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U. Knefelkamp, K. Bosselmann-Cyran (Hg.): Grenze und Grenzüberschreitung im Mittelalter (Matthieu Olivier)

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Ulrich Knefelkamp, Kristian Bosselmann-Cyran, Grenze und Grenzüberschreitung im Mittelalter. 11. Symposium des Mediävistenverbandes vom 14. bis 17. März 2005 in Frankfurt an der Oder

Francia-Recensio 2008/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Ulrich Knefelkamp, Kristian Bosselmann-Cyran, Grenze und Grenzüberschreitung im Mittelalter. 11. Symposium des Mediävistenverbandes vom 14. bis 17. März 2005 in Frankfurt an der Oder, Berlin (Akademie Verlag) 2007, XII–517 p., ISBN 978-3-05-004330-2, EUR 59,80.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Matthieu Olivier, Göttingen

En adoptant pour thème de son onzième congrès la frontière et sa transgression au Moyen Âge, l’Association des médiévistes allemands pouvait à première vue sembler sacrifier à un thème à la mode. Un simple tour d’horizon des quelque trente et une contributions de ce gros volume d’actes suffit à montrer que le propos était plus ambitieux: au-delà de la frontière-démarcation réelle et géographique, le dessein était bien de s’interroger sur les barrières de tout ordre (géographiques, mais aussi sociales, mentales) qui organisent les sociétés médiévales.

Le résultat, par la force des choses, n’échappe pas à un certain éparpillement thématique. Demeure en effet, une fois le livre refermé, une tenace impression de dispersion à laquelle n’obvie pas totalement le choix de quatre grands thèmes fédérateurs: »Leben an den Grenzen« (existences frontalières), »Grenzen der Gesellschaft« (frontières de la société) »Grenzen der Kommunikation« (frontières de la communication), »Grenzen des Wissens« (bornes du savoir). Il est bien évident impossible, dans l’espace qui nous est imparti ici, de rendre compte dans le détail de chacune des contributions. Dans cet ensemble profus, nous nous contenterons d’essayer de dégager quelques lignes de force, sans prétendre à l’exhaustivité.

L’élaboration de la frontière politique est comme il se doit l’objet d’une attention soutenue. La médiévistique polonaise étant tout particulièrement bien représentée dans ce congrès tenu à Francfort sur l’Oder, celle-ci se porte tout naturellement sur l’espace qui s’étend de la Vistule à la Narva. A. Szweda et W. Długokęcki, dans deux exposés complémentaires et pourtant artificiellement dissociés par les éditeurs, se penchent sur la construction de la frontière et la gestion des contentieux frontaliers aux marges méridionales de la Prusse teutonique, tandis que R. Simiński présente le cas livonien. Plus cependant que la frontière elle-même, c’est bien son franchissement qui est ici à l’honneur. Une série assez fournie de contributions déclinent ainsi la thématique des transferts culturels. Certaines de ces études de cas mettent en exergue des figures de médiateurs, intellectuels vagabonds, frottés d’influences multiples (R. Schmitz-Esser sur les errances d’Arnaud de Brescia), ou bien juifs convertis, pris entre deux horizons culturels (M. Przybilski). D’autres s’attachent à des exemples de transferts bien précis. On signalera ici tout particulièrement l’étude passionnante de H. Schlie sur l’acclimatation complexe du motif iconographique du Christ de Pitié, d’origine byzantine, dans la chrétienté latine de la fin du Moyen Âge. Elle témoigne au moins d’une relative perméabilité entre monde grec et monde latin, par-delà donc une démarcation constitutive de l’identité européenne dont M. Garzaniti vient rappeler l’importance.

À la question des transferts s’articule celle du dépassement de la différence linguistique. Voici par exemple le »Codex Cumanicus« (F. Schmieder), produit singulier de la rencontre entre un savoir lexicographique ancestral et les problèmes linguistiques ardus que fait naître la pénétration latine (marchands, mendiants) en Asie. Mais la traduction peut dresser des barrières autant peut-être qu’elle n’en abolit; la médecine de l’ère humaniste aspirera ainsi à retrouver les classiques grecs dans leur langue et leur forme originale, par-delà la tradition médiévale (F. Steger). La langue elle-même, par sa capacité d’intégration des emprunts étrangers, peut elle-même être le vestige le plus marquant de l’intensité d’échanges anciens, difficilement saisissables par ailleurs (J.-M. Becker et al.). La société elle-même étant sillonnée par ce que J. Le Goff appelait les »frontières intérieures«, le thème de l’exclusion, de la marginalisation est ici à l’honneur. Il est bien sûr des marginalités conditionnées par la religion (M. Przybilski) ou la maladie infamante (O. Riha, sur les pestiférés). H. J. Mierau montre bien, à propos de Boniface VIII, que même les puissants, la diffamation aidant, ne sont pas à l’abri de sombrer aux yeux de tous de l’autre côté de la barrière.

Un dernier type de frontière, la moins franchissable de tous et l’une pourtant que la pensée et l’imagination médiévales se sont ingéniées à décrire, est celle qui sépare notre monde d’un Ailleurs irréductible. L’omniprésence du sacré dans la société médiévale manifeste à tout moment l’existence de mystères divins insondables (H.-P. Neuheuser). Le projet mystique, précisément, ne vise à rien d’autre qu’à abolir cette distance (M. Gorzecka), tout comme, dans un autre registre, l’ambition de la théologie scolastique est bien celle d’une forme de transgression de cette barrière (M. Dreyer et al.; G. Krieger). La littérature courtoise fait quant à elle grand usage du motif du passage dans l’›autre monde‹ (G. Wolf, S. Grothues).

On l’aura compris: l’extrême variété des thèmes et des approches fait tout à la fois le charme de la lecture et la faiblesse du recueil. Chacun ou presque y trouvera du grain à moudre en fonction de ses intérêts propres. À user et abuser des sens métaphoriques du terme frontière, pareille entreprise prend toutefois le risque d’une ouverture sans limite à une foule de questions dont on peut légitimement se demander si elles gagnent à être traitées ensemble. Il reste une juxtaposition d’études pointues de très bonne facture, et la méditation liminaire de K. Schlögel en forme d’éloge – quelque peu facétieux, voire un rien provocateur – de la (dé)limitation: à méditer, effectivement …

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U. Knefelkamp, K. Bosselmann-Cyran (Hg.): Grenze und Grenzüberschreitung im Mittelalter (Matthieu Olivier)
In: Francia-Recensio, 2008-3, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Nov 17, 2008 04:13 PM
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