W. Verbeke, L. Milis, J. Goossens (Hg.): Medieval Narrative Sources (Mathieu Olivier)
Medieval
Narrative Sources. A Gateway
into the Medieval Mind. Ed. by Werner Verbeke, Ludo Milis and Jean
Goossens, Leuven (Presses universitaires de Louvain) 2005, X–310
p., ISBN 90-5867-398-7, EUR 50,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Mathieu
Olivier, Paris
Les quinze études rassemblées par W. Verberke, L. Milis et J. Goossens répondent manifestement à deux objectifs. Le premier est de faire connaître la base de données »Medieval Narratives Sources«. Lancé en 1996, le projet visait à mettre sur pied et rendre accessible un répertoire exhaustif des textes narratifs écrits dans les Pays-Bas méridionaux (dans le sens médiéval de Pays-Bas, Partes Inferiores). Le terme de »sources narratives« y est pris dans son acception la plus large, et la base embrasse en conséquence un spectre de textes allant de l’hagiographie aux œuvres littéraires en passant par les chroniques. Riche de 2150 entrées à la date de parution du présent recueil, elle est aujourd’hui librement consultable sur Internet (http://www.narrative-sources.be). Plusieurs contributions dans ce volume sont explicitement destinées à dresser le bilan d’une expérience vieille de dix ans (L. Millis, »Medieval Narratives Sources: A Fascinating Gateway into the Medieval Mind«), à en dessiner les extensions futures, notamment aux Pays-Bas septentrionaux (R. Dip, »Changing Demands, Changing Tools. A Survey of Narrative Historical Sources Written during the Middle Ages in the Northern Low Countries«), ainsi qu’à proposer au lecteur non initié un précieux guide d’interrogation de la base (J. Deploige, »The Database Narrative Sources from the Medieval Low Countries: A short introduction followed by the User’s Guide«). Le reste des contributions – et c’est là la seconde ambition du recueil – offre un panorama des recherches en cours sur ces »sources narratives«. Il peut se lire, en filigrane, comme une série de variations autour des perspectives heuristiques nouvelles qu’ouvre précisément la base susnommée. L’hagiographie s’y taille la part du lion. P. Bertrand (»Réformes ecclésiastiques, luttes d’influence et hagiographie à l’abbaye de Maubeuge IXe–XIe siècle«) s’attaque au volumineux dossier qu’il est convenu d’appeler le cycle de Maubeuge et propose de relire la stratification des »Vies d’Aldegonde« à la lumière des conflits qui parcourent la communauté, notamment la lutte entre tenants de la règle bénédictine et partisans (de la mutation en communauté canoniale. L’essor des communautés canoniales est également au cœur de l’étude de B. Meijns (»The ›Life of Bischop John of Therouanne‹ by Archdeacon Walter and the Bischop’s Pastoral Activities«) qui incline à voir dans la Vita de l’évêque Jean de Thérouanne par l’archidiacre Gauthier un texte adressé prioritairement à ce public. Le travail de W. Verberke (»La ›Vie de saint Amand‹ par Gillis de Wevel et ses modèles«) atteste encore une fois de la prégnance du Miroer Historial de Jakob van Maerlant sur l’écriture hagiographique en langue vernaculaire dans la région.
Au-delà de l’hagiographie au sens strict, c’est tout l’écrit non documentaire à l’ombre du couvent qui reçoit ici une attention soutenue. J. Appelmans apporte de nouveaux arguments à la thèse du rôle primordial de l’abbaye d’Affligem à l’origine de la tradition historiographique brabantoise (»The Abbey of Affligem and the Emergence of a Historiographic Tradition in Brabant 1268–1322«). P.-J. de Grieck (»L’image de la ville et l’identité monastique dans l’œuvre de Gilles Li Muisis 1272–1353«) analyse les accents ambivalents de l’œuvre de cet abbé bénédictin à propos de l’univers urbain. Th. Koch (»Selbsvergewisserung und Memoria in der Devotio Moderna. Die Traditionscodices der brabantischen Augustiner-Chorherren-Stifte«) décrit dans leur complexité une série de Traditionscodices issus de différents centres pionniers de la Devotio Moderna. Les deux contributions de St. Vanderputten manifestent de façon éclatante le profit tiré d’une utilisation raisonnée de la base »Narrative Sources«. Appuyées sur de larges corpus, elles portent respectivement sur les inflexions dans la longue durée des prologues de chroniques monastiques de l’espace flamand (»From Sermon to Science: Monastic Prologues from the Southern Low Countries as Witnesses of Historical Consciousness 10th–15th«) et sur la question de l’existence d’une iconographie qui serait propre à l’historiographie monastique (»Une iconographie de l’historiographie monastique: réalité ou fiction?«).
Le propos est donc centré, pour l’essentiel, sur l’écrit dans l’univers monastique des »Pays-Bas«. Quelques contributions cependant élargissent le spectre thématique. G. Claassens (»The ›Scale of Boendale‹: On Dealing with Fact and Fiction in Vernacular Mediaeval Literature«) dévoile les stratégies d’authentification du discours para-historique dans un roman de chevalerie du XIVe siècle en moyen néerlandais, le »Seghelijn van Jherusalem«. R. Künzel (»Oral and Written Traditions in the Versus de Unibove«) revient sur l’énigmatique Versus de Unibove, poème satyrique du XIe siècle, s’essayant ici à une relecture sous l’angle de la tension qui s’y manifeste entre culture écrite et culture orale. Deux études enfin nous éloignent, quant à elles, des »Pays-Bas«. E. Van Houts s’intéresse ainsi au rôle imparti aux femmes de l’aristocratie dans la transmission de la memoria, essentiellement sur la base de sources anglo-normandes des XIIe–XIIIe siècles (»Gender, Memories and Prophecies in Medieval Europe«) et M. Goodich (»Microhistory and the Inquisitiones into the Life and Miracles of Philip of Bourges and Thomas of Hereford«) se plonge dans les profus dossiers de canonisation de Philippe de Bourges et de Thomas de Hereford pour appréhender au plus près le »vécu« de deux miraculées. Avec ce recueil, le projet »Narrative Sources« célèbre ses dix ans de belle façon. Gageons que cette publication contribuera à faire entrer dans les mœurs l’usage d’un outil performant qui demeure encore quelque peu méconnu.
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