K. Malettke, C. Kampmann (Hg.): Französisch-deutsche Beziehungen in der neueren Geschichte (Philippe Saudraix)
Klaus Malettke, Christoph Kampmann (Hg.),
unter Mitwirkung von Kornelia Oepen, Französisch-deutsche
Beziehungen in der neueren Geschichte. Festschrift für Jean Laurent
Meyer zum 80. Geburtstag, Münster (LIT) 2007, VI–277 p.
(Forschungen zur Geschichte der Neuzeit. Marburger Beiträge, 10),
ISBN 978-3-8258-0480-0, EUR 34,80.
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En l’honneur du professeur Jean Meyer a été organisé un symposium sur les relations franco-allemandes, à l’université de Marburg, le 4 décembre 2004. Le présent livre en publie les actes: de façon liminaire, K. Malettke retrace le parcours universitaire et intellectuel du professeur J. Meyer. Les articles suivants, organisés de façon chronologique, évoquent quelques aspects des relations franco-allemandes du XVIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle, avec une nette insistance sur l’époque moderne.
Les trois premiers articles sont consacrés aux relations diplomatiques au XVIe siècle et dans la première moitié du XVIIe siècle. Tout d’abord, W. E. Winterhager examine la politique francophile de certains princes du Saint-Empire de 1492 à 1562. Les princes qui s’allient à la France défendent avant tout leur autonomie politique et religieuse face aux Habsbourg, mais ils ne recherchent jamais l’effondrement de ces derniers: l’on assiste au renforcement du patriotisme impérial. L’article suivant, de M. Reinbold, évoque les projets de mariage de Philippe II d’Espagne, de 1568 à 1572: une triple union matrimoniale, liant les Habsbourg de Madrid, ceux de Vienne ainsi que les Valois, devrait permettre d’assurer la paix européenne. Le projet concurrent de la France échoue, alors que les Habsbourg de Vienne réussissent à marier deux de leurs princesses, Élisabeth d’Autriche en France et Anne d’Autriche en Espagne. Dans un troisième article, A. Tischer étudie les relations franco-espagnoles de 1648 à 1659: les deux pays s’opposent quant à l’avenir de la Lorraine et des Pays-Bas espagnols. La guerre et les négociations sont menées en parallèle, afin d’avoir la plus grande marge de manœuvre possible: dans la mesure où la France renonce à annexer les Pays-Bas espagnols et accepte de rendre la Lorraine au duc Charles, la paix des Pyrénées de 1659 parachève la paix de Westphalie de 1648.
Deux articles sont ensuite consacrés à deux souverains du XVIIe siècle, Louis XIV et Léopold Ier: tout d’abord, K. Malettke tente de déterminer la façon dont Louis XIV voit l’Empire et son empereur. Afin d’isoler ce dernier, le roi de France utilise les acquis des paix de Westphalie en fonction des intérêts français, et non en fonction des intérêts des États de l’Empire: Louis XIV n’a pas vu que ces derniers ne sont pas du tout intéressés à la destruction du Saint-Empire. De façon symétrique, J. Bérenger étudie le rapport de Léopold I à la France: la rivalité a commencé dès l’élection impériale de 1658, en raison de l’influence croissante de la France dans les affaires de l’Empire. Toutefois, la guerre de Hollande montre aux États de l’Empire que Léopold I est un meilleur défenseur de l’Empire que Louis XIV. La position de l’empereur s’améliore ainsi considérablement: Léopold I a fondé la puissance autrichienne pour deux siècles.
Ensuite, C. Kampmann analyse un écrit de Leibniz, daté de 1670, connu sous le nom de Sekuritätsschrift, dans lequel le savant allemand fait de Louis XIV l’arbitre de l’Europe. C. Kampmann réfute deux thèses quant à cet écrit. D’une part, on ne peut faire de cette notion d’arbitre une nouveauté politique, puisqu’elle avait auparavant été employée par Bodin dans les »Six Livres de la République«, mais Leibniz emploie le terme dans un autre sens: l’arbitre n’est pas pour lui un souverain qui aurait un pouvoir incontesté (l’idée de Bodin), mais plutôt une catégorie politique. D’autre part, il n’est pas fondé de reprocher à Leibniz de sous-estimer l’agressivité de Louis XIV: Leibniz développe une conception négative de la notion d’arbitre, faisant de l’arbitre de l’Europe celui qui sait avant tout augmenter son hégémonie. Ses arguments ont été repris dans les brochures de l’époque de la guerre de Hollande, selon lesquelles Louis XIV ne mérite pas d’être l’arbitre de l’Europe.
