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Ch. Lutter: Geschlecht & Wissen, Norm & Praxis, Lesen & Schreiben (Michel Parisse)

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Christina Lutter, Geschlecht und Wissen, Norm und Praxis, Lesen und Schreiben. Monastische Reformgemeinschaften im 12. Jahrhundert

Francia-Recensio 2008/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Christina Lutter, Geschlecht und Wissen, Norm und Praxis, Lesen und Schreiben. Monastische Reformgemeinschaften im 12. Jahrhundert, Munich (Oldenbourg) 2005, X–338 p. (Veröffentlichungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung, 43), ISBN 3-486-57823-5, EUR 49,80.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michel Parisse, Paris

L’abbaye d’hommes d’Admont fut fondée en Styrie (Bavière), dans la vallée de l’Enns, vers 1070; en 1074, elle est consacrée par l’archevêque Gebhard de Salzbourg et participe au grand élan réformateur animé par Hirsau. Elle s’enrichit vers 1100 d’une communauté de religieuses et devient de la sorte une abbaye double placée sous la direction d’un abbé, tandis que les femmes obéissent à une magistra, soumise à l’abbé. Le XIIe siècle est une grande période d’actitivité dans tous les domaines de cette abbaye caractérisée par son Admonter religio. Ce sont les femmes qui font l’objet de l’étude présente, notamment dans sa deuxième partie où l’on nous présente leur vie quotidienne: clôture, écriture, pastorale, vie spirituelle. Le livre repose sur une exploitation fine des sources où les femmes sont présentes ou représentées, et dont une partie est inédite. Il faut faire une place particulière au récit que fait l’abbé Irimbert de l’incendie qui a à demi ruiné l’abbaye dans la nuit du 10 au 11 mars 1152 et qui lui offre l’occasion de mentionner bien des détails de la vie religieuse des dames, ce dont les textes sont en général assez chiches. Le texte en est donné intégralement aux p. 222–225. Un miracle, le changement de sens du vent, a sauvegardé le bâtiment des sœurs, et ce récit est l’occasion de mentionner certaines dispositions de ce monastère double. Le second texte donné en annexe, aux p. 226–229, est la Vie d’une magistra (supérieure) de la communauté de femmes. Il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’une Vita d’Admont, si l’on en croit les »Analecta bollandiana« de 1893. Pour l’analyse de la vie et de la pensée des nonnes, cette Vie est d’une importance capitale et son exploitation en est faite avec beaucoup de soin. Naturellement la question est posée de la confiance qu’on peut accorder à un tel texte; n’est-il pas surtout destiné à l’édification? et, dans ce cas, il convient de distinguer le réel et le virtuel. Mêmes questions à propos d’autres sources, présentées et exploitées: une lettre de Gerhoh de Reichersberg »à une religieuse inconnue pour l’Assomption de Marie« (p. 230–234), deux récits inédits tirés d’un manuscrit d’Admont et mettant en scène une moniale lubrique et une moniale sotte (p. 235–237). Ce n’est pas tout car il y a toutes les sources déjà éditées et maintes fois exploitées. S’il reste peu d’actes diplomatiques, on retiendra en revanche les traditions, qui remplacent heureusement les chartes perdues. Outre la Vita déjà mentionnée, il existe un ensemble de Miracles, un recueil de correspondance (»Admonter Briefe«) d’une réelle importance et souvent interrogé par les historiens. Enfin la bibliothèque d’Admont contenait de nombreux manuscrits, souvent richement enluminés. Seize reproductions en couleurs aiguisent l’appêtit. On voit notamment l’image de nonnes discrétement glissées dans une initiale. La qualité de l’écriture de ces manuscrits du XIIe siècle est remarquable. C’est de cet atelier qu’est sorti un grand légendier bien connu des hagiographes. On réservera un sort particulier à un bréviaire »matutinale« dont l’illustration fait une large place aux dames.

Le livre se compose de quatre parties: la première disserte de la question des femmes, des religieuses et de leur histoire; la deuxième se penche sur l’exemple d’Admont, »eine Fallstudie«, mais de façon assez allusive, même quand il s’agit du recrutement dans la haute noblesse bavaroise.

Les deux dernières parties reviennent sur les religieuses, selon des thèmes abordés dans d’autres ouvrages, notamment anglo-saxons: les femmes fortes, les pécheresses, les nonnes savantes, les fiancées du Christ, les réseaux spirituels et sociaux. À la faveur de tel ou tel développement, des points importants sont abordés, tels que la cura monialium ou la pratique de l’écrit. D’emblée C. Lutter insiste sur le rôle de dames, de noble origine, instruites et scribes. Dans ce domaine on doit sans doute supposer beaucoup. Admont était un monastère double, on le voit bien dans le récit d’Irimbert. Est-il possible, voire souhaitable de se consacrer à une moitié du monastère et de négliger les hommes? Dans le seul cas du scriptorium, sait-on quelle est la part des hommes et celle des femmes? La question de la charge d’âmes est abordée dans une lettre de Gerhoh; comment cela pouvait-il se poser dans une abbaye double? La base de la recherche et de l’analyse est ici la communauté des religieuses d’Admont, qui représente un cas pour l’étude générale que désigne le double titre, et non pas un sujet en lui-même, comme on l’a dit déjà: »Sexe et savoir, norme et pratique, lire et écrire. Communautés monastiques réformées au XIIe siècle«: il y a donc place pour de nombreuses comparaisons à chaque étude; ainsi trouve-t-on la Vie de Gertrude à côté de celle de la magistra, et les trois H: Héloïse, Herrad (voir à l’index: Hortus deliciarum) et naturellement Hildegarde. D’emblée on comprend que l’analyse du cas d’Admont est l’occasion de mettre en avant l’existence des nonnes savantes, qui ont enseigné et écrit (aux deux sens du terme). Faut-il encore aujourd’hui penser qu’il est toujours nécessaire de lutter contre des historiens ignorants de l’activité médiévale des femmes? Si l’en était ainsi, cela voudrait dire que les nombreuses études consacrées aux religieuses n’ont servi à rien (ex. C. Bynum, P. Johnson, B. Venarde, etc.). À partir de là, il faut renoncer à se battre contre des sots. Il faut considérer que l’affaire est réglée, et qu’il est inutile d’inventer de nouvelles manières d’écrire telles que »FreundInnen« et »KollegInnen«. Ce livre apporte sa pierre à l’édifice bibliographique des religieuses. Il convient de le garder sous la main et de le consulter souvent.

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Ch. Lutter: Geschlecht & Wissen, Norm & Praxis, Lesen & Schreiben (Michel Parisse)
In: Francia-Recensio, 2008-4, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 13, 2012 12:02 PM
Zugriff vom: May 24, 2012