J. Förster: Die Wehrmacht im NS-Staat (Johann Chapoutot)
Jürgen Förster, Die Wehrmacht im NS-Staat.
Eine strukturgeschichtliche Analyse, München (Oldenbourg) 2006,
VIII–221 p., ISBN 978-3-486-58098-3, EUR 19,80.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Johann Chapoutot, Grenoble
L’Institut allemand de recherche en histoire militaire (Militärgeschichtliches Forschungsamt) s’est lancé dans la publication de manuels clairs et concis faisant la synthèse des travaux de ses membres. La collection »Militärgeschichte kompakt« présente ici son deuxième titre avec ce volume réussi dû à Jürgen Förster. Si l’on peut regretter l’absence de cartes, toujours utiles en matière d’histoire militaire, on se réjouit de disposer enfin d’une histoire, à la fois ambitieuse et accessible, de l’armée allemande, du traité de Versailles à la capitulation de mai 1945.
Dans ses deux premiers chapitres, l’auteur nous initie à l’histoire de la Reichswehr sous la République de Weimar. 1919 fut certes l’annus horribilis de l’armée allemande, mais la constitution de Weimar fit ce que l’Empire n’était pas parvenu à imposer: l’unification des armées allemandes dans une Reichswehr fédérale dont le commandement résidait désormais à Berlin. Celui-ci passa, ce sont là des faits bien connus, un accord avec le gouvernement social-démocrate échangeant la lutte contre la subversion spartakiste avec la non-immixtion de l’armée dans les affaires civiles. L’auteur montre également bien ce qui a présidé au serment du 3 août 1934: le commandement allemand était prêt à coopérer avec un gouvernement qui se prétendait »de relèvement national« (nationale Erhebung).
Après 1933, l’histoire de ce qui devient officiellement la Wehrmacht en 1935 est marquée par le réarmement, la fin du régime de Versailles, préparée de longue date par l’état-major, et par la concurrence avec les organisations paramilitaires du Parti. Si la SA échoue à supplanter l’armée régulière, si l’état-major se réjouit de la Nuit des longs couteaux (30 juin 1934), il va lui falloir compter désormais avec l’autre vainqueur de cette purge, la SS. L’auteur montre bien comment celle-ci, qui se dote d’une branche armée, la Waffen-SS, à partir de 1935, est intégrée aux opérations militaires à partir de la campagne de Pologne de 1939. Il rappelle, se fondant notamment sur les travaux de Bernd Wegner, toute l’ambiguïté de ces unités soumises au double commandement de l’état-major et du RSHA, pas toujours si heureuses en opération, à la fois condamnées pour leurs exactions et imitées plus qu’à leur tour par une Wehrmacht qui fut loin d’être le chevalier immaculé présenté après 1945.
La longue montée en puissance de la Waffen-SS accompagne l’importance croissante du RSHA dans la conduite de la guerre, une guerre de races qui implique pleinement le front de l’extermination, qu’elle soit mobile (les Einsatzgruppen) ou industrielle (les camps). Le conflit des prééminences et préséances est tranché le 20 juillet 1944: l’attentat perpétré contre Hitler par des membres éminents de l’état-major de la Wehrmacht signe la consécration définitive du commandement SS, avec la promotion de Himmler et la croissance inouïe des effectifs de la Waffen-SS. Se fondant sur ses propres travaux, l’auteur insiste sur l’importance de la formation idéologique (weltanschauliche Schulung) au sein des armées: initialement prévue par et pour la Waffen-SS, cette politisation du combattant, cette formation du soldat idéologique est étendue à la Wehrmacht et contribue grandement à expliquer la résistance féroce d’une armée qui perdit la moitié du total de ses morts dans les dix derniers mois de la guerre, tant le danger bolchevique, construit par une propagande catastrophiste et démonisante, a su faire tenir les positions jusqu’à l’absurde de l’écrasement total. Jürgen Förster est ici fidèle à Andreas Hillgruber, dont il prise explicitement les travaux un temps contestés.
Le dernier chapitre du livre est consacré au chef de guerre Hitler, »Gröfaz« (Größter Feldherr aller Zeiten), dont il sait réévaluer les intuitions stratégiques dont les généraux en retraite de la Wehrmacht ont systématiquement ravalé l’importance, soucieux qu’ils étaient de rejeter sur lui toute la responsabilité de la défaite. Il montre néanmoins combien les options dynamiques du début de la guerre (priorité à l’attaque et au mouvement) se sont effacées devant le statisme privilégié à partir de 1942–1943, comme si la guerre de tranchées rattrapait le caporal Hitler de 1916.
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