You are here: Home content Publikationen Francia-Online Francia-Recensio 2008-4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815) P. F. Cholakian, R. C. Cholakian: Marguerite de Navarre (Claude Michaud)
Personal tools
Navigation
 

P. F. Cholakian, R. C. Cholakian: Marguerite de Navarre (Claude Michaud)

— filed under:
Patricia F. Cholakian, Rouben C. Cholakian, Marguerite de Navarre. Mother of the Renaissance

Francia-Recensio 2008/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Patricia F. Cholakian, Rouben C. Cholakian, Marguerite de Navarre. Mother of the Renaissance, Irvington (Columbia University Press) 2006, XIX–412 p., 13 ill., ISBN 0-231-13412-6, USD 40,00.

rezenziert von/compte rendu rédigé par

Claude Michaud, Orléans

Quelle est l’originalité de cette biographie de Marguerite de Navarre, hormis qu’elle est la première en langue anglaise? Le projet des auteurs est de lier intimement la vie très remplie de la princesse et ses œuvres, en étudiant ces dernières dans une perspective autobiographique, sans pour autant occulter les nécessités ou l’opportunité d’un camouflage. Or l’œuvre est abondante, puisqu’elle englobe aussi une volumineuse correspondance. Mais ici, l’accent est mis dès le départ sur deux nouvelles de l’»Heptaméron«, la quatrième et la dixième, qui mettent en scène, sous des noms d’emprunt, Marguerite, confrontée aux assauts amoureux et virils de Bonnivet. Ce n’est pas une découverte; en son temps, Brantôme avait déjà fourni quelques clés. Il s’agit aussi de discuter point par point l’ouvrage fondamental de Pierre Jourda, »Marguerite d’Angoulême, duchesse d’Alençon, reine de Navarre (1492–1549): Étude biographique et littéraire«, paru en 1930, qui, selon nos auteurs, est trop soumis à la recherche à tout prix de la preuve historique. Or l’œuvre littéraire se révèle très riche d’informations sur la pensée religieuse de la princesse – cela on le savait – et plus encore sur sa psychologie et ses rapports avec ses proches, sa mère Louise de Savoie, son frère François Ier, sa fille Jeanne d’Albret, le connétable Anne de Montmorency, l’évêque de Meaux Guillaume Briçonnet, bien peu en revanche sur son second époux Henri d’Albret, roi de Navarre. L’ouvrage en 10 chapitres chronologiques suit la vie de la princesse, en parallèle avec celle d’un frère auquel elle est passionnément attachée. L’arrière-plan historique est donné essentiellement par les ouvrages de Robert John Knecht, »Francis I« et »Renaissance Warrior and Patron: The reign of Francis I«. La biographie classique de Jean Jacquart n’est pas citée dans la bibliographie qui altère par ailleurs le titre de l’ouvrage des frères Haag: »La Vie protestante« au lieu de »La France protestante«. Relevons quelques formulations ambiguës: »the practices of medieval Catholicism« (p. 69), »the Paris Parlement, […] not as powerful as its conterpart in London« (p. 42; il n’y a aucune comparaison possible entre la haute cour de justice parisienne et l’assemblée représentative anglaise). Quel est ce lieu de »Essai« en Berry où Marguerite aurait fondé un établissement religieux (p. 55)? Loches n’est pas en Berry, mais en Touraine (p. 207). Et Marguerite ne devint pas »a rich woman in her own right« lorsque son frère lui donna en 1517 »the munificent duchy of Berry« (p. 52); le titre, certes, était prestigieux, mais les revenus étaient médiocres (cf. Françoise Michaud-Fréjaville, Un compte de l’ordinaire de Berry au XVIe siècle. Mélanges offerts à François Gay, Nice1984, p. 257–271 et L’entrée dans sa capitale de Marguerite d’Angoulême, duchesse de Berry, Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, n°96, mars 1989, p. 7–10). Toute sa vie, Marguerite dépendit financièrement de la pension versée par le roi de France; d’où ses alarmes lorsqu’elle craignit que son neveu Henri II, qu’elle n’appréciait guère, et c’était réciproque, se montrât moins généreux que son père.

