M. Giese: Die Textfassungen der Lebensbeschreibung Bischof Bernwards von Hildesheim (Mathieu Olivier)
Die
Textfassungen der Lebensbeschreibung Bischof Bernwards von
Hildesheim, hg. von Martina Giese, Hannover (Hahnsche Buchhandlung)
2006, XXVIII–137 p. (Monumenta Germaniae Historica. Studien und
Texte, 40), ISBN 3-7752-5700-4, EUR 20,00.
rezensiert von/compt rendu rédigé par
Mathieu
Olivier, Paris
La liste est désormais assez longue des œuvres pour lesquelles les insuffisances de la vieille édition des MGH, à la lumière de travaux récents, apparaissent crûment. C’est le cas de la célèbre Vita de l’évêque Bernward de Hildesheim (993–1022), chapelain aulique et précepteur de princes, personnalité phare de l’épiscopat de la fin de l’époque ottonienne. Depuis longtemps déjà, les historiens pointaient du doigt les lacunes flagrantes de l’édition procurée par Pertz en 1841, mais le chantier d’une nouvelle édition tardait à être ouvert. M. Giese prend ici le problème à bras le corps dans cette minutieuse étude de la tradition manuscrite dont l’objectif avoué est de préparer le terrain à la nouvelle édition critique tant attendue. Très classiquement, l’ouvrage compte deux parties: à un inventaire détaillé des témoins (p. 3–28) suit la délicate étude de la genèse et de l’histoire du texte en ces différentes recensions (p. 29–96). Quatre annexes viennent clore le tout (p. 101–128). La première partie, fruit d’un minutieux travail heuristique, est à elle seule une justification éclatante de la raison d’être de l’étude de M. Giese: aux 11 témoins jusque-là connus de la Vita, l’auteur est en mesure d’en adjoindre 16 autres, il est vrai assez tardifs (XVe–XVIIe siècles). Tous les témoins, à l’exception regrettable d’un manuscrit de Wrocław/Breslau (cf. p. 25), font l’objet d’une notice descriptive précise bien qu’assez succincte. Les nouvelles découvertes modifient sensiblement le profil général de la tradition de la Vita: la prédominance des codices originaires de Hildesheim même, ainsi que des manuscrits tardo-médiévaux s’en trouve notablement renforcée. Il reste que l’espoir de mettre au jour un témoin plus ancien que le manuscrit de base de Pertz remontant à la fin du XIIe siècle ne s’est pas réalisé.
Avec une acribie remarquable, M. Giese s’attache ensuite à distinguer les différentes recensions du texte que cette tradition touffue laisse entrevoir. Elle n’en isole pas moins de 11, de la rédaction de la Vita primitive (peu de temps sans doute après la mort du prélat) aux diverses mues du texte aux XVe et XVIe siècles. Le XIIe siècle fut un temps d’active réécriture hagiographique puisque la version éditée par Pertz – celle du manuscrit de Hanovre – ne vient chronologiquement qu’en cinquième position dans cette longue chaîne. Les avatars protéiformes de la Vita au XVe siècle – de l’épitomé à la paraphrase, en passant par l’insertion dans les grands cycles comme la Légende dorée – offrent un tableau saisissant des potentialités d’usage de la matière hagiographique ancienne à la fin du Moyen Âge. Au passage, l’enquête enrichit considérablement nos connaissances sur un captivant personnage de chroniqueur-faussaire du début du XVIe siècle, Henning Rose, profès de Saint-Michel d’Hildesheim: les trois exemplaires de la Vita copiés de sa main constituent en effet une pièce essentielle, et jusque-là méconnue, de la complexe stratégie qu’il semble avoir déployée pour accréditer ses diverses falsifications historiques. Il y a peu à redire d’un examen aussi consciencieux. Tout juste aurait-on pu souhaiter par endroits une argumentation un peu moins ramassée, en particulier lorsque l’auteur aborde un terrain moins assuré philologiquement. Le problème épineux de l’irruption d’une épître à l’évêque d’Hildesheim Siegfried II (1279–1310) dans deux témoins Hi8 et Hi5 rangés par ailleurs dans deux recensions différentes (respectivement recension 6 et 7) est ainsi évacué, un peu facilement peut-être, par le recours à l’hypothèse d’une contamination textuelle qui aurait mérité meilleur sort que les deux notes lapidaires qui lui sont consacrées (voir p. 56 note 206 et p. 87 note 311). Les annexes I à IV sont autant de compléments utiles à la bonne intelligence du propos de M.Giese. Le recensement des versions imprimées de la Vita (annexe II, p. 102–109), relégué ainsi en fin de volume, aurait peut-être gagné à être inséré à la suite de l’inventaire des témoins manuscrits, d’autant que le corps de l’étude multiplie les allusions à l’une ou l’autre de ces éditions anciennes. L’annexe III porte à la connaissance du lecteur les principales interpolations de Henning Rose; l’ensemble, à mi-chemin de la transcription et de l’édition, pâtit d’une mise en page un peu confuse. La même remarque vaut du reste pour l’annexe IV, où l’on trouvera deux intéressants fragments inédits en rapport avec les tentatives de canonisation de Bernward au XIIe siècle. Ces menues réserves ne diminuent en rien la qualité du travail de M. Giese; il ne reste plus qu’à espérer que son prolongement logique, la nouvelle édition de la Vita, ne se fasse pas trop longtemps attendre.
Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

