C. von Planta (Hg.): Die Annalen des Klosters Einsiedeln (Mathieu Olivier)
Die
Annalen des Klosters Einsiedeln. Edition und Kommentar, hg. von
Conradin von Planta, Hanovre (Verlag Hahnsche Buchhandlung) 2007,
X–331 p. (Monumenta Germaniae Historica. Scriptores rerum
Germanicarum in usum scholarum separatim editi, 78), ISBN
978-3-7752-5478-6, EUR 35,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Mathieu
Olivier, Göttingen
Conradin von Planta, auteur d’une thèse remarquée sur les origines des commanderies de l’ordre Teutonique et de l’ordre de Saint-Jean dans »l’Alsace« du XIIIe siècle1, poursuit d’une certaine façon son exploration du paysage monastique du Sud-Ouest de l’espace germanique par cette nouvelle édition de l’important complexe annalistique d’Einsiedeln; elle vient remplacer l’édition plus que centenaire donnée jadis par G. Pertz et J. Böhmer.
Plus nettement que ne l’avaient fait ses prédécesseurs, dont le travail éditorial fait l’objet d’une critique sans concession (p. 137–140), von Planta commence par distinguer les différents textes en présence, des très embryonnaires »Annales Meginradi« aux »Annales Einsidlenses« en passant par les deux textes jumeaux que sont les »Annales Heremi« 1 et 2. L’enquête le conduit en outre à préciser sur plus d’un point la genèse des diverses séries annalistiques, ainsi que les relations que les textes entretiennent entre eux. L’acribie de l’éditeur ne laisse ainsi presque rien dans l’ombre. Le constat le plus étonnant, qui s’impose au terme de l’analyse serrée des textes appelés »Annales Heremi« 1 et »Annales Heremi« 2, est que dans les dernières années du Xe siècle, deux moines de la communauté, utilisant des sources en partie communes, firent œuvre d’annaliste indépendamment l’un de l’autre. Tout aussi bienvenue, la mise au point de von Planta sur l’ensemble de plus vaste ampleur que l’érudition désigne tout simplement du nom d’»Annales Einsidlenses« rectifie sensiblement l’opinio communis remontant à G. Pertz. Loin d’être le travail d’un anonyme de la fin du XIe siècle, les Annales sont le fruit de l’action cumulée d’une trentaine de mains, laissant apparaître un processus de sédimentation de plusieurs strates de rédaction, dont les deux principales peuvent être placées vers 1040 et vers 1140 respectivement.
L’état exceptionnel de conservation de la bibliothèque médiévale d’Einsiedeln fait le reste: non seulement, von Planta est en mesure de mettre un nom sur les sources principales auxquelles viennent puiser les annalistes (Reginon de Prüm, Orose, »Annales Augienses« continuées, »Annales Alamannici«), mais, plus d’une fois, il parvient à identifier le manuscrit précis sur lequel s’est appuyé, il y a plus de dix siècles, le moine d’Einsiedeln. La tradition locale, d’un texte à l’autre, se taille bien sûr une part prépondérante; elle reste quantitativement assez pauvre, comme le relève von Planta, à l’aune d’annales bien plus disertes sur les travaux et les jours monastiques. L’historien féru d’informations originales continuera donc sans doute à délaisser le complexe annalistique d’Einsiedeln, qui, pas plus dans l’édition de G. Pertz que dans celle que procure ici von Planta, ne saurait sur ce point rivaliser avec d’autres sources plus ou moins contemporaines. L’intérêt de ces textes est sans doute ailleurs: ils nous plongent au cœur d’une des fabriques d’histoire conventuelle les mieux documentées de la période.
Quoique copieuse (143 pages, auxquelles succèdent les différentes annales), l’introduction de von Planta laisse aussi plusieurs questions en suspens, qui, comme le souligne l’éditeur, mériteraient des recherches approfondies. Ainsi, la postérité de cette tradition annalistique des Xe-XIIIe siècles à la fin du Moyen Âge resterait à éclaircir. L’étude de la circulation de la matière annalistique entre les différents centres monastiques butte, quant à elle, sur notre connaissance très lacunaire des historiographies parallèles en terre souabe, à la Reichenau, mais aussi à Saint-Blaise en Forêt-Noire. Du reste, von Planta, au terme de son étude (p. 133–137) esquisse lui-même les grandes lignes des recherches à conduire en la matière. Il reste à espérer que son appel sera entendu, tant la compréhension des annalistiques monastiques, fonctionnant de toute évidence en réseau à l’échelle régionale, reste imparfaite dès lors que l’état de nos connaissances, d’un centre à l’autre, présente un déséquilibre trop prononcé. La partie éditoriale proprement dite (p. 157–306) n’appelle guère de remarques particulières: von Planta se montre fidèle aux règles et au niveau d’exigence qui ont fait la réputation des MGH. S’inscrivant dans une dynamique nouvelle du travail éditorial portant sur les textes du haut Moyen Âge, le projet de réédition des annales d’Einsiedeln était louable; von Planta l’a parfaitement mené à bien.
1 C. von Planta, Adel, Deutscher Orden und Königtum im Elsaß des 13. Jahrhunderts unter Berücksichtigung der Johanniter, Francfort/Main et al. 1997.
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