Sous l’autorité ferme de sa mère, Louise de Savoie, demeurée veuve à 19 ans, qui avait elle-même profité des sages »Enseignements« que sa tante Anne de Beaujeu avait rédigés pour l’éducation de sa fille Suzanne, Marguerite bénéficia d’une éducation soignée, partagée avec son frère, elle fut une princesse érudite, nourrie des lectures des ouvrages de la savante bibliothèque de Cognac, réunie par les Angoulême. Cette transmission du savoir et de la pratique pédagogique par de grandes dames/princesses mérite d’être relevée. Dès l’enfance se souda cette ›trinité‹ de la mère et de ses deux enfants pour lesquels Louise nourrit l’ambition que l’on sait, surtout pour son ›César‹, héritier du trône en l’absence de dauphin. La surveillance sourcilleuse et soupçonneuse de Louis XII renforça les liens des Angoulême. Le mariage de Marguerite en 1509 avec le duc d’Alençon, sans instruction, sans panache, médiocre soldat, unit deux êtres qui n’avaient rien en commun. Mais elle rapprocha la nouvelle épouse de sa belle-mère, Marguerite de Lorraine, à la spiritualité exigeante et future béatifiée. Quand se situa l’épisode érotique narré dans l’»Heptaméron«, mettant aux prises Floride/Marguerite et Amadour/Bonnivet, l’innocence féminine outragée par l’audacieuse virilité du temps? Y eut-il viol? La frustration du mariage sans amour et sans enfant trouva-t-elle son expression dans la fiction masquée d’une agression sexuelle? Faut-il mettre en parallèle le couvent où se réfugia Floride avec l’entrée de la princesse dans le cercle des évangélistes de Meaux? C’est de juin 1521 que date la première lettre à Guillaume Briçonnet, résultat d’une concaténation de facteurs divers: un mariage forcé, un possible viol, l’exemple de Marguerite de Lorraine, mais aussi des événements extérieurs, les difficultés de François Ier avec Charles-Quint et le pape ou la peste de 1520. Les 123 lettres à Briçonnet, dans le style du temps, pour nous souvent verbeuses et métaphoriques, témoignent de la quête spirituelle d’une chrétienne insatisfaite des réponses de l’Église et que ne comblent pas l’exercice d’une charité très active ou les efforts ponctuels pour réformer telle ou telle communauté. Elles livrent aussi une Marguerite plus intime, anxieuse devant la stérilité de son couple. L’évêque fut un guide sur la voie du salut, il lui donna Michel d’Arande comme chapelain; il l’incita aussi à pousser sa mère, souvent régente, et son frère à la réforme de l’Église. La princesse protégea les évangélistes contre les attaques du parlement de Paris qui avaient redoublé pendant la captivité du roi à Madrid, mais ne réussit pas à imposer son chapelain dans la chaire de la cathédrale de Bourges ni à éviter les exils. Parallèlement, Marguerite fut une vraie reine sans le nom, suppléant Claude de France perpétuellement enceinte. Avec sa mère, elle fut au sacre de Reims en 1515, elle accueillit dans le Midi le roi triomphant après Marignan, elle assista au Camp du Drap d’Or; surtout après Pavie, elle fit le voyage de Madrid, extraordinaire périple, pour soutenir son frère très malade et négocier, sans résultat, avec Charles-Quint. Elle fut aussi une véritable garde-malade ou nurse auprès des autres membres de la famille royale. Très ébranlée par la mort de sa nièce Charlotte qu’elle avait veillée tout un mois, elle rédigea en 1524 le »Dialogue en forme de vision nocturne«, publié en 1533 seulement, premier texte poétique de la doctrine réformée, où se retrouvent les enseignements des lettres de Briçonnet dans les réponses que du ciel Charlotte adresse à sa tante: prier Jésus plutôt que les saints, justification par la foi plus que croyance dans les œuvres. Le retour du roi qui permit à sa sœur de protéger quasi-officiellement les réformistes et de faire rappeler les exilés, le roi qui fit prêcher au Louvre le Carême de 1533 par Gérard Roussel, le remariage avec le roi de Navarre Henri d’Albret (1527), un jeune et beau Gascon brave et viril, la naissance de Jeanne en novembre 1528 (elle n’est donc pas stérile; on reviendra sur ses rapports avec sa fille), firent des années 1526–1533 les plus belles de la vie de la nouvelle reine de Navarre, assombries néanmoins par la mort de sa mère en 1531. Cette même année, elle publia son »Miroir de l’âme pécheresse«, exposition de la théologie évangéliste, dont le succès de librairie et les diverses traductions l’encouragèrent à publier le »Dialogue« … François Ier dut intervenir pour faire retirer la condamnation du »Miroir« comme œuvre subversive, par la faculté de théologie de Paris.

