H. Wolfram (Hg.): Quellen zur Salzburger Frühgeschichte (Mathieu Olivier)
Quellen zur Salzburger Frühgeschichte, hg.
von Herwig Wolfram, Wien, München (Oldenbourg) 2006, 319 p.
(Veröffentlichungen des Instituts für Österreichische
Geschichtsforschung, 44. Mitteilungen der Gesellschaft für
Salzburger Landeskunde. Ergänzungsband, 22), ISBN 3-7029-0538-3, EUR
44, 80.
rezensiert von/compt rendu rédigé par
Mathieu Olivier, Paris
Avec ce volume dirigé par H. Wolfram, ce sont trois textes importants des premiers siècles de l’histoire salzbourgeoise qui ont l’honneur d’un nouvel examen critique approfondi.
Le volume s’ouvre avec la réimpression de la dernière édition en date de la Notitia Arnonis (NA) et des Breves Notitiae (BN), confiée aux soins de F. Lošek (parue en 1990), et dont les annexes ont été légèrement remaniées. Appuyée sur l’ensemble de la tradition, elle constitue indubitablement un progrès par rapport à ses devancières; on notera que le texte établi par F. Lošek modifie de façon non négligeable les leçons jusque-là reçues pour un certain nombre de passages (voir p. 19–20). Les deux textes sont remis en perspective dans une longue introduction de près de 60 pages. Avec de bons arguments, F. Lošek fait la lumière sur la question, jusque-là assez controversée, de la nature des liens entre les deux pièces. Si l’on suit son argumentation très serrée (p. 30–40), la NA serait le texte le plus ancien, remontant aux années 788–790, tandis que les BN auraient vu le jour une dizaine d’années plus tard entre 798 et 800. Enfin, tous deux, loin de se copier l’un l’autre, puiseraient en réalité à une source commune; si des pans entiers de celle-ci transparaissent dans les nombreuses notices superposables de la NA et des BN (voir le très commode récapitulatif des notices de contenu identique aux p. 124–143), chaque pièce retouche la source initiale selon une logique que F. Lošek s’emploie à percer. Cette étude introductive est prolongée par de fines analyses linguistiques et lexicographiques (p. 52–62) qu’apprécieront tout particulièrement les historiens des polyptyques et de l’économie agraire aux temps carolingiens.
C’est pour d’autres raisons que le recueil de pièces poétiques plus ou moins liées à la toute jeune métropole bavaroise et appelées communément Carmina Salisburgensia (CS) méritait la nouvelle édition que donne ici Lukas Wolfinger. L’étoffement progressif de la tradition manuscrite connue n’est pas en cause puisque en 2006 comme en 1884 (édition dans les MGH Poetae), elle ne limite à un codex unicus (clm 14743), un manuscrit sans doute exécuté entre 854 et 859, et qui fut longtemps la propriété du monastère Saint-Emmeram de Ratisbonne. Mais l’éditeur de 1884, E. Dümmler, s’était autorisé à bouleverser l’ordre des compositions, à distraire du recueil certaines pièces ou, à l’inverse, à adjoindre aux morceaux du clm 14743 d’autres fragments poétiques relatifs à Salzburg, de provenance diverse. Dans l’étude qui suit le texte édité, L. Wolfinger revient d’abord sur certains problèmes généraux, comme la place des Carmina dans la poésie carolingienne, la question des modèles et des influences, mais aussi la fonction des CS dans le manuscrit au contenu assez disparate qu’est le clm 14743 (p. 226–236). Dans un second temps, il commente brièvement chaque sous-ensemble du recueil poétique: listes épiscopales, pièces calendaires, poèmes épistolaires et panégyriques (p. 236–252). Le troisième texte qui trouve sa place dans cet ouvrage nous fait quitter les temps carolingiens pour nous plonger au cœur des troubles qui agitent l’Empire dans le sillage de la double élection pontificale de 1159. L’Historia Calamitatum (HC), manière d’épître consolatoire adressée à l’archevêque Adalbert, alors en fâcheuse posture. Pas plus que L. Wolfinger., Bernhard Zeller n’est en mesure d’élargir la base manuscrite ténue sur laquelle repose notre connaissance du texte (un codex unicus là encore, qui fut conservé pendant des siècles dans la bibliothèque du monastère de Lambach); la réédition est en revanche l’occasion de rouvrir le dossier de la genèse du texte. Si B. Zeller parvient à une fourchette chronologique assez étroite pour la datation (entre mars 1170 et février 1172: cf. p. 278–279), il doit renoncer, comme ses prédécesseurs, a mettre un nom sur l’archidiacre du diocèse de Salzburg qui en est manifestement l’auteur. Il ne récuse pas en tout cas la thèse, souvent avancée, de l’identité de l’auteur de l’HC avec l’auteur de la Vita Chunradi – une pièce hagiographique qui présente des similitudes frappantes avec l’HC – sans toutefois être en capacité de l’étayer par de nouveaux arguments.
Par la rigueur des études critiques qui accompagnent chaque pièce, par la grande minutie du travail philologique, cette publication offre véritablement trois éditions de référence à l’historien du haut Moyen Âge autrichien. Proposant en regard de chaque texte une traduction complète en allemand, le recueil ravira en outre un public plus large d’amateurs d’histoire régionale. Enfin, le moindre de ses intérêts n’est pas – comme le souligne son maître d’œuvre H. Wolfram (p. 5) – d’apporter au passage un démenti à l’opinion commune qui veut que l’édition critique des sources soit une tâche incombant de nos jours aux seuls spécialistes du bas Moyen Âge.
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