P.-C. Hartmann analyse ensuite les relations franco-bavaroises à l’époque moderne: alors que la France s’appuie sur la Bavière dans le cadre du conflit qui l’oppose aux Habsbourg, la Bavière, quant à elle, utilise ses relations avec la France et avec les Habsbourg pour jouer son propre rôle en Europe. Les étapes de cette histoire sont retracées, en particulier durant la guerre de Trente Ans et les guerres du XVIIIe siècle. Après l’échec de Charles-Albert, la Bavière doit renoncer à tout projet de grande politique, jusqu’à la transformation de l’électorat en royaume en 1806.
Le premier article exclusivement consacré au XVIIIe siècle est celui de W. Mayer sur les enjeux théologico-politiques de l’opposition à la bulle Unigenitus (1713): il tente de montrer l’importance de l’ecclésiologie janséniste pour la construction de conceptions libérales de l’Église et de l’État en France au XVIIIe siècle. En effet, l’oratorien La Borde, dans »Du témoignage de la vérité dans l’Église« (1714), voit l’Église comme une nation et les évêques comme les députés des fidèles. Le chanoine Le Gros, dans »Du renversement des libertés de l’Église gallicane dans l’affaire de la constitution Unigenitus« (1716) reprend et élargit la doctrine richériste: ce sont les fidèles (et pas seulement les prêtres) qui disposent du pouvoir des clés. Selon W. Mayer, cette ecclésiologie a des implications politiques: les idées de Le Gros se retrouvent dans la »Consultation des cinquante avocats au parlement de Paris« de 1727. Selon ces derniers, l’Église doit être soumise à l’État et les pasteurs (évêques et prêtres) doivent rendre compte de leur administration à l’Église comme ensemble des fidèles. Ceci implique une remise en question tant de l’analogie entre le gouvernement de l’Église et le gouvernement de l’État que de l’absolutisme bourbonien. W. Mayer conclut que les réactions à la bulle Unigenitus ont provoqué la formulation d’une conception libérale de l’Église et de l’État: le pouvoir des évêques et la monarchie absolue sont ainsi remis en cause.
Le XVIIIe siècle est en outre marqué par l’ascension de la Prusse. K. Malettke revient sur les relations franco-prussiennes. Il met en valeur le rôle stratégique joué par la Prusse dans la politique impériale de la France, la fascination exercée par Frédéric II, mais aussi la révision de cette image positive à partir de 1745. Un article de S. Externbrink enchaîne logiquement sur le renversement des alliances de 1756, en s’intéressant au rôle personnel de Louis XV dans cette révolution diplomatique: ceci le conduit à réviser l’image traditionnelle de ce roi et à montrer comment il est en réalité un gros travailleur, très attaché à son pouvoir de décision.
Trois articles d’histoire contemporaine clôturent ce recueil d’actes. Tout d’abord, P. Krüger étudie le triangle diplomatique France, Allemagne et Société des nations (SDN) de 1919 à 1926: il montre comment les relations franco-allemandes ne peuvent alors plus être réglées de façon bilatérale, par le biais des conséquences sur la stabilité de l’Europe. Dans un second temps, W. Krieger s’intéresse à la création de la RFA et au rôle joué par le général Clay, gouverneur militaire américain en Allemagne, qui est surtout inquiet de la menace soviétique: l’on peut voir comment l’idée d’une Allemagne de l’Ouest s’est retrouvée soutenue par Clay et Schumann pour des raisons différentes. Enfin, E. Conze propose un article sur la politique européenne des États-Unis après 1945: ces derniers veulent avant tout assurer leur pouvoir politique et économique en Europe, en soutenant la politique d’intégration européenne, notamment par le biais du plan Marshall. Toutefois, il n’est pas question de faire de l’Europe une troisième force entre l’Est et l’Ouest: les États-Unis n’ont pas pu empêcher la constitution d’une Europe forte au début des années 1990.
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