L’affaire des Placards (1534) marqua une rupture. Marguerite n’assista pas à la procession expiatoire menée par François Ier et ses trois fils, close par six bûchers. On brûla aussi Augereau qui avait publié le »Miroir«. Marguerite, dès lors, fut de plus en plus dans ses États de Navarre-Béarn, où se réfugièrent ses amis évangélistes, Roussel, Lefèvre d’Étaples, Brodeau le poète, disciple de Marot … Elle continua à écrire des comédies et des mystères, mais, par prudence, ne publia plus rien jusqu’en 1547, même si l’édit de Coucy (1535) fit cesser les persécutions. Au spirituel, elle fut de plus en plus attirée par le néoplatonisme de Marcile Ficin qu’entretenait autour d’elle toute une équipe d’intellectuels menée par le poète Antoine Héroët. La vie de cour et la politique continuaient de la solliciter, qu’il s’agît de la mise en défense de la ligne du Rhône en 1535, lorsque Charles Quint envahit la Provence, ou de la Picardie en 1537 lors du siège de Hesdin, lorsqu’elle fut à nouveau garde-malade à Fontainebleau pendant les épidémies de 1537 auprès de la reine Éléonore, de la dauphine Catherine de Médicis et de sa nièce Marguerite, lorsqu’elle rencontra l’empereur et le pape à Nice l’année suivante, quand elle inspecta militairement le Sud-Ouest en 1544. Les relations avec son frère furent rendues délicates par la question du mariage de sa fille Jeanne d’Albret; Henri, le père, se berçait du rêve d’une union avec l’infant Philippe, fils de l’empereur, prélude à une réunification de la Navarre. François Ier ne considérait pas cet objectif comme prioritaire et fit de Jeanne une pièce de son échiquier diplomatique. Marguerite en 1540 sacrifia sa fille au désir du roi et consentit à un mariage avec le duc de Clèves, union qui scellait l’alliance des deux princes contre Charles-Quint. Marguerite à qui a été reproché son éloignement vis à vis de sa fille, reléguée à Alençon ou à Blois, qu’elle ne visitait que lors de ses graves maladies, agit là avec clairvoyance. Est-ce elle qui poussa Jeanne à établir la déclaration écrite comme quoi elle avait été forcée au mariage par sa mère? Marguerite exigea que, vu les douze ans de sa fille, le mariage ne fût pas consommé et elle retint Jeanne éloignée des États de son époux. Ces précautions permirent en 1545, alors que Clèves était repassé du côté de Charles-Quint, l’annulation du mariage et l’union, effective cette fois, avec Antoine de Bourbon. Jeanne ne serait pas reine d’Espagne. À Pau ou à Nérac, l’écriture reprit ses droits, avec cette fois, un thème dominant, l’amour. »La Coche«, poème imitant le débat médiéval, fut le premier texte séculier sur l’amour humain, avant l’»Heptaméron«. »La Comédie des quatre femmes«, jouée devant le roi en 1542, ou »La Fable du faux cuyder«, dédiée à sa nièce Marguerite, exaltent la résistance des femmes aux règles qui les assujettissent à la domination des mâles et les mettent en garde contre leur sexualité. Les dernières années, marquées par les atteintes de l’âge auxquelles elle tâcha de remédier par les eaux de Cauteret, furent assombries par la mort du duc d’Orléans (1545), le fils préféré du roi, puis la mort du souverain (1547) qui l’anéantit. Elle composa alors »La Navire«, dialogue avec le feu roi, puis »La Comédie sur le trépas du roi«. Dès 1546, elle avait sollicité un privilège pour publier une anthologie de ses œuvres, révélant par cette démarche un professionnalisme très en avance sur son temps, surtout de la part d’une femme et d’une princesse. Le parlement de Bordeaux donna son accord en mars 1547 pour la publication de la »Marguerite des Marguerites des princesses«. Elle compléta en 1548 sa meilleure pièce, »La Comédie de Mont-de-Marsan«, où elle mit en scène la Mondaine, la Superstitieuse, la Ravie et la Sage, elle-même se peignant comme un mélange des deux dernières, entre mysticisme et discernement. Elle mit la dernière main aux »Prisons«, 6000 vers, échangea des épîtres avec sa fille, dans la tradition des Angoulême, composa les dernières histoires de l’»Heptaméron«. Sa mort à Odos le 1er décembre 1549 ne lui permit pas d’arriver à cent, comme elle l’avait projeté. Dans les 72 histoires, elle est l’une des devisants, la Parlamente de l’»Heptaméron«, une joyeuse femme toujours prête à rire, en même temps une sage et honorable femme. Et même si les femmes n’ont pas toujours le beau rôle, c’est bien plus encore leur défense qui est illustrée contre l’homme, brutal, grossier, guerrier, violeur, adultère … Marguerite de Navarre, une féministe? Une grande écrivaine à coup sûr, une femme de la Renaissance, une humaniste, une femme politique entre paix et guerre, toujours du côté des persécutés, très impliquée dans la réforme de l’Église, une femme tolérante aussi, qui s’éloigna d’un Calvin devenu dogmatique. Serait-elle devenue protestante, si le temps lui avait été donné? Sa fille le fut avec ardeur et elle ne devait pas cette orientation à son père. Marguerite, elle, mourut catholique, s’étant protégée par une méditation quotidienne sur les mystères de la foi et par une compréhension par le cœur des humains qui l’entouraient.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

Document Actions
Zitierhinweis
Empfohlene Zitierhinweise:
P. F. Cholakian, R. C. Cholakian: Marguerite de Navarre (Claude Michaud)
In: Francia-Recensio, 2008-4, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2008-4/FN/cholakian_michaud
Dokument zuletzt verändert am: Feb 28, 2012 01:42 PM
Zugriff vom: May 24, 2012