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C. Schölzel: Walther Rathenau (Christian Baechler)

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Christian Schölzel, Walther Rathenau. Eine Biographie

Francia-Recensio 2008/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Christian Schölzel, Walther Rathenau. Eine Biographie, Paderborn (Ferdinand Schöningh) 2006, 652 p., ISBN 3-506-71393-0, EUR 49,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Christrian Baechler, Strasbourg

Cette nouvelle biographie de Walther Rathenau s’appuie sur un ensemble impressionnant de sources. L’auteur a consulté 85 fonds d’archives de par le monde à la recherche des correspondants de Rathenau (le Nachlass Stresemann se trouve dans le Politisches Archiv des Auswärtigen Amtes et non au Bundesarchiv de Coblence, p. 589). Il a surtout pu exploiter l’abondant fonds privé de Rathenau retrouvé dans les archives du KGB à Moscou. Le résultat est une biographie qui aborde tous les aspects de cette personnalité à la croisée de la vie économique, politique et intellectuelle du Kaiserreich et des débuts de la république de Weimar, une personnalité qui a fasciné les contemporains par sa complexité et ses dons multiples, suscitant admiration et hostilité.

Par-delà l’énorme documentation réunie, qui nourrit des notes extrêmement abondantes (avec malheureusement de nombreuses erreurs de concordance entre les appels de note et les notes de fin de volume), Schölzel s’est attaché en priorité à la compréhension de cette personnalité souvent contradictoire. La personnalité de Rathenau se construit à partir d’une double confrontation, la confrontation avec le monde de la technique et de l’industrie du père, fondateur de l’AEG en 1887, et la confrontation avec sa judaïté. Bien qu’attiré par les lettres et les arts, Rathenau fait principalement des études scientifiques et techniques pour entrer dans le konzern de l’industrie électrique. Après des responsabilités très variées dans l’industrie et la banque, et une participation active à l’expansion et à la diversification du groupe, Rathenau devient président du conseil de surveillance de l’AEG en 1912. À la mort de son père, en juin 1915, il devient président de l’AEG et partage les responsabilités du groupe avec le président du directoire, Felix Deutsch.

Parallèlement à l’activité d’un grand patron de l’industrie européenne, membre de plus d’une centaine de conseils d’administration, Rathenau produit une œuvre très abondante de publiciste et de philosophe, qui en fait un des auteurs les plus lus du début du siècle. Il veut »moraliser« le monde de l’économie et dépasser la »mécanisation« de la civilisation. Il développe, à partir de 1913, l’idée d’une »nouvelle économie«, une économie à la fois efficace et solidaire qui prend en compte les besoins de l’ensemble de la société, la Gemeinwirtschaft, une économie qui se situe entre l’entreprise privée et la socialisation. Il expérimente certaines formes de cette »nouvelle économie« comme organisateur, d’août 1914 à mars 1915, de la Kriegsrohstoffabteilung qui contrôle les approvisionnements en matières premières et crée des sociétés mixtes d’achat.

La confrontation avec ses origines juives, l’hésitation entre acceptation et rejet de sa judaïté, explique la recherche d’identité tout au long de sa vie, l’inquiétude et le sentiment d’isolement qui le poussent à la frontière du suicide. Issu d’une grande bourgeoisie juive non pratiquante, où l’on cultive volontiers des stéréotypes antisémites, victime de la discrimination antijuive, Rathenau est d’autant plus obsédé par ses origines qu’il reprend dans ses écrits les théories racistes ambiantes, considérant que le judaïsme n’est pas une question de religion, mais de biologie. Hostile à la conversion religieuse, il préconise l’intégration dans la nation allemande par l’acculturation, sans qu’elle puisse cependant résoudre le problème biologique. À partir de 1904, il développe, pour vaincre dans une certaine mesure »l’invariant biologique«, une philosophie de l’histoire qui est lutte entre deux types idéaux d’hommes, le Zweckmensch, rationnel et utilitariste, et le Mutmensch, libre et tourné vers les objets spirituels, à la recherche de vérité et d’amour. Dans l’espoir d’une unité retrouvée, Rathenau développe l’utopie d’un »monde de l’âme« (Reich der Seele) à portée de main.

Très tôt, Rathenau aspire aussi à jouer un rôle politique. C’est dans le domaine politique qu’il éprouve de la manière la plus aiguë la discrimination à l’égard des juifs sous le Kaiserreich, mais aussi sous la république de Weimar. Il se prononce dès avant 1914 pour une réforme de l’État, mais sans s’attacher à en préciser les éléments. Il est favorable à une »démocratisation« dans le sens où il souhaite, comme Max Weber, une meilleure sélection des élites politiques. Il se situe plutôt à gauche de l’échiquier politique et souhaite un rassemblement de la bourgeoisie libérale et du mouvement ouvrier modéré. Même s’il est membre de la DDP, il garde ses distances à l’égard des organisations partisanes. De même, il ne s’intéresse pas aux problèmes institutionnels et au fonctionnement du régime politique de Weimar. Il fait de la politique en dilettante, en philosophe. En politique étrangère, Rathenau est révisionniste modéré, partisan d’une politique d’exécution qui démontre l’impossibilité de payer les réparations.

Comme ministre de la Reconstruction (mai–octobre 1921), il est, avec Loucheur, le principal auteur des accords de Wiesbaden, dans lesquels on retrouve des éléments de sa Gemeinwirtschaft. Comme ministre des Affaires étrangères (janvier–avril 1922), il signe les accords de Rapallo, malgré ses réserves à l’égard des bolcheviks. C’est un homme solitaire, sans doute dotés de dons trop divers et qui n’a pas su résoudre ses contradictions internes, qui est victime de l’Organisation Consul en avril 1922. Cet assassinat, fruit de l’antisémitisme et de l’hostilité à la république, donne une dimension encore plus tragique au personnage et explique sans doute la fascination qu’il a exercé depuis lors.

Schölzel traite de manière chronologique les trois domaines d’activité de Rathenau, économie, politique, écrits philosophiques et politiques, en s’efforçant, à chaque étape, de faire le point sur son effort pour résoudre ses contradictions et satisfaire sa soif d’identité et d’unité. L’interprétation de la personnalité de Rathenau est convaincante et constitue le principal apport de l’ouvrage qui, par ailleurs, met bien en évidence la distance entre le »philosophe« et le praticien, et une certaine incapacité à traduire les théories dans le concret. L’auteur apporte aussi des éléments nouveaux sur l’homme d’affaires et l’industriel. Il n’apporte rien de vraiment neuf sur l’action de Rathenau comme ministre de la république de Weimar. L’ouvrage n’est pas toujours de lecture facile du fait d’un certain désordre dans son organisation de détail. On souhaiterait des conclusions partielles plus fréquentes pour guider le lecteur. Enfin, on peut être lassé par les longues analyses, souvent peu critiques, d’écrits philosophiques plutôt fumeux, même s’ils ont connu un certain succès.

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: Rezension von:
In: Francia-Recensio 2008/3 | 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2008-3/19.-20.-jahrhundert-2013-histoire-contemporaine/Schoelzel_Baechler
Veröffentlicht am: Oct 27, 2008
Zugriff vom: Apr 21, 2014
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