maïs et de légumineuses ont largement remplacé les champs de céréales. Le vignoble a succombé depuis longtemps au phylloxéra. Le grand bois de Nottonville ne subsiste plus qu’à l’état de témoin sur les terres les plus pauvres alors qu’il représentait l’une des grandes richesses économiques du terroir médiéval. La vallée de la Conie et de ses affluents, qui donnaient la force motrice aux moulins, a été remblayée par des alluvions tourbeux qui l’ont transformée en marécage. L’essentiel du décor ancien a disparu.

Au terme de cette analyse, on ne peut qu’applaudir à la qualité du travail accompli par la quarantaine de chercheurs associés à l’entreprise. Ils ont réussi à faire resurgir du passé un terroir médiéval avec son château et à réunir des informations substantielles sur la vie matérielle de ses habitants. Des études céramologiques et archéozoologiques accompagnent l’ouvrage, ainsi que des catalogues du mobilier en verre, du mobilier métallique et des monnaies. De ces cinq annexes, celle qui porte sur l’analyse des restes animaux de Nottonville mérite une mention spéciale. Elle livre une foule d’indications précieuses sur les activités d’élevage du prieuré, sur son approvisionnement en poisson et sur la faune sauvage de la région. Elle jette aussi une lumière réaliste sur les habitudes alimentaires des occupants du site, leur manque d’hygiène et les pathologies sévères dont ils souffraient. L’envers du décor, en quelque sorte.

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