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G. A. Eakin-Thimme: Geschichte im Exil. Deutschsprachige Historiker nach 1933 (Hélène Camarade)

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Gabriela Ann Eakin-Thimme, Geschichte im Exil. Deutschsprachige Historiker nach 1933

Francia-Recensio 2008/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Gabriela Ann Eakin-Thimme, Geschichte im Exil. Deutschsprachige Historiker nach 1933, München (Martin Meidenbauer) 2005, 352 p. (Forum Deutsche Geschichte, 8), ISBN 3-89975-502-2, EUR 49,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Hélène Camarade, Bordeaux

Cet ouvrage étudie le parcours d’historiens de langue allemande ayant émigré après 1933 dans les trois principaux pays d’accueil que furent les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Palestine. Il constitue le prolongement d’un travail de doctorat. L’auteur, après avoir été collaboratrice de l’Institut Max Planck pour l’histoire européenne du droit à Francfort/Main, est aujourd’hui conseillère au Conseil des sciences (Wissenschaftsrat) à Cologne.

L’étude s’intéresse principalement aux conséquences de l’exil sur les recherches des historiens, mais elle aborde aussi la question de l’influence que les exilés ont eue sur la science historique dans leur pays d’accueil. L’accent est logiquement mis sur les États-Unis. Ce pays accueillit non seulement environ 65% d’entre eux, alors que la Grande-Bretagne en accueillit 20% et la Palestine 5%, mais il leur offrit également le plus d’opportunités de travail.

Cette étude très bien documentée qui s’appuie sur une solide recherche en archives est dotée d’une bibliographie très riche. Elle comprend une liste des 98 historiens ayant émigré après 1933 que l’auteur est parvenu à répertorier. Elle se divise en 8 chapitres. Le premier est un chapitre biographique qui permet de situer les principaux historiens en fonction de leur formation, de leur université d’origine (Vienne, Prague, Berlin etc.) et de leurs recherches avant 1933. Il est cependant regrettable que l’index des noms cités, qui est par ailleurs très précis, ne reprenne pas les noms de ces historiens; le lecteur ne peut donc pas naviguer dans l’ouvrage afin de suivre un parcours individuel.

Le chapitre consacré au contexte et aux raisons de l’exil est court. Le troisième chapitre en revanche analyse avec beaucoup de précisions les difficultés d’intégration auxquelles les exilés ont été confrontés: la nécessité d’apprendre une nouvelle langue, l’adaptation à des traditions scientifiques et des pratiques universitaires différentes – notamment le contact aux étudiants qualifié de »plus démocratique«. Les exilés se sont parfois heurtés au ressentiment éprouvé à l’égard des Allemands depuis la Première Guerre mondiale, ainsi qu’à des préjugés antisémites. Nombre d’entre eux ont dû enseigner dans des matières qui n’étaient pas leur spécialité, ce qui les a contraints à consacrer moins de temps à la recherche.

On peut regretter qu’il y ait dans l’ouvrage peu d’informations précises sur les activités politiques des exilés pendant la guerre. On apprend cependant que quelques universitaires se réunirent aux États-Unis afin de réfléchir à l’avenir de l’Allemagne, que certains ont enseigné dans le cadre de programmes d’entraînement à la guerre (Army Special Training Programms) et que d’autres ont travaillé, comme Hajo Holborn, Felix Gilbert ou Golo Mann, pour le premier service secret américain (Office of Strategic Services).

L’étude montre que l’exil a eu de multiples incidences sur les recherches des exilés. Nombreux sont ceux qui publient des ouvrages sur l’histoire contemporaine ou sur des thèmes liés à l’actualité – on pense à Frederic Cramer qui publie une étude sur la censure et les autodafés dans la Rome antique. D’autres abordent le thème de l’émigration, à l’image d’Alfred Vagts ou Erich Fischer. On assiste également à l’écriture d’ouvrages monographiques sur l’histoire allemande par Hajo Holborn ou Carl Misch, une conséquence parmi d’autres de l’impossibilité de poursuivre le travail en archives.

En général, l’exil a permi aux historiens d’élargir leurs champs de recherches. Ainsi Félix Gilbert, à l’origine spécialiste de la Renaissance, se familiarise-t-il avec les thèmes de la politique étrangère américaine et de la stratégie militaire lors de son séjour à Princeton, puis dans le cadre de ses activités pour les services secrets. Cela aboutit en 1950 à l’édition des protocoles des réunions entre Hitler et le commandement en chef de la Wehrmacht sous le titre »Hitler Directs His War«. Gilbert revient ensuite à ses recherches d’origine. Rares sont ceux qui ont complètement changé d’orientation. C’est le cas de Gerhard Masur qui avait travaillé sous la direction de Friedrich Meinecke sur Ranke puis Friedrich Julius Stahl. Lorsqu’il émigre en Colombie, Masur écrit une biographie sur »Simon Bolivar et la libération de l’Amérique du Sud«. Il reste ensuite un spécialiste de l’Amérique du Sud, notamment lors de son émigration aux États-Unis, même s’il reprend en filigrane ses recherches sur l’histoire européenne. Eakin-Thimme estime que c’est dans les années cinquante que les exilés reviennent presque tous à leurs sujets de prédilection.

Un chapitre particulièrement réussi porte sur le rôle qu’ont joué les exilés à l’après-guerre. Un bon nombre d’entre eux se sont investis dans la rééducation, la plupart en allant enseigné pendant quelques semestres dans les universités allemandes, comme Carl Landauer à Berlin, d’autres en rédigeant de nouveaux manuels scolaires. L’étude aborde également le dialogue mené entre les historiens exilés et les historiens restés sous le Troisième Reich, comme Meinecke et Gerhard Ritter, au sujet des réorientations à apporter à la science historique allemande. L’objet de ce dialogue a également pour but d’échanger des idées en vue d’expliquer l’émergence du national-socialisme en Allemagne. Il se cristallise autour du rôle de Bismarck et de la Prusse. Sans souscrire unilatéralement à la thèse du diplomate britannique Vansittart selon laquelle il y aurait une continuité entre Luther, Frédéric II, Bismarck et Hitler, la plupart des émigrés tendent cependant à considérer qu’il existe une continuité néfaste entre l’histoire de la Prusse et le Troisième Reich, position à laquelle ne souscrivent ni Meinecke, ni Ritter.

L’étude conclut que les historiens exilés de langue allemande sont devenus des passeurs entre l’ancien et le nouveau monde, entre l’Europe et les États-Unis. Aucun n’a vraiment rompu avec la tradition scientifique allemande, mais l’obligation de sortir des catégories nationales a été productive. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs mené à terme les projets commencés avant 1933. C’est surtout dans le domaine de l’histoire moderne européenne que les exilés ont profondément marqué les recherches historiques américaines.

On pourra regretter que les citations anglaises ne soient jamais traduites dans l’ouvrage, ce qui nuit à une compréhension nuancée des propos. De même, l’auteur utilise trop fréquemment des mots anglais dans le corps de texte, mots comme »connections«, »textbooks« ou »meetings« qui auraient pu facilement être traduits en allemand. Cette étude novatrice est cependant bien menée et agréable à lire. Elle apporte une contribution non négligeable à l’histoire de l’exil allemand à partir de 1933, ainsi qu’aux débats qui ont animé les historiens jusque dans les années soixante.

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G. A. Eakin-Thimme: Geschichte im Exil. Deutschsprachige Historiker nach 1933 (Hélène Camarade)
In: Francia-Recensio, 2008-3, 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
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Dokument zuletzt verändert am: Feb 21, 2012 03:54 PM
Zugriff vom: May 24, 2012