W. Hartmann (Hg.): Das Sendhandbuch des Regino von Prüm (Geneviève Bührer-Thierry)
Das Sendhandbuch des Regino von Prüm. Unter
Benutzung der Edition von F.W.H. Wasserschleben, hg. und übersetzt
von Wilfried Hartmann, Darmstadt (Wissenschaftliche Buchgesellschaft)
2004, 483 p. (Ausgewählte Quellen zur deutschen Geschichte des
Mittelalters. Freiherr vom Stein-Gedächtnisausgabe, 42), ISBN
3-534-14341-8, EUR 99,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Geneviève Bührer-Thierry,
Bois-Colombes
Réginon de Prüm a rédigé au début du Xe siècle une compilation des textes canoniques permettant aux évêques de rendre la justice dans le cadre de leurs visites diocésaines, connu en français sous le titre de »Livres des causes synodales«. On y trouve à la fois les préceptes concernant la discipline ecclésiastique et la vie de l’Église, mais surtout les règles relatives aux délits commis par les laïques en matière de vie sexuelle, de mariage, de meurtre et de vol. L’œuvre se compose de deux livres, le premier s’adressant essentiellement aux clercs, le second aux laïques.
De Réginon lui-même, on ne sait pas grand-chose: abbé de Prüm de 892 à 899, il est ensuite chassé de l’abbaye de l’Eifel et se réfugie à Trèves, où l’archevêque Ratbod lui confie la direction du monastère Saint-Martin, détruit par les Normands. C’est entre 899 et 915, date de sa mort, que Réginon a composé ses trois œuvres principales: un ouvrage de théorie de la musique, connu par un seul manuscrit, une chronique universelle dédiée à l’évêque Adalbéron d’Augsbourg, enfin la compilation de textes canoniques qui s’intitule dans la plupart des manuscrits: »Libellus de ecclesiasticis disciplinis et religione Christiana«, mais popularisée par son premier éditeur en 1840 sous le titre: »Libri duo de synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis«.
Dans la préface conservée dans quelques manuscrits, Réginon dédie son œuvre à l’archevêque Hatton de Mayence (891–913), un des personnages politiques les plus importants du règne de Louis l’Enfant, et il explique qu’il a rédigé cette compilation à la demande de l’archevêque de Trèves, pour l’aider à accomplir son devoir de visite pastorale: on trouve en effet un véritable questionnaire au début de chaque livre, permettant à l’évêque de mener l’enquête (au sens propre, c’est-à-dire l’inquisitio) auprès des clercs et des laïques. Suivent ensuite plus de 400 chapitres dans chaque livre, constitués de canons de conciles, pénitentiels, capitulaires carolingiens, lettres pontificales, capitulaires épiscopaux, écrits des pères de l’Église, règles monastiques et préceptes de droit romain. Si la forme n’est pas nouvelle, la particularité de la compilation de Réginon est de comporter un grand nombre de textes issus de la législation la plus récente: la législation d’époque carolingienne occupe ainsi un bon tiers de l’œuvre, soit plus de 300 chapitres, parmi lesquels on trouve de nombreux canons des conciles carolingiens des dernières décennies du IXe siècle, comme le concile de Tribur (895) par exemple.
Si on en juge par les manuscrits conservés, l’œuvre de Réginon a été assez largement répandue au Xe et XIe siècle, mais c’est surtout grâce à Bouchard de Worms qu’elle s’est perpétuée, dans la mesure où 600 chapitres environ du »Décret«, qui en compte 909, proviennent de l’œuvre de Réginon. Et comme le »Décret« de Bouchard, dont il nous reste encore plus de 80 manuscrits des XIe–XIIIe siècles, a été une compilation canonique qui a exercé une influence prépondérante jusqu'au »Décret« de Gratien, on peut dire que la collection de Réginon a continué de pénétrer les principes et les pratiques de la discipline ecclésiastique assez largement jusqu’à la fin du XIIe siècle au moins.
Wilfried Hartmann nous offre ici une version bilingue de l’œuvre de Réginon : l’édition latine s’appuie sur le texte donné par Wasserschleben en 1840, complétée par la collation d’un nouveau manuscrit du XIIe siècle, et amendée quant aux fautes d’impression. En outre, tous les textes sont identifiés, avec renvoi aux éditions les plus récentes. Elle s’accompagne d’une version en allemand, soit la première traduction de cette œuvre de Réginon dans une langue moderne, et d’une bibliographie qui ne saurait être exhaustive sur un pareil sujet, mais qui donne de bonnes pistes de réflexion et qui est complétée par un ensemble de notes de bas de page pour éclairer les points particuliers. Un index des principales matières soulevées par la compilation est également disponible, mais il n’y a pas d’index des textes originels, ce qui aurait sans doute rendu un grand service.
On dispose donc là d’un excellent instrument de travail, dont on regrettera seulement que l’auteur, en raison du nombre de pages imposé, ait dû renoncer non seulement aux appendices et autres index qu’il avait prévus, mais aussi à une partie du texte de Réginon lui-même: ainsi, 118 chapitres du premier livre et 51 chapitres du second – soit 169 chapitres dont on trouvera la liste à la fin de l’ouvrage – ont été supprimés de cette édition. W. Hartamnn explique dans sa préface qu’il a choisi de supprimer les chapitres dont le contenu se retrouve aussi dans d’autres, tout en étant bien conscient que la démarche »redondante« de Réginon fait partie de son intention d’étayer la loi de l’Église par des références nombreuses. Mais s’il est clair qu’on n’a pas donné ici les moyens matériels à l’éditeur scientifique de réaliser une nouvelle édition-traduction complète des »Livres synodaux« de Réginon, il faut quand même se réjouir de disposer d’une édition commode de cette compilation canonique fondamentale qui remplace très utilement l’édition de Wasserschleben.
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