D. Hohrath, C. Rehm (Hg.): Zwischen Sonne und Halbmond (Jean Bérenger)
Zwischen Sonne und Halbmond. Der Türkenlouis
als Barockfürst und Feldherr. Begleitband zur Sonderausstellung vom
8. April bis zum 25. September 2005 im Wehrgeschichtlichen Museum
Schloss Rastatt, hg. von Daniel Hohrath und Christoph Rehm im Auftr.
der Vereinigung der Freunde des Wehrgeschichtlichen Museums Schloss
Rastatt, Rastatt (Vereinigung der Freunde des Wehrgeschichtlichen
Museums Schloss Rastatt) 2005, 260 p., ISBN 3-9810460-0-5, EUR
18,50.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Jean Bérenger, Paris
Cet ouvrage collectif est en fait le catalogue d’une exposition qui a été présentée au Musée d’Histoire militaire de Rastatt au pays de Bade en l’honneur du »Türkenlouis«, le margrave Ludwig Wilhelm von Baden-Baden (1657–1707). Il se divise en deux parties: d’une part une série d’études historiques consacrées au »Türkenlouis«, et à l’art militaire à la fin du XVIIe siècle d’autre part le catalogue très détaillé de l’exposition.
Le sous-titre de l’ouvrage »entre le soleil et le croissant« résume la carrière de ce prince d’Empire né à Paris à l’hôtel de Soissons – sa mère était une princesse de Savoie-Carignan. Il appartenait à la branche catholique de la maison de Bade et il était le cousin germain du prince Eugène de Savoie. Comme les princes lorrains il faisait partie des »princes étrangers« qui avaient une place particulière à la cour de France, où il n’a pourtant pas fait carrière bien qu’il fût le filleul de Louis XIV. En effet si sa mère refusa de rejoindre la modeste résidence de Baden-Baden, il fut élevé en Allemagne par son grand père le margrave régnant. Le »Türkenlouis« acquit la gloire en combattant les Turcs en Hongrie pendant dix ans de 1683 à 1693, en particulier en infligeant une retentissante défaite au grand vizir Mustapha Köprülü à Slankamen en 1691. Christian Greiner nous montre que le jeune Louis reçut l’éducation classique d’un prince allemand de son époque. Malgré la pauvreté relative de sa famille, il fit une Kavalierstour de 18 mois qui l’amena à l’académie de Besançon encore espagnole, puis à Rome où il fut l’hôte du résident impérial Plittersdorf. S’il succéda à son grand père en 1677 comme Margrave régnant, il entreprit une carrière militaire à la fin de la guerre de Hollande, qu’il commença tout naturellement comme officier général, sans passer par le rang ou même sans avoir exercé de commandement subalterne. Cette carrière fut évidemment favorisée à Vienne par la protection de son oncle le margrave Armand de Bade, qui succéda en 1681 à Montecuccoli comme président du Conseil de la Guerre, c’est-à-dire l’équivalent du secrétaire d’État à la guerre à Paris. En 1682, commence alors la première partie de la carrière militaire du »Türkenlouis«: officier général des Impériaux en Hongrie, placé sous les ordres du duc Charles V de Lorraine et Christophe Rehm nous montre comment »Türkenlouis«, entra bientôt en concurrence avec un autre prince d’Empire, Max Emmanuel de Bavière, gendre de l’empereur Léopold 1er. Le »Türkenlouis« fut l’élève de Montecuccoli et de Charles de Lorraine, il fut toujours un chef prudent, temporisateur, partisan de la défensive, parce qu’il savait que face aux Turcs toute fausse manœuvre serait sanctionnée par une sanglante défaite. Cela lui a valu un certain mépris de la part des historiens militaires contemporains, qui ont toujours minimisé son rôle et n’ont célébré que sa victoire de Slankamen.
En 1689, si la reprise des hostilités entre l’empereur et la France (guerre de la ligue d’Augsbourg) a privé l’armée de Hongrie d’une partie de ses moyens, elle lui a permis de donner sa pleine mesure comme commandant en chef des Impériaux contre les Turcs. Il a en effet succédé à Max Emmanuel de Bavière, parti combattre les Français dans l’Empire.
En 1693 il est à son tour muté sur le Rhin, pour prendre le commandement des Impériaux. Max Plassmann nous explique comment il inaugura la tactique des lignes fortifiées, afin d’empêcher les Français de ravager les territoires du Cercle de Souabe. Il occupa ce poste de maréchal d’Empire (Reichsmarschall) jusqu’à sa mort. Il s’entendait bien avec les autres princes et seigneurs du Cercle de Souabe dont il comprenait les angoisses et les intérêts (protéger leurs seigneuries et leurs sujets de l’invasion française) et il s’opposa à plusieurs reprises à Marlborough au cours de la guerre de la Succession d’Espagne. Après la prise de Landau, il assura par sa méthode peu glorieuse des tranchées et des lignes fortifiées une relative tranquillité à l’Allemagne du Sud, quitte à ne pas figurer au Panthéon des grands capitaines.
Trois études, une de Bernhard R. Kroener sur l’armée française au XVIIe siècle (il est expert en la matière), une autre de Roland Vetter sur Louvois et le haut commandement, une troisième de Karl Uwe Tapken sur l’armée ottomane nous placent au cœur des problèmes d’histoire militaire. Toute trois ont le mérite de bien poser certains problèmes. Bernhard Kroener montre que le passage du mousquet au fusil a été une opération lente et difficile, mais surtout que l’efficacité du feu au début du XVIIIe siècle était illusoire. La décision revenait encore aux charges de cavalerie mais aussi aux attaques à la baïonnette, car on comptait beaucoup sur la furia francese pour emporter la décision. Roland Vetter nous rappelle que Louvois a voulu diriger les opérations, mais il met en évidence le rôle du marquis de Chamlay, espèce de chef d’état-major général que les travaux de jeunes chercheurs commencent à sortir de l’ombre. Enfin après nous avoir donné une description classique de l’armée ottomane, Karl Uwe Tapken nous rappelle que celle-ci était redoutable et qu’après avoir reçu des instructeurs européens (Français au XVIIIe siècle, Prussiens au XIXe siècle) elle a encore fait bonne figure pendant la Première Guerre mondiale.
Le catalogue de l’exposition, qui était répartie en neuf sections est d’une grande richesse documentaire, en particulier sur les guerres de Hongrie, qui, nous rappelle-t-on, n’ont fait l’objet d’aucune étude d’ensemble, les historiens s’intéressant surtout au siège de Vienne de 1683 et à la victoire du Prince Eugène à Zenta, qui mit fin au conflit et aboutit à la paix de Karlowitz (janvier 1699). L’exposition comportait de nombreux tableaux évoquant les combats , une série de grandes tapisseries de Bruxelles (4x6 mètres) évoquant l’art de la guerre, ainsi que de nombreuses armes d’époque y compris les redoutables arcs ottomans capables d’envoyer une flèche à 800 mètres. Il est inutile de préciser que le catalogue est fort bien illustré.
Les historiens qui s’intéressent à l’art de la guerre autour des années 1700 mais aussi au margrave Ludwig Wilhelm von Baden-Baden, auront donc intérêt à se reporter à cet ouvrage en attendant les deux livres qui pourraient développer ces deux thèmes: les aspects militaires de la reconquête de la Hongrie appelée parfois »grande guerre de Hongrie« et la biographie d’un prince qui montre que les États avaient encore leur place dans la construction du Saint-Empire.
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