J. Bertram: The Chrodegang Rules (Michel Parisse)
Jerome Bertram (ed.), The Chrodegang Rules.
The Rules for Common Life of the Secular Clergy from the Eighth and
Ninth Centuries. Critical Texts with Translations and Commentary,
Aldershot, Hampshire (Ashgate) 2005, X–293 p., ISBN 0-7546-5251-3,
GBP 55,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Michel Parisse, Paris
Le titre surprend: y a-t-il eu deux règles de saint Chrodegang, voire plusieurs? La réponse est donnée puisque une »longue règle« est une règle interpolée de saint Chrodegang (pseudo-Chrodegang). Le livre s’intéresse à trois règles destinées aux chanoines: celle de Chrodegang, connue de tous, l’institution de 816, enfin la »règle plus longue«. Le premier chapitre est une introduction à la vie canoniale, du VIIIe au XIe siècle. L’auteur remonte aux origines de la chrétienté pour suivre pas à pas l’évolution du chanoine et du canonicat, marquer la distinction avec les moines, avec notamment la question du célibat, celle de la propriété privée. Ces chanoines se sont vu attribuer trois règles citées plus haut, auxquelles le livre est consacré en trois phases identiques: présentation de la règle, texte latin critiqué, traduction. Au bout du compte, un index succinct renvoie aux personnages et aux mots importants. La règle de saint Chrodegang fut élaborée vers 750 et elle a connu un succès mitigé. On n’en a gardé que quatre manuscrits plus ou moins complets. Le manuscrit retenu ici est celui de Leyde (Vossianus latinus 94, fol. 8–16). Les deux éditions de référence sont de W. Schmitz (Hanovre 1889) et de Jean-Baptiste Pelt (»Études sur la cathédrale de Metz:la Liturgie«, t. 1, Metz 1937, p. 7–28). Le texte offert ici tient compte des variantes. En ce qui concerne le contenu, la meilleure étude faisant état des influences subies par Chrodegang, notamment dans ses emprunts à la règle de saint Benoît, est celle de Gabriel Hocquard (»Saint Chrodegang«, Metz 1966, p. 55–89). L’introduction à cette édition comprend un résumé de son contenu: humilité, office, occupations, discipline, nourriture, officiers, vêtements, moyens financiers, charité. D’emblée on doit émettre un regret: la traduction (p. 52–83) suit le texte (p. 27–51) au lieu de lui faire face, ce qui rend impossible la consultation simultanée du latin et du français. Une telle édition double n’aurait pas demandé beaucoup d’efforts, même s’il y avait ici ou là quelques notes en bas de page du côté latin, mais cela aurait facilité la réflexion sur le vocabulaire et la syntaxe. Le commentaire qui accompagne cette édition est minimal. À ce propos par exemple, on aurait attendu une observation sur la mention de Worms au dernier chapitre, en rapport avec les biens abondants que l’Église et les abbayes de Metz détenaient dans le pays de Worms. Dans l’histoire des chanoines, cette règle représente un progrès considérable et montre l’importance qu’ont eue les initiatives de Chrodegang dans la relance de l’église carolingienne.
L’Institutio canonicorum (IC) est bien connue: elle fait partie du groupe de textes fondateurs de la réforme de la vie religieuse initiée par Benoît d’Aniane avec l’appui ou sur la demande de Louis le Pieux en 816 (chanoines et chanoinesses) et 817 (moines). On dispose d’une excellente édition dans la série des MGH, Concilia. On ne dénombre pas moins de 73 manuscrits dont 16 du IXe siècle. L’IC comprend deux parties: la première est constituée de plus de cent chapitres contenant des extraits d’œuvres des Pères et autres auteurs: la seconde groupe 30 chapitres qui constituent véritablement une »règle des chanoines«. Ce partage en deux parties dans l’édition est à la fois logique et discutable: logique car les thèmes traités et la manière sont bien différents de l’une à l’autre, discutable car il conduit l’auteur à amputer son édition de tous les extraits des textes anciens. Ce choix est difficilement admissible, car les 114 chapitres initiaux font bien partie de l’IC et c’est bien hardi de les mettre à la trape. L’éditeur penserait-il que cette partie est sans intérêt, que Benoît d’Aniane en la concevant a divagué? Qu’on regarde de près: les extraits 3 à 9 concernant les lecteurs, les exorcistes, les acolytes, les sous-diacres, les diacres, les prêtres sacerdotes, et les prêtres presbiteri, ont été placés là pour servir de références et susciter la méditation: cela fait bien partie intégrante d’une règle de vie des chanoines. L’éditeur des MGH l’avait bien compris. C’est donc une erreur grave de procéder à cette amputation, même si elle est justifiée par le souci d’économiser du papier. Cela rappelle furieusement les éditions autrefois amputées des prologues, les Vies amputées de leurs miracles. Le contenu de l’IC est bien connu: on en retiendra surtout le chapitre (115) qui rappelait qu’on n’avait jamais interdit aux chanoines l’usage du lin, la consommation de viande, la possession de biens propres. Ces phrases allaient servir de justification à une réforme de la vie canoniale pour ceux qui jugeaient trop laxiste la vie canoniale. Il serait hors de propos de donner le contenu de cette institution bien connue et souvent citée.
Vient la »plus longue« règle (LR), datée des environs de 900 ou peu avant, originaire peut-être de Reims (archevêques Hincmar et Foulques). Est-ce une RC interpolée? Cette LR puise pour 40% dans la RC et pour 46% dans l’IC. On dispose de deux versions en 4 manuscrits, avec une version anglaise et une version lotharingienne. Les 86 chapitres reprennent donc les règles précédentes (les parties reprises sont imprimées en italique). Le contenu ne surprend pas, puisqu’il reprend les deux autres règles. Il est tout de même intéressant de considérer les éléments nouveaux comme les marques d’un esprit de réforme. On observera encore que l’amputation de l’IC des textes anciens ne permet pas de voir si la LG a bien repris ces textes fidèlement ou a intégré des variantes, puisque les chapitres correspondants de l’IC nous manquent. C’est bien là une raison supplémentaire de regretter le choix de l’auteur dénoncé plus haut. L’intérêt de ce livre est indéniable. C’est une chance de pouvoir disposer sous une forme maniable des trois textes, et, grâce à la traduction, de mieux saisir ou de discuter tel ou tel passage obscur. Tout de même on peut disserter sur le titre choisi. Peut-on mettre parmi les règles de Chrodegang le texte de Benoît d’Aniane? N’aurait-on pu ajouter à ces trois règles celle des chanoinesses, qui aurait utilement complété les trois autres et qui touche aussi le monde canonial. Les femmes pouvaient nous éclairer sur bien des points. Certes il aurait fallu là encore éliminer les longs premiers chapitres bourrés d’extraits des auteurs anciens, comme l’est celle des hommes: certes, mais l’étude de l’esprit des auteurs de ces deux institutions de 806 n’en aurait été que plus facile.
Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

